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Cinéma Jane Eyre, le défi

Publié par Rédacteur, le 15 janvier 2012

« La pauvre orpheline Jane Eyre (Mia Wasikowska) fuit précipitamment la majestueuse propriété de Thornfield Hall, où elle était employée comme gouvernante d’Adèle Varens.
La jeune fille y est sous la tutelle de l’imposant et obscur propriétaire des lieux, Edward Rochester (Michael Fassbender). Son séjour morose à Thornfield Hall et sa relation compliquée avec Edward ont profondément bouleversé Jane. Elle est alors chaleureusement accueillie par le révérend St. John Rivers (Jamie Bell) et sa famille. Tandis que Jane essaie de trouver la quiétude dans sa nouvelle vie, elle repense aux événements tumultueux qui se sont déroulés dans la propriété et autour de celle-ci. »

Jane Eyre, c’est l’histoire d’un amour que l’on veut faire mourir, mais qui survit à tous les obstacles. Une romance de plus parmi tant d’autres direz-vous. Et bien non, car celle-ci est empreinte d’une noirceur et d’un arrière-plan mystérieux propres à Charlotte Brontë, qui nous offre dans son roman des personnages d’une force extrême. Enormément de gens connaissent cette histoire, étudiée par tant d’étudiants anglais, mais aujourd’hui c’est sur grand écran que cet amour loin d’être idyllique et pourtant à toute épreuve nous est offert.

« Jane Eyre, le défi » aurait pu être le titre entier de ce film. Un défi d’abord pour le réalisateur, Cary Fukunaga, qui, après l’excellent « Sin Nombre » récompensé en 2009 au festival de Deauville (prix du jury), doit confirmer son début en fanfare au cinéma. Et ce n’est pas une mince affaire que de devoir réadapter le livre de Charlotte Brontë, grand classique de la littérature déjà adapté maintes et maintes fois au cinéma. Ce film sera décisif pour la suite de sa carrière. S’il faut comparer, prenons par exemple la version de 1996 de Franco Zeffirelli, une adaptation marquante non seulement par la qualité de réalisation, mais aussi par la qualité du jeu d’acteur. Comment faire mieux que l‘Italien? Pour ce faire, le réalisateur est épaulé de la compagnie de production Ruby Films (Fish Tank, Tamara Drew) qui s’empresse de déclarer: « nous voulions amener cette interprétation dans le 21è siècle tout en maintenant la beauté envoûtante de l’histoire » et « rendre ça sombre et à donner la chair de poule sur un ton intensément romantique. » L’ingéniosité et l’originalité de cette version, selon eux, résident dans la forme, la structure utilisée. Le film commence par montrer Jane après qu’elle ait quitté la demeure de Rochester
et nous raconte ensuite ce qu’il s’est passé auparavant sous forme de flashbacks. Ils disent espérer ainsi « contenter les nombreux amateurs du livre; même si nous pouvons ne pas être fidèles à la structure d’origine, notre version inclut toutes les scènes clés de l’histoire de Jane ».

C’est d’autant plus risqué qu’ils décident de tourner dans le « Haddon Hall », maison privée déjà vue plusieurs fois à l’écran (notamment dans Elizabeth). Les mêmes producteurs, la même maison, mais cette fois il faudra changer les décors et lui donner un aspect à faire se dresser les cheveux sur la tête d’un chauve. Le réalisateur la veut « aussi fidèle au livre que possible » et « très sombre, très masculine, avec beaucoup de bois et de pierre ».

Cependant, l’équipe nous annonce un film où « on ne sait jamais réellement ce qu’il se passe ensuite, car on avance et on recule dans le temps et la mémoire de Jane ».

Un défi ensuite pour la jeune et sublime ex-ballerine devenue actrice Mia Wasikowska (Jane Eyre), qui après son rôle d’adolescente en quête de réponses dans « The Kids are all right » et son efficace interprétation d’Alice (aidée par un Tim Burton et des décors époustouflants) doit impressionner et s’imposer dans un rôle très profond et sombre. Reprendre la suite d’une Charlotte Gainsbourg au sommet de son art n’est pas non plus une chose des plus aisées pour la jeune star déjà plusieurs fois récompensée et montant en flèche vers les sommets hollywoodiens.

Un défi enfin pour Michael Fassbender (Edward Rochester) qui se doit de confirmer son prix de la meilleure interprétation masculine reçu lors de la dernière Mostra de Venise. L’Irlandais se voit attribuer un rôle en désaccord avec les nombreux films d’action dans lesquels il a joué (Inglorious Basterds par exemple). Après avoir travaillé avec des grandioses tels que Steve McQueen, David Cronenberg ou encore Quentin Tarantino, sa carrière ne s’arrêtera à coup sur pas sur ce film (il est d’ailleurs déjà prévu dans un prochain film de Ridley Scott), mais on apprécierait tout de même que le beau brun ténébreux remplisse le rôle de la manière qui lui
incombe, et qu’il nous prouve ainsi que son jeu ne se cantonne pas au genre du film d’action.

En résumé: un film qu‘on ne peut qu‘attendre impatiemment, des acteurs et un réalisateur attendus au tournant, un pari très risqué et à double tranchant. C’est le risque de s’attaquer à un monstre de la littérature tel que Charlotte Brontë. Surtout qu’ici, il faudra faire preuve d’originalité et de modernité pour se distinguer des autres qui s‘y sont attelés, tout en restant fidèle au roman. Lorsqu’on marche sur des œufs, il faut bien faire attention à ne pas faire un seul faux pas. Le casting est alléchant et nous promet une petite merveille, mais attention à ne pas décevoir! Ou ça passe, ou ça casse …

Brian Dewilde