BAUDOU Jacques : L’Encyclopédie du Fantastique

Publié par , le 25 décembre 2011

Que voilà le cadeau de Noël idéal ! Un beau livre de presque 200 pages, luxueux, agréable à tenir en main et on ne peut plus attrayant pour les yeux grâce à une iconographie de premier ordre.

Voyons cela. Cette encyclopédie est organisée chronologiquement. Tout commence par le Diable et l’opposition entre le Bien et le Mal. Voilà où, selon Baudou, il faut chercher l’origine du surnaturel et de l’horreur en Occident. Et voilà pourquoi, en bon Français, il voit dans Le Diable amoureux de Jacques Cazotte (1772), le premier roman fantastique de l’Histoire. Lui succédera alors la vogue du roman gothique anglais (Walpole, Radcliffe, Lewis, Maturin, Beckford). Ce chapitre introductif se poursuit par l’évocation du mythe de Faust, l’apparition du fantastique en Allemagne avec les contes d’Hoffmann, en France avec Nodier, Dumas, Nerval ou Mérimée sans oublier le roman populaire d‘Eugène Sue ou de Ponson du Terrail. Il termine par la formidable figure d’Edgar Allan Poe et une rapide allusion à la littérature russe (A. Tolstoï, Pouchkine, Touguéniev)

Ceci posé, l’auteur aborde les grands thèmes du genre : la chose sans nom, le vampire, le loup-garou et le fantôme. Et c’est ici que nous voyons apparaître ce qui deviendra une constante de son encyclopédie : le parallèle entre littérature et cinéma. Frankenstein et Dracula seront les premiers analysés sous cet angle double. Suivis par leurs collègues loups-garous et fantômes. La “ghost story” britannique est ainsi longuement parcourue : de la Mare, Machen, Blackwood, Saki, Hodgson, Bierce… Arrivé à la fin du XIXe, Baudou revient en France pour détailler les apports de Maupassant, de Villiers de l’Isle-Adam ou de Schwob, en Allemagne, d’Ewers ou de la splendide revue que fut “Der Orchideengarten” (1919-1921) aux couvertures splendides. Il n’oublie pas non plus le théâtre du “Grand-Guignol”, trop méconnu. Une profonde mutation du genre naît avec l’apparition des “pulps” américains, dont le plus célèbre reste “Weird Tales”. De là à parler d’H.P. Lovecraft, il n’y avait qu’un pas, vite franchi bien sûr. D’autres magazines lanceront Bradbury ou Matheson et le cinéma découvrira les zombies et autres momies. C’est aussi l’époque de la Hammer, des émissions radiophoniques et des premières séries télévisées The Twilight Zone, Bewitched, Dark Shadows, The Champions… Parallèlement, les collections livresques abondaient : il suffira de citer Fleuve Noir et “Angoisse” ou les comics outre-Atlantique comme Vampirella, Creepy et Nightmare.

Petite parenthèse littéraire pour introduire “d’autres fantastiques” plus récents : le domaine français avec Béalu, Brion ou Bouquet, l’italien avec Buzzati, le sud-américain (Borges, Bioy Casares, Cortazar), le belge aussi avec les incontournables Jean Ray et Thomas Owen. Quant à Claude Seignolle, il a droit à une page à lui tout seul. Nous voici arrivés à une nouvelle mutation, celle qui aboutira au roman d‘horreur, chapitre introduit par une citation du Maître entre tous, Stephen King. Baudou, pour une fois, commence par le cinéma et ses grands succès d’alors : The Exorcist, Rosemary’s Baby, Amityville, The Stepford Wives. Les auteurs-phares seront King, évidemment, mais aussi Peter Straub, Anne Rice, Dean Koontz, Robert McCammon et Dan Simmons, au cinéma John Carpenter, George Romero ou David Cronenberg. En Angleterre règneront Brian Lumley, James Herbert, Graham Masterton, Clive Barker. Et encore, je ne cite ici que les auteurs les plus connus, car Baudou référencie de nombreux écrivains de second rang, dans un louable souci d’exhaustivité.

Le dernier chapitre, intitulé “Nouvelles mutations” serrera l’actualité de plus près, dans tous les genres. Ainsi la collection “Chair de poule”, par exemple, et la littérature pour la jeunesse, les séries télé telles Buffy contre les vampires ou Charmed, pour terminer par la fameuse “BIT-LIT” et la série Twilight. Les derniers écrivains cités seront trois maîtres actuels : Jonathan Carroll, Graham Joyce et Mélanie Fazi.

Si l’on peut déplorer l’absence d’index et de bibliographie, on ne peut que rester admiratif devant la culture et l’érudition de Jacques Baudou (rappelons qu’il est critique au quotidien “Le Monde”), devant ses jugements clairs et frappants, un style fluide, concis et très agréable à lire, et enfin, devant le nombre pharamineux d’illustrations qui fait de cet ouvrage aussi un merveilleux livre d’images, à feuilleter longtemps, avec fascination.

Jacques BAUDOU, L’Encyclopédie du Fantastique, Edition Fetjaine 2011, 191 p., 24,90 euro.

Bruno Peeters

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