Apothéose du Festival des Libertés.

Publié par , le 28 novembre 2011

Me voici pour le dernier jour du festival. Je l’attends avec impatience car les résultats de la compétition de documentaires seront donnés.

Est-ce une habitude chez moi, je n’en sais rien mais j’arrive encore une fois en retard pour You don’t like the truth (4 days in Guantánamo) de L. Côte et P. Henriquez. Je cours jusqu’à la salle Huisman et j’y arrive trempée et essoufflée. Mais très vite la température redescend en moi. Ce que je vois à l’écran finit de me glacer.

La vidéo à l’image sale et granuleuse nous montre un garçon en tenue orange répondre à des questions. Un interrogatoire.

On sent instinctivement que ce n’est encore qu’un gamin. Le documentaire nous le dit bien vite, c’est Omar Kadhr, 16 ans à peine. Et ses interrogateurs sont des agents du Service Canadien du Renseignement de Sécurité. Le spectateur et Omar croyons qu’ils sont là pour l’aidé à le sortir de cette prison. On déchante bien vite.

Rien de tout cela. Le jeune Omar subit les assauts répétés des questions des interrogateurs, ils ne veulent pas l’aider, ils veulent lui faire entendre dire leurs vérités pour la rapporter à leur gouvernement.

Nous allons assister à 4 jours de véritables tortures psychologiques.  Le drame se joue en 4 actes précis et douloureux que des psychologues, anciens prisonniers et même interrogateur,ayant tous côtoyés de très très prés ou de loin Omar, vont décrypter avec nous pour extirper la vérité.

Premier acte – Espoir.

Omar qui n’a pas vu des compatriotes depuis longtemps se laisse prendre par la vague d’émotion et de joie qui le submerge. Il sent l’espoir d’une sortie. Il rit, il accepte un coca et il parle, il répond aux questions sans se tracasser, entrevoyant sa liberté au bout de l’interrogatoire.

Deuxième acte- La chute.

Il revient à l’interrogatoire renfermé, inquiet. Il dit aux agents canadiens qu’il a quelque chose de très important à leur dire mais qu’ils a peur de leurs réactions, qu’il faut qu’ils lui promettent qu’ils le protégeront. Les agents ne démordent pas et Omar avoue que tout ce qui a été dit hier n’est que mensonge. Les agents entament leur procédure d’anéantissement, il retourne contre Omar ce qu’il dit, ils le briment pour ses mensonges, ils achèvent ses derniers espoirs de retour et lui disent qu’il est l’unique responsable de ce qui lui arrivent maintenant.

Troisième acte- Le Chantage.

La chose est simple, si Omar dit la vérité, les agents et le gouvernement intercéderont en sa faveur. S’il ne dit pas la vérité, ils ne peuvent rien faire et il continuera à être torturé physiquement. Omar s’effondre, c’est une régression en direct.  Il se ferme à toutes conversations, il n’entend plus grand chose et se plonge dans son monde à lui. Les agents tentent par tous les moyens de le faire réagir, le moquant même pour son comportement qui n’est pas très adulte. Et Omar pleure. Il pleure et c’est bouleversant.

Il a été violemment blessé lors de la fusillade où il aurait tué un soldat américain, il a presque perdu la vue, il souffre aux bras. A Guantánamo, on lui a fait subir humiliation sur humiliation.

Les autres prisonniers en attestent, lui a  souffert plus que quiconque. On l’a laissé avec ses blessures, on les réveillait en le laissant des heures et des heures attaché aux barreaux de sa cage, nu, les bras bien tendus en haut de sa tête, ravivant ses douleurs. Il a subit cela sans verser une larme. Et sur deux jours, tout sort. Il n’est même plus un jeune homme mais un enfant, un bébé qui appelle sa mère. « Ya ummi, ya ummi » «  ah ma mère, ah ma mère » voilà ce qu’il répète comme une litanie jusqu’à ce que les interrogateurs partent et encore longtemps après.

Quatrième et dernier acte- L’Echec.

Omar est calme, froid, il refuse de manger, de boire. Le psychologue analysant la vidéo nous dira qu’Omar vient de reprendre le dessus, en disant non, il reprend le cours de ses choix. Les agents reviennent et recommencent inlassablement à vouloir lui faire avouer des choses dont il n’est pas coupable. La surenchère dans les critiques est monstrueuse. Et ce qui finit de m’achever, ce bout de phrase (la reproduction mots pour mots m’est impossible) – « nous sommes Canadiens tout les deux, nous venons de la même ville mais toi, tu es un meurtrier, tu as commis un crime de guerre et si tu ne collabores pas, tu seras de nouveau torturé. Noos sommes de la même ville mais moi, je n’ai rien à faire dans cette histoire, je suis heureux d’être du bon côté. »

Omar a perdu ses droits à l’égalité, à la reconnaissance, à un procès équitable. Omar n’a que 16 ans.

