La 3D a-t-elle un avenir ? Début de réponse au Forum Européen de la 3D à Liège.

Publié par , le 12 décembre 2011

© DreamWorks

Du 7 au 9 décembre derniers avait lieu à Liège le Forum Européen de la 3D, un évènement réunissant des réalisateurs, des journalistes et des développeurs venus de partout en Europe ! Quelle plus belle vitrine que celle-ci pour une technique de plus en plus en vogue tant au cinéma qu’à la télévision. Entre conférences, projections de films, expositions technique et présentations de projets en 3D, le Palais des Congrès a vécu en relief pendant ces trois jours. Une belle opportunité pour nous de nous rendre compte des avancées technologiques dans ce domaine. Alors, la 3D n’est-elle qu’un feu de paille ou une piste d’avenir qui restera dans les habitudes du consommateur ?

Un début de réponse nous est donné pendant la conférence présentant le nouveau film de Martin Scorsese :  Hugo Cabret 3D, conférence donnée par Ben Grossman (Visual Effect Supervisor, USA). A la suite de celle-ci nous avons rencontré Claude Oury, directeur du CRIG (Centre de Recherche des Instituts Groupés de HELMo) qui nous donne son opinion sur les avancées de la 3D pour le film.

Le Bourlingueur du Net : Bonjour monsieur Oury, pouvez-vous d’abord nous préciser les activités de votre asbl au niveau de la 3D ?

Claude Oury : Eh bien, mon entreprise s’occupe principalement de la vente de logiciels et de matériel servant à la 3D. Nous vendons des caméras et des accessoires mais nous aidons aussi des films en assurant par exemple la production de petits films ou une aide au montage. Tout cela s’adresse bien sûr à des petites sociétés.

Le Bourlingueur du Net : Pour vous, quelles sont les principales avancées engendrées par la technologie 3D ces dernières années ?

Claude Oury : Le montage de films est devenu beaucoup plus facile, on commence à savoir se servir de la puissance des ordinateurs pour mettre celle-ci au service de la 3D, maintenant le montage d’un petit projet se fait en un temps presque égal à celui d’un film en deux dimensions ! Bien sûr, quand il s’agit de plus grosses productions, les choses sont plus difficiles. Il y a aussi de grosses améliorations qui ont été apportées au confort du spectateur ainsi qu’à la netteté et la qualité de l’image.

LBDN : Justement, concernant ce confort du spectateur, quelles sont les améliorations à y apporter car il ne parait pas encore optimal ? Et dans les autres domaines de la 3D ?

CO : Pour le confort des spectateurs, tout dépend principalement de la construction du film faite par le réalisateur ainsi que du matériel de projection. Il n’y a pas de miracle, si le réalisateur utilise cette technologie de manière adéquate et arrive à plonger le spectateur dans le film, alors le confort est assuré. Mais, il y a aussi un travail à effectuer au niveau du consommateur qui doit oublier la 3D et se plonger dans le film. Pour moi, on doit se plonger dedans et participer mieux à la réalisation qui est devant nous, c’est ce qui fait la qualité d’un film, qu’il soit en 3D ou non. Prenez l’exemple du nouveau Tintin, Steven Spielberg nous amène dans l’univers du film. Ce sera aussi une question d’habitude, le spectateur doit adapter sa vision au film en trois dimensions.

LBDN : Donc, si je comprends bien, c’est principalement le spectateur qui devra s’adapter ?

CO : Oui. En fait, il faudrait vendre des places au cinéma à des prix différents, un peu comme cela se fait au théâtre car en 3D la place que vous occupez dans la salle compte aussi ! Le film se déforme selon la place que vous occupez, le mieux étant de se mettre au centre de la salle, juste en face du film.

LBDN : Selon vous, qu’est-ce que la 3D apporte de plus que le film en deux dimensions ?

