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Cinéma Aucune part des anges pour le dernier film de Ken Loach …

Publié par Loïc Smars, le 27 juin 2012

Dans le Glasgow des bas-fonds, Robbie tente de survivre. Et avec son passé de délinquant, la tâche n’est pas aisée. Après une énième condamnation à des travaux d’intérêts généraux, il promet à sa petite amie, enceinte, d’arrêter les conneries. Ce n’est pas évident quand tout le monde lui en veut : les potes du mec à qui il a cassé la gueule, le père et les frères de sa petite amie, etc. Heureusement pour lui, l’éducateur qui lui est assigné va s’ériger en mentor et faire découvrir à Robbie et ses nouveaux compagnons, le whisky ! Pendant une dégustation, Robbie va se découvrir un grand talent de dégustateur, capable d’identifier toutes les saveurs et les plus grands crus. Quand lui et ses compères apprennent l’existence d’un whisky haut de gamme vendu à plusieurs centaines de milliers de livres, la question est : peut-on se permettre un dernier travers ?


Un peu comme un whisky 24 ans d’âge, on attend le nouveau Ken Loach et sa vision parfois drôle mais souvent désabusée d’un quotidien anglais pas très reluisant. Pour le cru 2012, il s’attarde sur les délinquants de la banlieue de Glasgow en Ecosse et plus particulièrement sur Robbie et ses compagnons de travaux d’intérêts généraux. Mais attention, cette fois, Loach signe une comédie, loin de ses films sociaux d’avant. Tout commence en fanfare après une première scène hilarante et   dialogue surréaliste entre un délinquant ivre trop près des voies de métro et la voix du surveillant. La demi-heure suivante quittera le monde de l’humour pour un monde réaliste et brut où Robbie va compter les coups. Le tout évoluant, par la suite, vers un réel feel-good-movie à l’humour toujours présent.

Un feel-good-movie, c’est un film bourré de bons sentiments où tout finit bien. Par décalage total, sûrement, Loach et Paul Lavery, son fidèle scénariste de toujours, ont osé ! Quoi de mieux qu’un film où l’on se sent bien, que ce soit pour soi-même ou pour les personnages. Réalisé avec talent ? Certains reprocheront la facilité de l’essai, d’autres salueront le courage ! Nous choisissons le deuxième camp, car « La part des anges » a beaucoup d’arguments dans son sac.

Tout d’abord, l’histoire. Prendre des rebelles, c’est facile. L’intérêt repose bien évidemment sur la quête initiatique autour du whisky ! Pour le spectateur lambda, la rareté du sujet doit déjà suffire. Pour le connaisseur ou l’amateur de whisky, le pitch est tout bonnement génial ! De plus Loach et Laverty accumulent les gags hilarants comme : la scène du métro, mettre des kilts (car un délinquant en costard ça fait mafieux), les joutes verbales, etc.

Et bien sûr les acteurs ! On retrouve l’habitué William Ruane ou Roger Allam déjà vu dans « Le vent se lève ». Mais la force vient surtout des « gueules » des jeunes et en tête, l’interprétation de Paul Brannigan dans le rôle de Robbie, acteur venu de nulle part et déjà éblouissant de sincérité. Une autre surprise est l’apparition de Charles MacLean, professionnel authentique du whisky dans le rôle du spécialiste. En tout cas, tout ce petit monde a dû partir heureux, la rumeur voulant que tous les membres de l’équipe du film aient reçus une bouteille en cadeau de fin de tournage …

Avec « La part des anges », Ken Loach signe une comédie très réussie, qui pour votre serviteur est loin d’être banale. Le cinéma c’est aussi pouvoir se sentir bien devant un film léger mais réalisé avec talent ! Finalement aucune part des anges dans ce film !

P.S. : La part des anges est la partie du volume d’un alcool qui s’évapore pendant le vieillissement en fût.

Loïc Smars