Il y aurait tellement de chose à dire sur ce film. Pour l’appréhender complètement, il faudrait le contextualiser d’avantage dans cette critique, il faudrait décrire image par image, il faudrait analyser chaque mot dit. Mais ne pouvant faire une thèse sur ce film, je vous renvoie au site qui apportera un surplus d’informations sur ce documentaire.

(http://www.youdontlikethetruth.com/?lang=Fr&page=Home)

Un bon documentaire en amenant un autre, voici, Wonderful Macroeconomics de Yorgos Avgeropoulos.

Macroeconomics aborde le sujet de l’économie au Guatemala. Plus précisément la différence flagrante entre ce que les papiers du FMI (Fond Monétaire International) disent et ce que la réalité renvoie. Alors que l’économie du Guatemala est une des économies les plus fortes avec une croissance de presque 4 %, c’est aussi le pays où la population est la plus pauvre, plus de la moitié, et où les enfants sont le plus touché par la malnutrition.

Que cela soit clair dès le départ, j’ai été moins touchée par ce film. Je vais peut être passer pour une sans cœur mais le thème ne m’a pas prise aux tripes. C’est désolant de voir de tout petits enfants souffrir de malnutrition et de tout ce qui en suit ( tête anormalement grosse, grosseur à l’estomac, retard mental et mort dans les pires cas, pires cas qui sont finalement les plus répandus). Le documentaire se focalise sur une réforme agraire qui résoudrait le problème. Plus de la moitié des terres cultivables appartiennent à une multinationale fruitière et la politique de celle-ci n’est pas le profit du pays mais l’exportation. Les petits paysans, les descendants mayas, n’ont pas les moyens de cultiver quoique ce soit.

Ce manque de terres cultivables entraîne un manque de nourriture et donc entraîne la malnutrition.

Ce que je retiens en particulier, c’est ce pédiatre qui dira «  J’ai même l’impression que le gouvernement fait tout pour maintenir la population dans un état d’inaction totale. Si la population ne se révolte pas, si elle ne crie pas, rien ne change et le gouvernement peut continuer à mener sa politique comme il l’entend .Si le peuple ne mange pas, l’enfant ne mange pas, l’enfant devient retardé mental et plus tard, quand normalement il devrait parler et raisonner comme une personne de son âge, son cerveau aura l’âge d’une enfant de trois ans, un enfant de trois ans qui ne sait pas réfléchir et qui ne saura pas se révolter contre le gouvernement. C’est un cercle vicieux »

Triste réflexion qui ne doit sûrement pas être loin de la réalité de ce pays. Wonderful Macroeconomics ravira les économistes altermondialistes et autres coopérateurs au  développement (ne sentez aucune ironie méchante et gratuite pour ces personnes), il ravira ceux qui y comprennent quelque chose à l’économie, ceux qui y connaissent quelque chose aux guerres latino-américaines. Mais moi, n’y connaissant rien à tout cela, j’ai simplement appris beaucoup sans forcément me plonger dans le film comme j’aime le faire.

A noter avant d’entamer ma dernière partie, que lors du débat suivant le film, un gentil monsieur, peut être un altermondialiste d’ailleurs, à fait un vibrant discours sur les répercussions de nos actions, de nos achats sur le reste des pays sous développés, un appel au boycottes. Et à une révolte contre l’ONU qui, même-elle, semblerait ne plus être aussi claire dans ses soliers qu’on ne voudrait le croire.

Merci Monsieur, les applaudissements étaient justifiés.

Nous arrivons au dernier documentaire du festival et par la même occasion aux résultats de la compétition.
Les résultats sont donnés avant la projection de Which Way Home de Rebecca Cammisa.

J’hésite entre vous donner mes impressions sur le dernier documentaire d’abord puis les résultats ensuite mais non finalement. Je vais suivre le déroulement réel. Alors voici sans attendre les résultats (je n’ai bien sûre pas pris note de chaque discours fait avant)

Lauréat du Festival des Libertés – Which Way Home
Lauréat du prix RTBF – Which Way Home
Lauréat  de la mention spéciale – Vol Spécial de Fernand Melgar
Lauréat du prix des détenus de la prison de Landin- Vol Spécial
Lauréat du prix LichtPunt- Dreaming Nicaragua de Marcelo Bukin.

