3ème au festival ciné « Elles tournent » !

Publié par , le 9 octobre 2011

Mon 3ème jour s’ouvre avec le long métrage, Eigen Volk en présence de la réalisatrice Neske
Beks (née à Anvers d’une mère flamande et d’un père gambien)
Comédie, tragédie, documentaire familial, social, politique, art, chant, slam, drame, Mon
peuple à moi est tout cela.
Neske professeur de Writing for Performance chante et slam sa famille, sa patrie, ses
interrogations.
Neske filme une évolution familiale, ou plutôt une chute, celle d’une famille utopiste et
multiculturelle qui trois décennies plus tard votera pour le Vlaams Belang.
Et elle fait tout cela avec brio.
Il me semble ici judicieux de mêler film et débat avec la réalisatrice. Ce dernier est précieux
pour comprendre les différentes approches que Neske a utilisé pour narrer l’histoire singulière
de sa famille. Les spectateurs n’ont pas été avares de questions mais il faut dire que le sujet
et la réalisation en demandaient. Parmi toutes les questions techniques, deux sont sorties du
lot. La première s’intéressant à la réaction de la famille durant le tournage et après visionnage,
la deuxième se focalisant sur la sœur de Neske (sœur de cœur, cousine de sang), Simone qui
avoue voter Vlaams Belang alors qu’il y a peu, elle entretenait une relation avec Bob, noir de
peau.
La première question trouve réponse dans la façon non intrusive de filmer de Neske, la
deuxième est émouvante et soulève d’autres questions telles que « Comment se façonner une
identité propre dans la multiplicité familiale ? » « Peut-on s’oublier à force de trop vivre dans
la culture de l’autre ? » « Comment réintroduire un mécanisme de communication quand
celui-ci est rompu ? » « Où trouver la force de le faire ? ». Autant de questions qui ne font
qu’appuyer toute la force et la richesse de ce merveilleux film.

Témoignages, images en temps réels, images d’archives, plans scénarisés, melting-pot
d’approches et de façon de filmer, comme l’a expliqué la réalisatrice, pour que le film soit le
juste miroir de son identité multiculturel. Démarche me plaisant infiniment.

Encore une fois, le respect de l’autre est présent, Neske a su respecter sa famille et
comprendre que dans le fond tout le monde veut être vu et entendu. Elle a su filmer une
question épineuse d’une manière très poétique. Et surtout elle a su répondre à la question
qui porte tout le film sans jugement de valeur, simplement en tentant de comprendre les
mécanismes du cerveau humain, en portant l’attention nécessaire à ses proches et en s’armant
d’un gigantesque courage pour surpasser sa peur de la confrontation.
De l’idée à la réalisation il lui a fallu 4 ans. De fait, le sujet déjà abordant un thème sensible,
Neske n’a pas cherché la facilité en donnant à son film le célèbre slogan du Vlaams Belang.
Les fonds lui ont souvent été refusé de part la controverse qui aurait pu découler de ce film.
Mais malgré tout, ce bijou de communication, d’esprit libre, d’art musical a pu voir le jour.
Je suis enchantée de l’avoir vu, enchantée d’avoir entendu la réalisatrice en parler. Je suis
une adepte des bonus sur Dvd, ceux qui disent les coulisses du tournage et qui donnent
la parole aux acteurs dans le sens large du terme. Alors quand l’occasion de participer à
cela se présente, je ne peux qu’être ravie. Je n’ai pas posé de questions car chacune de mes
interrogations a été assouvie au centuple par le foisonnement de questions-réponses.
Eigen Volk est à l’image de celle qui l’a pensé du début à la fin. Plein de couleur,
multifacette, sincère, choc, authentique, sonore, chantant. A voir, à comprendre.

