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4ème et dernier jour du festival « Elles tournent » !

Publié par Elodie Kempenaer, le 13 octobre 2011

Pour ce dernier jour, le festival m’a réservé du très décevant et du jouissif (c’est le cas de le dire).

Comme la vie est parfois bien faite, j’ai commencé par le décevant.
A l’instar de quelques autres films du festival, avant le film principal, un cout-métrage était proposé.
Mam d’Adelheid Roosen.

Mam se décline sur un canevas très simple ; Mam et le beau fils, Mam et sa fille, Mam et sa cadette. Adelheid a filmé son métrage dans la pension où se trouve sa mère, le décor est épuré et monochrome. Mam et le beau fils sur un lit blanc sur fond blanc, Mam et sa cadette sur un lit drapé de rouge, Mam et sa fille dans une baignoire grise.

Pour chaque séquence, la mère est en sous-vêtement, l’autre aussi. La caméra n’est qu’un œil qui regarde sans intervenir. Ainsi, Mam parle, elle parle, se perd dans ce qu’elle dit, il y a un manque de cohérence. Normal, Mam a Alzheimer.

J’ai oublié les séquences avec sa sœur, assise en face d’un panneau plexiglas, de la peinture blanche a disposition, la sœur écrit, Mam trace des traits et parle.

Trois choses à dire.

Premièrement, cette mi-nudité et cette proximité des corps me dérangèrent au premier abord, c’est avec les explications enflammées de la réalisatrice que j’ai compris. Cette grande baignoire faite pour se laver avec l’être malade, pour garder ce contact précieux que peu de famille garde par peur de la maladie. C’est si intime que cela m’a rendu mal à l’aise mais ce n’est du qu’à mon éducation et à ma pudeur maladive. Pour l’anecdote peu joyeuse je le concède, cette baignoire qui est spécialement conçue pour qu’un parent puisse prendre un bain avec un pensionné a peu à peu été abandonnée. Les actes de violences sexuelles étant tristement trop répandus. La famille Roosen est la dernière à l’utiliser.

Deuxièmement, les paroles prononcées par la Mam étaient étrangement cohérentes finalement. Dans son incohérence, on pouvait entrevoir le fil conducteur, ce qui était assez surprenant. A lire les sous-titres j’avais l’impression de lire un roman sur le Dadaïsme, à la André Breton. La question des sous titres a été posée. Il était convenu à la base que les paroles de Mam serait retranscrites en néerlandais sous titré français. Il y a eut un souci niveau sous-titrage (pour chaque film quasi soit dit en passant). Donc, de ce que j’ai pu entendre, j’aurais loupé la quintessence du discours décousu. Peu importe, cela m’a plus de la lire comme un roman surréaliste. A noter tout de même qu’il y eut deux moments de lucidité, le premier lors de la dégustation de chocolats avec son gendre, le second quand elle le remercie d’avoir été présent. Cocasse de voir que la nourriture (les choses essentielles ?) lui rende pour quelques temps sa tête.

Troisièmement, l’importance de la sobriété des décors. Déjà pour que le sujet ne se concentre que sur les personnes et leurs interactions et surtout pour éviter tout objet qui pourrait distraire Mam et la perdre encore plus. Ce troisième point est court mais je me devais de traiter ce point étant donné que ce court-métrage était plus, selon moi, une performance visuelle qu’un film à part entière.

Voici pour le court-métrage qui ne fait pas encore partie de ma déception, plutôt de ma bonne surprise.

L.A Raeven, beyond the image.

Les jumelles Lisbeth et Angélique forment le duo excentrique artistique L.A Raeven Leurs installations vidéos et leurs performances critiquent l’idéal de beauté dans les stratégies de marketing de notre société de consommation. Elles qualifient leurs actions et leurs vidéos de « terrorismes esthétiques »

C’est ce qu’on peut lire comme synopsis. A sa lecture, j’étais emballée. Je m’imaginais rentrer dans les coulisses de leur démarche artistique, suivre en direct le fil de leur pensée, voir les idées jaillir, les voir concrétiser ce que leur esprit avait imaginé.
Perdu.

Oui, il y avait bien un beyond the image mais il fallait me prévenir que cela serait un remake de Striptease, l’intérêt en moins. Je suis sèche car j’ai vraiment été déçue par ce film, étant arrivée avec une idée précise sur le film, le fait que la réalisatrice nous offre un portrait de deux femmes m’a achevée et je n’ai pu me départir de ce goût de trop peu. Je me suis beaucoup ennuyée.