Il y eut la présentation en vidéo du jury, les avis recueillis par rapport aux choix des lauréats, l’annonce du prix des détenus par les détenus eux-mêmes par enregistrement et une conversation avec la réalisatrice par Skype (cette conversation Skype a eut son petit effet, c’était très drôle).

Je n’ai pas vu Vol spécial, j’ai vu Dreaming Nicaragua. Sincèrement ravie que ce film ait eu un prix. J’y suis allée en compagnie d’une amie et nous en sommes ressorties totalement heureuses et légères. Il nous a touchées par l’espoir et la luminosité qui ressortaient de ce film malgré la tristesse et la misère de ces gens (la famille travaillant dans la décharge et s’offrant des éclats de rire, ce père solide toujours le sourire aux lèvres est sans doute possible la partie nous ayant le plus émue). Autant de choses qui nous ont fait dire que notre vie est un havre de paix et que le rire est définitivement une source d’espoir.

(http://www.dreamingnicaragua.com/Home.html) – oui, j’ai décidé d’agrémenter ma critique de lien vers tous ces documentaires, histoire que les sentiments et les réflexions qui en sont sortis ne finissent pas noyés dans le quotidien, histoire que la claque que je me suis prise se partage et perdure.

Une fois ces prix clamés, Which Way Home commence.
Bon, avant même qu’il ne commence je sais déjà que ces enfants partis en quête d’une vie meilleure dans la grande Amérique n’arriveront pas à destination. Merci bien la Madame m’ayant spoilé sans que je n’ai rien demandé la fin du film. J’aurais voulu croire tout le long du film à une réussite pour ces enfants si courageux.
Donc, avec un brin de déception dans la tête, je  me plonge dans le film.
Alors, est-ce cette semaine de documentaires, est-ce mon hypersensibilité, est-ce le fait que ce film traitait de la famille, de l’amour, de l’espoir et du courage, je n’en sais rien. Mais je n’ai cessé d’avoir les larmes aux yeux. Ce genre de larmes qu’on tente de retenir en serrant les dents mais qui coulent quand même.

Une sorte de road-movie à la Stand By Me avec sa dose de rire, de drame, de force, de courage et d’amour. Je ne pouvais pas m’imaginer, tranquillement installée dans mon lit, que quelque part en Honduras, des enfants décidaient de quitter la maison, de prendre le train, « La Bête » comme l’appellent ces voyageurs clandestins, la terreur de tous, et d’espérer arriver en Amérique terre bénie pour chacun. Souvent pour rejoindre des proches, un père, une mère étant partis depuis longtemps.

C’est impensable et pourtant.

On suit ces enfants, chevauchant avec eux la Bête qui les mène de gare en gare. On suit Olga, Freddy, neuf ans cherchant à rejoindre leurs familles au Minnesota et voulant devenir docteur, Jose, 10 ans abandonné par un smuggler (un passeur), la pire personne qui puisse se mettre en travers du chemin d’un enfant voyageur, Kevin, 14 ans rêvant d’arriver au Etats-Unis  pour gagner de l’argent et aider sa mère à se construire une maison.

C’est touchant, émouvant, prenant, c’est tout attribut venant du cœur. En vrac, il y a ce centre qui s’est installé près d’une gare pour permettre aux « voyageurs » de se reposer un peu, de manger, il y a son responsable qui prévient sans tourner autour du pot qu’ils pourraient mourir en traversant le désert pour rejoindre les Etats-Unis, il y a  cette patrouille (foutue mémoire qui ne m’a pas permis de retenir son nom) qui roule le long des rails pour venir en aide aux enfants, pour soigner les plaies au pied, pour leur donner quelques conseils avant de les laisser repartir.
Il y a les enfants violés, abandonnés, laissés mort, il y a les passeurs qui abusent de leurs pouvoirs, il y a ce désert où plusieurs personnes meurent, il y a Rosario qui en est mort.

J’en ai fini avec ce film. Le prix RTBF remet un somme d’argent qui aidera à la diffusion du documentaire, j’espère sincèrement qu’il sera au plus tôt diffusé pour le bien de tous.

En attendant, comme avec You don’t know the truth, voici un lien internet qui tombera à pic pour ceux déjà curieux de voir quelques extraits.

(http://whichwayhome.net/clips.html)

Cela fait 5 ans que je suis à Bruxelles et jamais je n’avais pensé à faire ce festival. Grande erreur. Ce festival est une source sans faille pour se recentrer non pas par rapport à soi mais par rapport au reste du monde. Une piqure de rappel que je prendrai plaisir à me faire faire chaque année désormais.

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