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Théâtre Les Concerts de Brodsky, de la mort à la vie

Publié par Rédacteur, le 15 décembre 2011

@ Kurt Van der Elst

C’est l’histoire d’une vie mais c’est aussi l’histoire de l’humanité ; avec Les Concerts de Brodsky, Dirk
Roofthooft et Kris Defoort nous emmènent dans l’univers de Joseph Brodsky en mélangeant la poésie
à la musique, le phrasé du de Brodsky à l’harmonie d’un piano.

Joseph Brodsky était un poète russe né à Leningrad en 1940 et expulsé d’URSS en 1972, il recevra le
prix Nobel de la littérature en 1987 et mourra en exil à New York le 28 janvier 1996.

Mais qui sont donc ces deux artistes qui ont eu soudainement l’idée de porter sa vie et son œuvre
sur les planches du théâtre ?

Kris Defoort a étudié la musique ancienne au Konijnklijk Vlaams Conservatorium et a suivi une
formation de piano, jazz, composition et improvisation au Conservatoire royal de Liège. Après trois
ans passés à New York ,où il fait du piano jazz sa principale activité, il rentre en Belgique et devient
compositeur, pianiste improvisateur et leader de plusieurs groupes ou orchestres. Depuis 1998, il est
compositeur en résidence auprès de la compagnie de théâtre musical contemporain LOD à Gand. Il a
notamment créé le spectacle dansé Passages (2001) et l’opéra The Woman Who Walked into Doors
(2001). Il n’en est pas à sa première collaboration avec Dirk Roofthooft vu qu’ils avaient déjà joué
ensemble dans House of the Sleeping Beauties en 2009.

Dirk Roofthooft quant à lui a travaillé après ses études avec plusieurs metteurs en scène,
chorégraphes et musiciens réputés comme Jan Fabre, Jan Lauwers, Luk Perceval et bien d’autres. Il
se produit dans le monde entier et reçoit de nombreux prix pour ses rôles au théâtre ou à l’écran.
Il se verra notamment décerné un Louis d’Or pour son rôle dans Mefisto for ever de Guy Cassiers.
En tant qu’acteur de cinéma, il est connu par son rôle de Pitje de Leugenaar dans Terug naar
Oosterdonk, une série télévisée de Frank Van Passel. Il collabore pour la seconde fois avec Kris
Defoort dans Les Concerts de Brodsky

C’est Dirk Roofthooft qui a fait découvrir à Kris Defoort le personnage de Brodsky et ensemble ils ont
donc composé cette pièce, mélange de théâtre, parfois d’improvisation, et de musique.

Qu’on en doute pas, c’est nous avons ici une œuvre complexe ,pas tellement dans sa scénarisation
mais plutôt dans son interprétation, aussi bien celle des acteurs que celle du public qui est appelé à
ne pas rester passif sous peine de ne pas comprendre l’essence même de la pièce.

Au lever comme au baisser du rideau : le silence, comme si le poids des mots allant être prononcés
ou venant de l’être était trop lourd à porter, ou trop beau que pour être terni par d’autres. Entre les
deux c’est l’histoire de la vie et de la mort, d’un début et d’une fin, du temps qui passe, une vie qui se
déroule sous nos yeux, voguant par les automnes nostalgiques et les printemps passionnés. Le tout
est agrémenté d’une musique toujours de circonstance, elle sait se faire discrète dans la nostalgie et
la tristesse comme elle se mue en tonnerre pour la colère. Durant toute le spectacle, le rythme est
primordial, celui de la voix de Dirk Roofthooft comme celui du piano de Kris Defoort ; chaque passage
est une saison dans la vie d’un homme, on y retrouve la mélancolie de l’automne, la tranquillité et le
pessimisme du morne hiver, la passion du printemps et l’apaisement de l’été.

Les textes de Brodsky sont très centrés sur l’homme, chacun pourra donc se reconnaitre dans les
textes qui sont déclamés, entrecoupés parfois de petits interludes musicaux ou parlés.

Les thèmes abordés sont aussi très importants, on passe de l’amour à la haine, de l’humanisme à la
misanthropie, la peur de la mort ou la colère inhérente au vieillissement pour déboucher finalement
sur la prise de conscience de la mort et la tranquillité de celle-ci, belle et aimante.

Il faut aussi épingler la qualité exceptionnel du jeu des deux artistes, autant Dirk Roofthooft
dans son jeu d’acteur (il est totalement immergé dans le personnage) que Kris Defoort dans son
jeu musical suivant à l’émotion près la prestation de Dirk et l’enjouant de passages aussi beau
qu’impressionnants. On voit que tous les deux prennent du plaisir sur scène et tant mieux car ils en
donnent aussi à toute leur assistance.

Un spectacle à voir et à revoir afin d’en comprendre toutes les subtilités, une œuvre exaltante et
captivante.

Olivier EGGERMONT