En ce début d’année 2012, le livre de Sihem Souid, La suspendue de la république, revêt un intérêt tout particulier pour les amateurs de politique. En effet, l’année sera riche en rebondissements et en phrases lourdes de conséquences pour les candidats à la présidentielle française. Ce livre tombe à point nommé pour attirer l’attention de l’opinion publique sur le thème aussi sensible que tabou de la xénophobie et du sexisme dans les institutions étatiques françaises.
Pour bien comprendre l’enjeu de ce deuxième livre, il est important de faire un rappel historique. Sihem Souid est une jeune femme d’origine tunisienne travaillant pour le ministère de l’intérieur français. Après avoir travaillé pour la Police aux frontières comme adjointe à la sécurité, elle entre à la préfecture de police de Paris comme agent administratif. Insérée dans la vie quotidienne des fonctionnaires de police et autres représentants de la loi, elle constate des formes d’homophobie, de sexisme et de xénophobie au sein même de l’institution. Ne semblant pas en mesure d’affronter seule ces différentes injustices, elle décide de révéler aux citoyens les actes graves via un livre, Omerta dans la police, qui sera vendu à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires.
Mais voilà, ce qu’elle pensait être un acte de citoyenneté est devenu très rapidement le centre d’intérêt de la presse francophone. Ce déballement médiatique, la Police Nationale ne l’a pas apprécié et a publiquement suspendu la trentenaire pour dix-huit mois, dont six avec sursis, avec pour motif, le manquement au devoir de réserve.
C’est justement cet épisode que nous explique en détail Sihem Souid dans son nouveau livre, La suspendue de la république. Ouvrir un bouquin politique, car il s’agit bien de cela, n’est pas une mince affaire. En effet, il est très rare de n’avoir aucune opinion sur les propos ou sur les actes de l’auteur. Mais ici, aux premières lignes, Sihem nous évite ce malaise en nous dévoilant des généralités étayées de témoignages multiples et d’expériences de vie.
Notre jeune écrivaine a choisi l’incompréhension et la rédemption en lieu et place de la colère et de l’hégémonie. Un choix un peu surprenant mais au final totalement en phase avec la réalité quotidienne de cette mère. C’est avec un profond désarroi et un sentiment d’injustice immense qu’elle nous livre la galère dans laquelle elle s’est elle-même embourbée. Des menaces de mort au mépris d’une classe politique ayant d’autres chats à fouetter, elle parait éperdument seule. Au fur et à mesure que se tournent les pages, son récit narratif, ou plutôt exclamatif, semble être un cri de douleur. Pour se rassurer, elle nous livre des messages qui lui sont parvenus mais aussi des marques de soutien qui furent bien utiles afin de continuer son combat contre la partialité.
Sihem s’était autrefois opposée à un système dont elle estimait, chaque jour, toute l’injustice. Ce courage hors normes l’a, malgré elle, propulsée dans un rôle de leader pour une partie de la population. Maintenant qu’elle y est, il est impératif qu’elle ait les épaules assez larges pour pouvoir faire face aux défis politiques qu’elle devra affronter à l’avenir. Dans cet ouvrage, Sihem regrette cette police qu’elle aime tant et veut tout simplement que les auteurs d’actes délictueux soient sévèrement sanctionnés. Mais la simplicité n’est pas dans le vocabulaire d’une société hiérarchisée comme la nôtre. En allant à l’affrontement frontal face à des organisations peu scrupuleuses, la suite de l’histoire était toute tracée. Il aurait fallu, et ce n’est pas encore trop tard, mettre en cause l’institution et non l’individu, en mettant de côté cette fascination incompréhensible pour une police qui lui crache au visage.
Au bilan, le combat de Sihem Souid nous touche tous et ce nouveau récit de vie ne fait que renforcer notre indignation face à l’impunité de certains. Cette impunité que Sihem dénonce à tort et à cris. Ce livre ne nous donne pas de nouveaux éléments matériels mais nous situe dans le coeur de cette femme certainement sensible et pleine d’idéaux. Un opuscule à lire en ces temps de colère sociale face aux dérives sécuritaires et à l’inégalité.
La suspendue de la république, Sihem Souid, Editions Le cherche-midi, 2012, 197 p. , 17 €
Matthieu Matthys


Article émouvant, qui donne vraiment envie de lire ce livre. Je cours l’acheter !
moi de même! que Dieu la garde car quel courage…!!
belle article ,et le courage de cette femme et de toutes les autres qui se sont battues pour défendre , dénnoncer l’injustice l’inégalité et la liberté au péril de leur vie
oui Sihem tu peux compter sur moi, j’ai lu ton premier livre Omerta et je vais acheter le petit dernier dès que parut en Fnac ou ailleurs ?
Continue accroche toi tu est un exemple !
Bisous
Cette femme est exemplaire. Une femme qui a oser briser le silence de certains voyous de la République. Une femme de terrain qui doit être couronné pour avoir liberer la parole de beaucoup d’entres nous. Une femme qui nous aide à croire que ce métier peut être bien exercé. Il faudrait une évaluation rapide de chaque policier, et reclasser tous ceux qui ont fauter. Car entendre dire qu’ils sont recruter sur des critères de voyous, c’est une grave erreur. Beaucoup d’entre eux souhaiterai de mener à bien l’exercice de leur fonctions. Mais les guignoles les empêche de pouvoir faire leur travail dans de bonnes conditions. Un grand nettoyage et à faire pour qu’enfin la sécurité des français redevienne un grand espoir. Je n’y croyais plus. Grâce à Sihem SOUID, je veux y croire. Bravo, chapeau.
Je viens de voir cette « héroïne » dont j’ai lu le premier livre avec émotion. Aujourd’hui je découvre par une émission de France 2, le second que je vais m’empresser d’acheter.
Je félicite chaleureusement cette jeune policière ! il n’y a pas que dans la police qu’il y a de l’intolérance hélas !
Aujourd’hui à la retraite, j’ai été victime de harcèlement moral à 54 ans dans une administration de la part d’un nouveau chef de service ! j’ai osé dénoncer, j’ai payé le prix fort…je n’ai pas été crue et encore moins protégée…j’ai dû à 55 ans m’exiler loin de ma famille à 250 kms pour prendre un nouveau poste(loin donc de mari et enfants)…je n’ai jamais pu obtenir une mutation dans mon département par la suite !j’ai pourtant toujours servi l’ETAT avec loyauté et suis même décorée de l’ONM (antérieurement à cette affaire de harcèlement.Je traine toujours cette réputation d’em……se à 65 ans !!!
COURAGE A TOUTES LES PERSONNES DANS CETTE SITUATION OU qui en sorties car çà laisse des traces !!