HELIOT Johan : La Guerre des Mondes n’aura pas lieu

Publié par , le 27 décembre 2011

Ulcéré par le refus de son éditeur de publier un roman d’anticipation, le jeune écrivain Herbert George Wells plaque tout et part pour l’Amérique avec sa bien-aimée Isabel. Joli point de départ uchronique pour un ouvrage de littérature jeunesse, domaine dans lequel Heliot excelle, comme on le sait (Alter Jeremy, Ados sous controle, Steppe rouge).

Wells essaie de rejoindre la république californienne d’Icarie, essai d’utopie dont il a entendu parler. Las, elle semble ne plus exister. Tout ce début est magnifiquement écrit, comme un palpitant roman d’aventures, et le lecteur vit intensément cet exil volontaire. La description de la traversée ou de celle du milieu des gangs est très réussie, par exemple. La science-fiction apparaît avec l’arrivée d’un Martien, Astor, voulant empêcher une guerre imminente, et attiré par le fils de l’écrivain (Heliot n’expliquera jamais pourquoi). Les Martiens ont souvent visité la Terre (Mexique, Atlantide…) mais cette fois, ils ont besoin de nous. Astor emmène Wells et les siens dans un trou perdu du Nouveau-Mexique dénommé… Roswell. Débute alors la seconde vie d’Herbert George Wells, qui rencontre Thomas Edison puis un colonel de l’armée US, un certain John Carter. Et ici commence le télescopage entre Wells et Edgar Rice Burroughs, bon sang martien ne pouvant mentir. Car John Carter est bien LE John Carter de Barsoom, la Mars rêvée du créateur de Tarzan.

Tous s’envoleront donc de Roswell vers Mars. On y retrouvera le grand guerrier vert Tars Tarkas, mais aussi la belle Dejah Thoris. Barsoom se réveille. Arrivé à ce stade, deux conceptions s’imposent au lecteur. L’une, nostalgique, émerveillera les admirateurs de Burroughs, heureux de retrouver leur monde favori. L’autre, plus hésitante, pourrait se demander si le public de la collection Mango a jamais entendu parler de John Carter. Il est évident que de nombreuses allusions au Cycle de Mars échapperont complètement à l’adolescent d‘aujourd’hui, même fan de science-fiction. Et même si des rumeurs courent à propos d’un film consacré au héros de Burroughs, à paraître en 2012… In fine, Edison retrournera sur Terre, contrairement aux Wells, qui fonderont une nouvelle Icarie, Cosmopolis.

En conclusion, un roman fort agréable, mais qui risque de peiner à trouver un véritable lectorat. Comme dans Reconquérants, Heliot démarre sur des chapeaux de roue, et sur une idée géniale, pour aboutir dans un monde imaginaire qui ne satisfera pas tout le monde. Dans sa postface, l’auteur retrace la littérature martienne dans une brillante petite synthèse.

Johan HELIOT, La Guerre des mondes n’aura pas lieu !, Mango jeunesse 2010, couv. : Ash, 321 p., 16 €.

Bruno Peeters

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