Une fois Eigen Volk digéré et intégré, comme le premier jour, je n’ai pas le temps d’aller
me vider l’esprit et je m’embarque directement pour Blagues à part. Et oui, le festival
Ellestournent ne fait pas dans le film sans fond, il y a toujours quelque chose à tirer, toujours
une leçon à retenir, toujours un sujet qui porte à réflexion, mon cerveau est mis à rude épreuve
et il aime ça.
Avant Blague à part, c’est le court métrage Kubita qui est projeté.
Je voulais vous donner la clé du titre vers la fin, pour garder un peu de suspense mais je me
dis que c’est le titre qui dit déjà l’histoire alors je ne vous laisse pas attendre plus longtemps.
Kubita signifie Frapper en burundais.
Il s’agira donc d’un court métrage dur. Mais c’est sans compter la culture burundaise qui ne
parle pas mais qui chante et danse.
Le film se pose dans le milieu carcéral au Burundi où sont enfermés des prisonniers ayant été
victimes de tortures. Aucun policier dans cet endroit, les prisonniers vivent selon leur propre
hiérarchie.
On les voit en plein milieu d’une répétition théâtrale puis en représentation au milieu d’une
foule dense où se mêlent et victimes et bourreaux.
Le théâtre comme catharsis, c’est tout le sujet et le but de ce court-métrage. On suit la mise
en place de la pièce, découvrant petit à petit ce que chaque prisonnier a pu subir (sévices
corporels irréversibles) pour des broutilles simplement au nom d’un pouvoir plus grand
qu’eux. Il y a peu et en même temps tant de chose à dire sur ce court-métrage. Si je me lance
dans le beaucoup, je n’aurais pas assez de temps.
Ce travail fait avec les prisonniers est admirable et porte ses fruits. Le théâtre a souvent été (et
l’est toujours) utilisé pour guérir les traumatismes, pour aider à vivre avec. Je n’ai donc rien à
redire sur le fond. Toutefois, l’alternance répétition-représentation pourrait être lassante pour
certains, surtout que la pièce en elle-même joue déjà beaucoup sur la redondance des faits et
des chants.
Mais que ce petit détail dérangeant personnel n’empiète pas sur le reste de ce film d’une
qualité d’idée remarquable.

Blague à part. Le voici enfin le film qu’il me tardait de voir et m’intriguait. Comment ne pas
être attirée par ce titre et par le peu qui en est dit dans le résumé de la brochure.
Vanessa Rousselot a étudié le monde et les langues arabes à la Sorbonne, elle part en
Palestine pour parfaire ses connaissances. Quelques années plus tard, elle y revient avec la
plus anodine des questions « Connaissez-vous une blague palestinienne ? »
Il est bien connu que le rire sert de brise glace, que le rire fédère, que le rire peut aussi servir
de protection, ici le rire se veut le baromètre de la société. A travers les rencontres faites et les
blagues racontées ont prend le pouls d’une population entière. Un peuple au souffle court qui
continue malgré tout à rire à gorge déployée (quand le sujet le permet car là bas comme ici, on
ne peut pas rire de tout) .Tant qu’il y a de l’humour, il y a de l’espoir. Je pourrais en faire ma
citation officielle.
Ma sœur a eu la chance de partir en Palestine, elle a vu le mur, elle a vu ces rues grillagées et
ces ordures s’amoncelant au-dessus, elle a vu les check points, elle a aussi et surtout vu ces
gens continuant à vivre avec une rage rare. Alors les voir rire ne surprend pas.
C’est délicieux de voir ces gens rire d’Arafat, de Dieu,…
Le rire a visée anthropologique. Tellement que Vanessa a rencontré un anthropologue, Chérif
Kanaané, qui a répertorié plus de 2000 blagues depuis la première Intifada. 2000 blagues
racontant un peuple et suivant son évolution.
Fabuleux film, vraiment. Un magnifique témoignage sur la force de l’humour. Une
magnifique palette de personnages.
Bon, allez, pour le pur plaisir, une blague palestinienne ;

Un fermier traverse un check point avec ses poules
« Qu’est ce que tu donnes à manger à tes poules ? » demande le soldat
« Du foin » dit le fermier
« Non, non surtout pas » dit le soldat « Il faut leur donner du chocolat »
« Ok !!! »
Le fermier repasse par un autre check point
« Qu’est ce que tu donnes à manger à tes poules ? » dit le soldat
« Du chocolat »
« Non, non surtout pas, donne leur du foin »
Le fermier repasse par un troisième check point et de nouveau la même question.
Là, le fermier répond « Je leur donne de l’argent de poche et elles se débrouillent.

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