Spécial BFF : Suicide Room de Jan Komasa

Publié par , le 24 juin 2011

Titre original : Sala Samobojcow

Avec Jakub Gierszal, Roma Gasiorowska, Krzysztof Pieczynski, Agata Kulesza

Dominik est un jeune adolescent issu d’une famille aisée. En pleine crise identitaire suite à la découverte de son homosexualité, il va se connecter à un réseau social appelé « Suicide Room ».

Il ne faut pas se la raconter, le cinéma polonais n’a jamais crevé l’écran. Censurés pendant la période communiste qu’a connu le pays, les réalisateurs polonais ont mis pas mal de temps à se dévoiler et à nous offrir des longs métrages dignes d’intérêt. Ce n’est qu’avec Andrzej Wajda (« Katyn ») qu’ils ont pu réellement s’exporter dans toute l’Europe. C’était donc une occasion à ne pas louper d’admirer la nouvelle vague du pays de Lech que nous offrait le Brussels film Festival.

Jan Komasa est un jeune réalisateur qui n’a pas froid aux yeux. L’homme est assurément doté d’un talent incontestable. À seulement trente ans, il a déjà présenté deux travaux à Cannes et à Karlory Vary qui ont été remarqués et congratulés. Ce long métrage s’annonçait donc intéressant.

L’histoire nous emmène dans la vie Dominik, un adolescent qui a beaucoup de mal à se situer face à la société, face à ses parents et face à lui-même. De par la richesse de ses parents, ce jeune adulte voit s’ouvrir devant lui toutes les opportunités festives et toutes les plus belles filles de bonnes familles. Capricieux et surtout blasé, il n’en reste pas moins un jeune comme les autres jusqu’au jour où sa vie bascule suite à un jeu d’embrassades puériles qui font naître en lui une attirance pour le sexe fort. Mais voilà, l’information fait vite le tour du lycée et Dominik se sent sali voire dupé. C’est alors qu’il va se tourner vers internet, cette fameuse toile où tout peut arriver et où tout se trouve. Attiré par Sylwia, une jeune fille aux tendances suicidaires, vers un réseau social de style Second Life, notre protagoniste va vivre une véritable descente aux enfers sans pour cela sortir de son fauteuil.

L’histoire est palpitante de part son contexte très actuel et en phase avec le malêtre de bons nombres de jeunes. En alliant parfaitement la froideur angoissante des cités de l’ancienne union soviétique et la chaleur virtuelle des plates-formes sociales aux parois infinies si faciles à traverser, le réalisateur de talent nous dépeint un système informatique aux traits ludiques mais à l’âme prédatrice comme le sont toutes les addictions du monde moderne. Il fallait effectivement beaucoup d’intelligence pour nous présenter l’internet sous cette couture sans tomber dans la dénonciation écervelée de la mondialisation de l’information et de la communication. Chapeau l’artiste.

Côtés acteurs, Jakub Gierszal nous interprète Dominik de la meilleure manière qu’on aurait pu le faire. Du haut de ses vingt-trois printemps, l’acteur a dû beaucoup travailler pour faire évoluer son personnage. De fait, celui-ci est peu loquace et le défi de métamorphoser un être déjà fort absent était donc d’autant plus grand. Malgré une carrière peu étoffée, il nous surprend et nous touche en plein coeur. À ses cotés, on a fait appel à Agata Kulesza. En incarnant la mère de Dominik avec une palette d’émotion largement fournie, elle permet de donner plus d’ampleur au personnage principal, elle lui sert de pupitre afin que puisse s’installer le malaise familial qui est assurément la clé de voûte de la déchéance inévitable du fils unique.

En résumé, ce film nous a bluffé. De la technique à l’histoire, tout y est impeccable mais nous ne pouvons trop en dire pour ne pas en dévoiler le suspense. Mais on peut vous l’assurer, on ne sort pas indemne de la salle obscure.

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