Un Monstre à Paris, un conte musical au scénario bancal

Publié par , le 17 octobre 2011

Un Monstre à Paris

D’Eric Bergeron

Avec les voix de Vanessa Paradis, Mathieu Chedid, Gad Elmaleh, François Cluzet

Film d’animation

Durée 1h22

Dans le Paris inondé de 1910, un monstre sème la panique. Traqué sans relâche par le redoutable préfet Maynott, il demeure introuvable… Et si la meilleure cachette était sous les feux de « L’Oiseau Rare », un cabaret où chante Lucille, la star de Montmartre au caractère bien trempé ?

Ah Paris, Paris… De toutes époques, la ville fût la capitale du charme et du romantisme. Des promenades en bords de Seine aux plaisirs artistiques et charnels du quartier de Montmartre, les attractions culturelles et uniques de la ville française ne manquèrent pas d’attiser la curiosité du monde entier et notamment, du monde du cinéma.

C’est cette ambiance incomparable qu’a choisi Bibo Bergeron pour son troisième long métrage d’animation. Le réalisateur n’est pas un novice car son mur est orné de deux beaux trophées : Gang de requins et La route d’Eldorado. Si le premier avait été un succès planétaire, le second avait succombé à un scénario un peu fragile malgré une qualité visuelle reconnue. Pour cette nouvelle œuvre, Bibo est retourné sur sa terre natale afin de donner une âme et des repères à une histoire quelque peu réchauffée.

Celle-ci nous emmène dans le Paris des années 1910 et la crue centennale que connut la Seine pendant près de deux mois. Cependant, le scénario ne tente pas de nous faire revivre une époque passée par le biais de l’animation mais est plutôt axé sur celui de La Belle et la Bête version édulcorée.

Au départ, l’histoire et l’ambiance nous tentaient bien. Même si cela sentait le déjà-vu, le film nous proposait une approche lyrique mêlant habillement la chanson à la poésie romantique d’un amour improbable. Au visionnage, les premières minutes nous entrainent dans une comédie gentille et agréable à laquelle la 3D apporte une touche vivante non dénuée d’intérêt. Mais passé le cap de la surprise, on remarque un emberlificotement inquiétant lorsque les parcours de chacuns des personnages se croisent pour créer l’ossature même de l’histoire. De fait, on assiste au grand point noir du film, les scènes s’enchainent trop vite et les explications font lamentablement défaut au point de nous enlever une émotion cruciale pour s’imprégner du film, celle de l’empathie envers ce monstre hideux.

Néanmoins, l’histoire n’est ni mauvaise ni incompréhensible. Si le scénario semble avoir pris des raccourcis, les dialogues sont, eux, riches en humour et en phrases assassines. La méticulosité apportée à ces échanges verbaux donne à la pellicule une saveur ironique qui élargit, par là, la tranche d’âge ciblée en atteignant un public plus âgé. Une acrobatie de langage qui donne toute sa force au film.

Ensuite, inutile de parler d’Un Monstre à Paris si c’est pour éluder son côté musical. Et pour cause, avant que le film ne soit connu, c’était sa bande originale et en particulier un morceau qui était mis en exergue, celui de « La Seine » avec comme interprètes Vanessa Paradis et Mathieu Chedid alias M. Ce morceau est, certes, entrainant mais donne un reflet tronqué de l’histoire. Si il est vrai que la chanteuse Lucille et le monstre se rencontrent et se rapprochent grâce au son de sa guitare et de leurs voix respectives, cela ne représente qu’une infime partie de ce conte musical. On s’attendait à une rencontre entre deux êtres fondamentalement opposés par laquelle naitrait une passion conjuguée de la musique et du chant. Mais hélas, nous avons eu la désagréable impression de visionner une version étendue d’un vidéoclip en images de synthèse, publicité déguisée de l’album de nos deux talentueux compères.

Enfin, il faut saluer le doublage qui est excellent. Bien choisis, Gad Elmaleh et, surtout, François Cluzet se livrent à un exercice de haute voltige en donnant vie de bien belle manière à deux personnages clés de cette comptine.

En résumé, le réalisateur a emmêlé la bobine en voulant redonner une originalité à une histoire presque moyen-âgeuse. Un semi-échec qui n’est sauvé de la noyade que par la qualité de ses textes et la beauté de ses images.

Matthys Matthieu

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