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Cinéma Among Us, un drame tridimensionnel intelligent

Publié par Matthieu Matthys, le 9 juin 2012

Spécial Brussels Film Festival 2012

Film projeté le 10 juin à 21h (Flagey – Studio 5)

Among Us de Marco Van Geffen

Genre : Drame

Avec Dagmara Bak, Natalia Rybicka, Rifka Lodeizen, Guy Clemens

Ewa a quitté sa Pologne natale pour venir travailler comme fille au pair aux Pays-Bas. Mais son comportement erratique – elle est tantôt timide, tantôt hystérique – irrite profondément la maîtresse de maison…

Première vision d’un film en compétition au Brussels Film Festival et première bonne surprise venue tout droit des Pays-Bas et du réalisateur batave Marco Van Geffen. Dans ce drame social, le cinéaste nous décrit de manière très pessimiste le destin tragique d’une jeune fille au pair polonaise accueillie dans une famille amstellodamoise d’une banalité sans nom.

Le cinéma hollandais se démarque assez du cinéma belge voisin par son éclectisme assumé. En effet, au delà des habituels thrillers, policiers et drames, le petit pays a su se diversifier dans différents genres. Pourtant, c’est dans un esprit très nordique que Marco Van Geffen a réalisé ce film. De fait, le réalisateur mais également co-scénariste du film nous a plongé au coeur même d’une histoire sociale déchirante sur fond de morosité économique. Ewa, personnage central du récit, quitte sa Pologne natale afin de travailler comme jeune fille au pair dans une famille néerlandaise. S’il s’avère que sa famille d’accueil est courtoise et bien pensante, on ne peut pas la qualifier de chaleureuse. Au milieu d’une froideur humaine, elle va tenter de s’adapter à une vie qu’elle a choisi mais qu’elle redoute pourtant. Timide, effacée mais surtout un peu perdue dans ce monde qui n’est pas le sien, la jeune femme va très vite entrer en conflit avec ses hôtes mais également avec Aga, fille au pair elle aussi d’origine polonaise.

Ce film est lourd par ses silences, par son décor de ville nordique où le ciel gris se reflète sur la peau pâle des personnages. Au fur et à mesure qu’avance la bobine, on s’enfonce dans son siège et on remet sa veste. On se sent comme étouffé et prit au piège à l’instar de notre héroïne. Mis à part Aga, tous les intervenants sont d’une froideur glaciale. Une chose est certaine, rien dans ce long-métrage ne vous donnera l’envie d’être fille au pair, encore moins aux Pays-Bas. Par contre, en tant que spectateur de cinéma, on en prend plein la vue. Malgré une ambiance pesante, on se surprend à partager les émotions d’Ewa. On se forge une idée de son quotidien, on imagine ses peurs, on ne sait pas où l’on va.

Afin de bien nous montrer tous les aspects de la vie qu’Ewa mène, le réalisateur a choisi de diviser son scénario en trois parties, tel un triptyque. Dans un premier temps, on voit la situation à travers les yeux de la famille d’accueil, ce qui nous laisse une vision globale des problèmes qui vont s’enchainer sans pour autant en connaitre tous les enjeux. Ensuite, on repasse l’histoire à travers Aga, cette jeune fille enjouée et insouciante qui voit en Ewa une future amie, une confidente. Cette deuxième partie réveille alors dans l’esprit du spectateur une toute autre réalité, c’est à partir de ce moment que commence réellement l’histoire, qu’on commence à apercevoir une image derrière le puzzle. Enfin, la narration nous emmène dans le regard d’Ewa elle-même. Et là, on comprend, on vit l’enfer de la jeune fille, on prend une baffe en pleine figure et, au final, on apprend à ne pas se fier à notre première impression qui se serait certainement arrêtée après une demi-heure de pellicule.

Bref, ce film est glauque, noir et triste. Même si on doit souligner que le scénario est trop pessimiste et joue quelques fois la surenchère, on est obligé de s’incliner face à la qualité technique et scripturale du scénario qui est bluffant de réalisme. Un film à découvrir.

Matthieu Matthys