Au cul du loup de Pierre Duculot

Publié par , le 21 décembre 2011

Outsiplou selon Pierre Duculot

Après avoir réalisé deux courts métrages, Pierre Duculot se lance dans une troisième réalisation : « Au cul du loup ». Le film nous emmène dans les contrées sauvages mais envoûtantes de la Corse.

Christina (Christelle Cornil), jeune femme rêvant d’une vie plus palpitante, hérite d’une maison en Corse suite à la mort de sa grand-mère. Cette maison devient le centre de discussions et de discordes dans la famille de Christina, s’opposant à ce que cette dernière ne garde en sa possession la ruine que lui a laissé son aïeul. Malgré les réticences de ses proches, Christina prend tout de même la décision de partir visiter sa maison. Elle découvre alors les secrets que renferment ces murs et tombe sous le charme pittoresque de l’île Rousse. Elle rentre en Belgique où elle partage son expérience avec son compagnon. Pourtant malgré la passion qu’elle entretient pour cette région, elle reste seule à vouloir construire son rêve là-bas. Elle prend alors la décision de quitter son confort, sa famille, sa région pour partir s’installer seule sur l’île dans une maison à moitié en ruines au milieu de nulle part. Au cul du loup comme disent les corses.

Les acteurs de ce premier long métrage sont pour la plupart belges. L’actrice principale, Christelle Cornil incarnant Christina a déjà collaboré avec le réalisateur Pierre Duculot, entre autre lors de ses deux courts métrages précédents. François Vincentelli fait aussi partie du casting, il joue le rôle de Pascal, le berger qui s’occupera de Christina. Cet acteur belge a des origines corses, ce qui fait que le rôle lui va comme un gant. Nous l’avons vu précédemment aux côtés de Zoé Felix dans la série française ‘Clara Sheller’. Les autres acteurs sont de jeunes talents sortants du Conservatoire ou découverts sur les planches. Notamment Jean-Jacques Rausin, qui interprète Marco, le compagnon de Christina. Roberto D’Orazio, quant à lui, ancien représentant syndical des Forges de Clabecq, joue le rôle du père de Christina.

L’intrigue est vraiment simple, mais cela ne nous empêche pas d’apprécier le jeu des acteurs, les paysages et les silences. En effet, les dialogues sont assez rares, les silences viennent ponctuer les moments plus intenses. Et nous les apprécions plus particulièrement pendant les scènes tournées en Corse. Quand le film se termine, une question reste en suspens : savons-nous vraiment être heureux? Ce film, loin des superproductions américaines, nous apporte de l’émotion, du rire aux larmes. Pas besoin de fioritures, les acteurs et l’intrigue suffisent. Pour un premier long métrage, Pierre Duculot fait mouche!

Nous avons eu le plaisir de rencontrer Pierre Duculot. Il a répondu à nos questions sur son premier long métrage ‘Au cul du loup’.

Pourquoi avez-vous choisi les régions de Charleroi et de la Corse pour votre film?

Charleroi, parce que j’y ai vécu pendant 20 ans, je suis très attaché à la région. J’ai d’ailleurs encore une maison là-bas. J’y ai aussi été prof dans une école. Les personnages du film se rapprochent des élèves que j’ai vu évoluer dans cette région.

Pour la Corse, depuis 15 ans, je travaille dans un festival de cinéma. Ce festival s’appelle LAMA, un festival du cinéma et du monde rural. J’ai une attirance pour les régions très sauvages où l’on sait partir en randonnée et se baigner dans une rivière.

Comme dans le film?

Exactement, je me suis beaucoup demandé si j’allais vivre dans cette région ou pas. Chaque fois que je me suis rendu sur place, parfois pendant trois mois, je me suis posé la question. Mais bon, c’est très beau tous les matins mais il ne se passe vraiment rien.  Les perspectives d’emplois sont presque nulles et, dans les villages, on ne croise que cinq personnes. Quand je suis en Corse depuis quelques semaines, je me dis que je verrais bien la ville et quand je suis à Charleroi, je me dis que je retournerais bien en Corse. Cette valse est aussi devenue celle de Christina, mon personnage principal.

Il se dit que les corses ne sont pas très accueillant envers les étrangers. Connaissiez-vous des corses qui vous ont introduit auprès des autres corses qui jouent dans votre film?

La plupart des corses du film sont des corses du coin. Ils ont joué dans des films français tournés sur place et quand on cherche quelqu’un pour dire trois lignes, ils ne sont pas contre. Par contre, les corses pas accueillants, je n’ai jamais connu. Pour moi, c’est un peu comme tous les pays en Méditerranée, quand vous êtes en bord de mer, on vous traite en touriste. Quand vous êtes dans les villages de montagne, les gens vous accueillent sans problème. Quoique la Corse a une personnalité forte mais il n’y a pas de problème avec ça.

Une expérience comme celle de Christina aurait donc pu être possible?

Je n’ai pas tout inventé dans l’histoire, on a connu des anglais qui sont venus s’installer sur l’île. Il y a des allemands qui vivent là depuis les années 60. Cela ne pose pas de problèmes aux corses, à partir du moment où l’on s’adapte à la vie sur l’île, il n’y a pas de soucis.

Pourquoi le rapport à la nature est-il prépondérant dans ce film, ainsi que dans un de vos courts métrages?

Je crois que les gens ne se posent pas les bonnes questions sur nos rapports à la nature. Moi, personnellement j’ai besoin de la nature. J’écris avec mes bottes de marche. Quand je veux écrire, je pars marcher et quand je rentre, j’écris. La jeune fille que j’ai créée dans le film n’a sûrement jamais été faire une balade dans la campagne. Mais quand elle voit la nature sur une photo, elle trouve ça beau. Ça l’attire. Il y a plein de gens qui sont comme ça, des citadins qui partent en weekend à la campagne et ils s’amusent.

