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Cinéma «Paris Manhattan», un hommage à Woody Allen mais pas au cinéma

Publié par Matthieu Matthys, le 13 juin 2012

Spécial Brussels Film Festival 2012

Paris Manhattan de Sophie Lellouche

Genre : Comédie

Avec Alice Taglioni, Patrick Bruel, Michel Aumont, Marine Delterme, Woody Allen

Alice n’a pas d’homme dans sa vie, convaincue que personne ne pourrait mieux la comprendre, la soutenir, l’épauler que son confident : Woody Allen ! D’ailleurs elle lui parle chaque soir, au grand dam de son père qui cherche à la caser à tout prix. Mais la rencontre inattendue d’Alice avec Victor pourrait bien changer la donne…

Un hommage rendu à un réalisateur de talent est toujours un pari risqué pour celui ou celle qui relève ce défi. Ce courage peut être salué surtout quand le cinéaste en question n’est autre que Woody Allen, l’un des personnages les plus énigmatiques de ces quarante dernières années au cinéma. En effet, le cinéma psychologique à l’humour particulier du new-yorkais ne plait pas toujours aux spectateurs dont certains en font une véritable allergie.

Néanmoins, cela fonctionna et il obtint tout au long de sa carrière de nombreux prix et récompenses. Sophie Lellouche est certainement une fidèle de Woody Allen pour avoir relevé le défi de s’en inspirer. Seulement, ce film est gentil mais il lui manque beaucoup d’éléments pour pouvoir éviter le qualificatif de navet.

L’histoire suit Alice, une jeune femme un peu désabusée par sa famille et le monde qui l’entoure. Totalement en désaccord avec les principes coutumiers de la vie contemporaine, elle s’invente un monde à elle, un idéal qui va tourner autour de sa passion pour Woody Allen. Engageant des conversations imaginaires avec son modèle, elle avance à petits pas dans la vie mais aussi dans sa compréhension des autres.

Vous l’aurez compris en lisant ce court résumé, les références et autres anecdotes relatives aux films du réalisateur américain sont légions dans cette histoire. Mais tout cet enchevêtrement scénaristique, ce collage fantaisiste et burlesque ne prend pas. On s’ennuie et pire, on finit par rigoler de frustration et de dépit. Sophie Lellouche nous a montré un exemple de ce qu’il ne faut surtout pas faire au cinéma et, chose cruciale, de laisser le surréalisme aux voisins belges.

Tout d’abord, les acteurs de cette production sont passés complètement à côté de leur sujet et transpirent un snobisme tout à fait désagréable. De fait, ils semblent s’être égarés dans leurs jeux à l’instar de l’histoire. Patrick Bruel est totalement en décalage et nous donne l’impression de s’être invité sur le plateau sans qu’on le lui demande. Une surprise pour lui qui restait sur une très bonne impression dans Le Prénom de Matthieu Delaporte. Alice Taglioni, toujours aussi belle et rayonnante, est desservie par l’histoire qui l’installe en potache niaise et écervelée. Michel Aumont, dont la carrière est plus que respectable nous livre une version théâtralisée et ironique du métier d’acteur. Seule Marine Delterme semble atteindre un niveau qualitatif dans ce long métrage en instaurant quelques moments dramatiques au milieu de cet imbroglio.

Ensuite, le texte est d’une pauvreté sans nom. L’histoire est cousue de fil blanc, les gags sont plats, les dialogues sont justes bons à remplir les blancs et les rebondissements sont tellement grossiers qu’ils auraient pu être écrits sur un coin de table lors d’une soirée de franche camaraderie.

Dernièrement, la pléthore de scènes surréalistes amenées au bélier dans l’histoire sont trop exagérées et souvent inutiles. De plus, la musique enjouée style attraction Disney rajoute une couche puérile aux délires impromptus des protagonistes du récit.

Au bilan, on ressort de la salle déçu et vidé de tout espoir lorsque l’on est cinéphile. On peut faire un film volontairement déstructuré et fantaisiste mais il faut tout de même garder à l’esprit que le spectateur doit s’y retrouver et ne pas avoir le sentiment d’assister à une projection délirante sans queue ni tête.

Matthieu Matthys