CO : Elle apporte cette immersion supplémentaire dans le film et attire bien plus que la 2D, si elle est bien utilisée évidemment ! Ne prenez pas exemple des saintes horreurs qui se font sur certaines chaines câblées pour avoir un avis définitif sur la 3D !

LBDN : Enfin, la technologie en trois dimensions arrivera-t-elle selon vous à supplanter celle en deux dimensions un jour ?

CO : La 3D a toujours été en vogue. Pendant un long moment le projet avait été abandonné mais à partir du moment où son utilisation deviendra commune et généralisée les gens ne verront plus que cela.

Une autre conférence a retenu notre attention, celle donnée par Marc Umé  (Digital Graphics) sur la « création de nouveaux films d’animation 2D, et leur conversion simultanée en 3D ». Alors, après avoir envahi le marché du film, la 3D emportera-t-elle aussi celui du film d’animation ? Nous avons été poser quelques questions à Marc Umé lui-même.

Le Bourlingueur du Net : Bonjour Mr. Umé, vous êtes directeur de la société TWIST (Technologies from Wallonia for Image, Sound and Text), quelle est votre principale activité ?

Marc Umé : Nous nous occupons de la 3D sur le plan Stéréo et de la mise en animation de films cartoons en 3D. Cela constitue les principales activités de l’entreprise pour la 3D mais il y en a d’autres dans d’autres domaines.

Le Bourlingueur du Net : Pour vous, le film d’animation a-t-il autant d’avenir que le film traditionnel au niveau de la 3D ?

Marc Umé : Oui bien sûr, récemment encore nous avons travaillé avec un réalisateur américain qui a passé 25 ans chez Disney. Cela prouve bien que le film d’animation en 3D suscite l’enthousiasme et de plus, il fallait bien cela pour relancer ce secteur submergé de nos jours par la 3D en image de synthèse. Il y a un grand vivier de talents à exploiter mais il faut bien évidemment maitriser cette technologie et l’utiliser d’une manière artistiquement intelligente, il faut donner aux nouveaux réalisateurs ces nouveaux atouts afin de produire des films d’animations sous un nouvel angle.

LBDN : Quelles furent les principales améliorations apportées au film d’animation en 3D ces dernières années ?

MU : Il y a surtout une maitrise plus grande de la technique. Les premiers films de ce genre étaient fatigants à regarder et il faut tenir compte de cela car notre public est surtout un public d’enfants ! La numérisation a allégé le système mais le grand saut vers la 3D ne s’est pas encore produit, il y a encore la problématique des lunettes très pénibles à régler par exemple.

LBDN : Justement, à part le problème des lunettes, quelles sont les principales choses à améliorer pour s’assurer l’engouement du public ?

MU : Je crois que l’avancée technique la plus utile serait une augmentation du débit d’image de 24 à 48, surtout pour les films d’action ! Au niveau de l’animation il faut aussi s’assurer une plus grande maitrise du langage de la 3D, la technique commence à être là mais le contenu ne suit pas encore.

LBDN : Que voulez-vous dire par là ?

MU : Et bien, un film en 3D doit être pensé à la base en 3D. Convertir un film de la 2D à la 3D n’apporte pas grand-chose et n’a pas un grand intérêt. Pour que la 3D fonctionne, il faut que le film soit pensé en 3D, au niveau de la manière de le filmer mais aussi au niveau de la narration. La 3D apporte une nouvelle grammaire que les réalisateurs doivent s’approprier afin de bien utiliser cet outil.

LBDN : La 3D supplantera-t-elle la 2D ?

MU : Oui, effectivement. Je pense qu’on ne reviendra pas en arrière, un effet d’habitude va commencer à s’installer notamment grâce aux nouvelles télévisions en 3D, et dans quelques années le grand public trouvera un film en 2D fade. Tout comme la nouvelle génération de spectateurs trouve fade un film en noir et blanc par rapport au film en couleur. Le tout est de bien négocier ce virage vers la 3D.

Olivier Eggermont

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