Mais de là à en faire son mode de vie?

Je pense qu’un moment où un autre, nous reviendrons à ce mode de vie. Ça ne sert à rien de s’agglutiner autour d’une ville si c’est pour faire deux heures de trajet pour aller travailler et pas pouvoir partir en vacances parce qu’il faut payer son loyer au prix fort, les gens seraient mieux à la campagne où les prix sont plus bas. Moi, j’ai besoin des deux. De la campagne et de la ville.

Le choix de Christina est quand même assez osé, ayant vécu dans une ville toute sa vie et se retrouver seule dans la montagne.

Mon personnage n’est pas parti en Corse dans un but écolo mais parce qu’elle veut réaliser son projet. Ce qui la pousse à le faire, c’est que personne dans son entourage ne la soutient, du coup, elle y tient. Il se peut qu’elle revienne dans sa ville natale par après, mais ce qu’elle veut c’est mener à bien son projet. Elle sentait le besoin de le faire.

Pourquoi avoir choisi Christelle Cornil pour votre personnage principal?

D’abord, parce qu’on a fait des courts métrages ensemble et que je voulais continuer le travail qu’on avait accompli. On a beaucoup discuté de notre façon de voir le cinéma et de concevoir les projets donc, je voulais continuer avec elle. Deuxièmement, je l’ai choisi parce que je voulais une actrice belge. J’ai aussi continué avec des comédiens belges avec qui j’avais déjà travaillé. J’ai aussi voulu lui offrir un vrai premier rôle.

Vous avez donc pu choisir vos acteurs?

J’ai un très bon producteur qui m’a donné carte blanche. On a quand même bénéficié de ce qui s’est passé en Belgique avec les films des frères Daerdenne qui ont réussi à imposer à la profession de faire des films avec des comédiens belges. Pour mon film, la RTBF ne nous a pas aidé parce qu’il n’y avait pas de casting, vu que mes comédiens étaient belges.

Souhaiteriez-vous qu’il vous arrive la même chose qu’à Christina, hériter d’une maison dans une région lointaine? Ou cela vous est-il déjà arrivé?

Non, je vous rassure, ça ne m’est pas arrivé. Mais, oui, ça me plairait. J’adore l’inattendu mais si ça me tombais dessus aujourd’hui, j’aurais un drôle de dilemme.

Vous pourriez, comme elle, tout lâcher?

Tout lâcher, non. D’ailleurs au début, ce n’est pas ce qu’elle compte faire. Elle comptait en faire une maison de campagne. Mais personnellement, si j’héritais d’une maison à la campagne, je ferais tout pour que le projet survive, parce que j’ai aussi besoin de ça pour écrire.

Un long métrage, deux courts métrages, vous vous plaisez derrière les caméras. Quelle est la différence entre écrire et réaliser, selon votre expérience?

Je n’aurais jamais réalisé si quelqu’un avait voulu le faire à ma place. À la base, je me suis lancé dans l’écriture un peu par hasard. J’ai écrit quelques scènes par-ci, par-là. C’est quand j’ai participé à des festivals de courts métrages que ça m’a donné envie. Personnellement, je n’ai aucune formation de réalisation, j’aurais voulu que quelqu’un le fasse pour moi, mais les gens avaient leurs propres projets, je me suis donc jeté à l’eau.

Quand mon premier court métrage est sorti, j’ai beaucoup apprécié l’expérience et, en plus, il a très bien marché. Donc, tant qu’on gagne, on joue. Il y a cinq ans, je n’avais jamais tenu une caméra. Donc tout est allé assez vite. Mon film était déjà prêt à sortir en août mais c’est une question de disponibilité des salles. Et puis, j’aimerais retourner derrière la caméra mais je dois attendre que ce projet-ci soit en salle pour pouvoir me consacrer à mes prochaines productions.

Quelle est votre formation de base?

Philologie romane. Donc, j’ai fini très jeune, et je ne me sentais pas prêt pour aller travailler vers 21 ans, j’ai fait deux ans de communication à Liège. Et puis, j’ai fait prof de français, puis prof de communication. Je me suis occupé de festivals de films dans la région de Charleroi, j’ai travaillé à la Commission Européenne dans la gestion de festivals de cinéma.

Vous avez remporté le grand prix du festival d’Amiens. Est-ce grâce à votre expérience dans les festivals de cinéma que votre film a été présenté dans plusieurs d’entre eux?

Je ne pense pas. Je ne voyais pas du tout où ils pouvaient aller. Quand je m’occupais de festivals, je m’en occupais de toutes sortes. Ce n’est pas moi qui ai inscrit le film au festival d’Amiens mais c’est le seul festival dont je connaissais le déroulement parce que j’y ai travaillé. Mais la direction a changé depuis, donc, voilà. J’avoue que sur les courts métrages, j’ai cru que cela allait m’aider mais on me les refusait parce que, justement, on me connaissait.

C’est une production belgo-française, est-ce que le film sortira en France?

Sans doute, oui, mais il faudrait s’arranger avec les distributeurs. C’est pas encore arrêté, ni pour les dates ni pour la distribution, mais c’est prévu. Normalement, on a déjà un exploitant de salle de cinéma qui est intéressé, ce qui fait réfléchir le distributeur. Par ailleurs, le film a reçu, avec son grand prix d’Amiens, une aide à la promotion du film.

Merci beaucoup pour avoir répondu à nos questions. Nous espérons que votre film ‘Au cul du loup’ trouvera son public dès sa sortie en salle en janvier 2012.

Lilian Bolly Barajas

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