A la place de ce que j’attendais, j’ai pu suivre le quotidien triste de deux sœurs qui s’aiment mais qui se sont trop aimés et qui ne se supportent presque plus. J’en ai parlé par après avec une sympathique vieille dame pleine d’entrain et c’est grâce à elle que la critique ici présente a pu se faire. Sans elle, je n’aurais su mettre par écrit ce que je ressentais. Au fil de la discussion, il s’est avéré que toutes les deux aurions aimé approfondir leurs performances et moins s’attarder sur ce déclin relationnel. Alors que dans un Lesbian Factory ou un Eigen Volk, je ne me sentais pas voyeuse, pour le coup j’ai eu un haut le cœur d’être ainsi forcée à m’immiscer dans la vie de ces jumelles. Le débat qui suivit la projection éclaira le pourquoi de ce voyeurisme voulu et travaillé. La réalisatrice, Lisa Boerstra, connaissait déjà les deux sœurs, elle proposa ce projet à ces dernières qui refusèrent n’y voyant aucune utilité (elles se suffisaient à elles-mêmes avec leurs propres vidéos performances). Finalement elles acceptèrent.

J’ai eu l’horrible sentiment de voir un film apologique sur les sœurs Raeven. La déception est trop grande et le peu d’intérêt que j’ai porté à ce film ne suffisent pas à faire une critique plus longue. Je préfère m’engager dans la rédaction nettement plus joyeuse de la critique (éloge plutôt) d’Orgasm Inc.

Alors, alors, Orgasm Inc de Liz Canner. Le climax de ce festival, c’est le cas de le dire.

Un pur film de femmes fait par une femme. Bon, je ne réduis pas la femme à une quête de l’orgasme absolu mais ne nions pas qu’il est agréable pour une femme de pouvoir s’en offrir de temps en temps.
Ce qui fait le charme de ce film c’est que l’angle de base est un angle masculin écorché, finement, par étape par une femme, par plusieurs femmes.

Liz Canner se voit engagée par Vivus (http://www.vivus.com ; compagnie pharmaceutique se consacrant au développement et à la commercialisation de médicaments contre l’obésité, le diabète, les apnées du sommeil et les problèmes d’ordre sexuel) pour créer une vidéo érotique qui sera diffusée dans les salles pour les patientes.

Elle passera plusieurs années a investiguer le curieux monde des industries pharmaceutiques, à décortiquer l’hypocrisie ambiante saturée de l’odeur des litres et des litres d’argent à la clé, aussi à suivre de grandes femmes se battant pour une juste considération des choses.
Voilà le postulat de départ, Vivus crée un viagra au féminin et pour justifier ce nouveau médicament (uniquement motivé par l’appât du gain), il invente de ce fait une maladie féminine faisant se sentir malade des milliards de femmes ; dysfonctionnement sexuel et trouble de l’orgasme. C’est ainsi que commence la course aux médicaments miracles.

Liz Canner nous apporte des réponses sur un plateau d’argent avec énormément d’humour et de vitalité, du punch dans la réalisation.

Avec un parti pris gros comme un manoir, le film suit la course au produit miracle et s’en moque grandement. Il nous montre aussi la contre course, celle qui réfrène les ardeurs pécuniaires des entreprises pharmaceutiques. On y voit une galerie de femmes hautes en couleurs et en valeurs, défendant ardemment qu’une baisse de libido n’est pas une maladie et qu’il y autre chose à faire que d’avaler une pilule ou de se faire triturer la moelle épinière pour se faire placer un tuyau magique sensé procurer l’orgasme sur commande (une pauvre femme en fera l’expérience avant de prendre conscience que c’est la société qui faisait d’elle une infirme de la sexualité).

Définitivement, ce film est une bouffée d’air frais et de plaisir.

C’est sur cette dernière critique que je clôture le récit de ce festival.

J’en retiens les petits fours, les rencontres faites, les découvertes, les ouvertures d’esprit.
Ce festival au féminisme assumé est merveilleusement riche, il est bon que ce combat pour l’égalité des femmes donnent naissance à de tels films, que cette cause se traduise par un éclatement d’énergie et d’idée.

Merci au Bourlingueur du Net de m’avoir offert cette première expérience.
Merci au festival, merci d’avoir choisi le sublime cadre du Botanique pour vous acceuillir.
Merci à Gia qui m’a mise à l’aise.

Merci au cinéma d’exister.

Elodie Kempenaer