Sortie cinéma, actualité théâtre, sortie BD, festival de musique | » « Back To The Square » en ouverture du One World Film Festival

Cinéma « Back To The Square » en ouverture du One World Film Festival

Publié par Rédacteur, le 15 mai 2012

Le Palais des Beaux Arts a accueilli hier soir l’ouverture officielle du « One World Film Festival« , partie prenante de la sixième édition de l’International Human Rights Documentary Film Festival. People In Need, une organisation humanitaire tchèque, est à l’origine du projet. Elle a su s’entourer de la Représentation permanente de la République Tchèque auprès des Nations Unies, du Centre tchèque de Bruxelles, mais aussi des soutiens du Festival des Libertés de Bruxelles. Toute cette jolie délégation était réunie pour l’ouverture officielle du festival. Après un court et jovial discours introductif de la part des représentants des différents partenaires, place fut laissée au film d’ouverture. En se remémorant les événements marquants ayant trait aux droits humains de cette dernière année, un rapprochement avec les révolutions des pays arabes était légitime, naturel et obligatoire.

C’est en toute modestie que Petr Lom, réalisateur du film « Back To The Square« , a rapidement présenté son film, préférant laisser place à l’image plutôt qu’aux mots. Et quelles images ! Le documentaire fait le récit du quotidien nouveau de citoyens égyptiens ayant participé aux contestations idéologiques. La révolution égyptienne, amorcée le 25 janvier 2011, s’est terminée lorsque Hosni Moubarak, président despotique depuis 30 ans, quitte le pouvoir le 11 février. Le titre du film fait référence à la célèbre place Tahrir, symbole du mouvement de contestation, où des milliers de jeunes, d’artistes et de révoltés se sont rassemblés dans le but de renverser le pouvoir en place. La révolution a-t-elle aujourd’hui un impact sur la vie des citoyens égyptiens?

Le film s’ouvre sur une touche d’humour : on raconte qu’un couple égyptien aurait appelé leur fille « Facebook » en hommage au rôle joué par le réseau social dans la révolution. Les gens interrogés par l’équipe de tournage se sont tous réjouis d’une telle investigation, se prêtant volontiers à la dérision, à la blague potache ou même au fou rire. Et la salle ria aux éclats, comme transportée par une note d’espoir. Qu’à cela ne tienne, Petr Lom, dans son oeuvre, s’attache particulièrement à 5 destins indépendants, qui ont participé, de près ou de loin, aux manifestations de la place Tahrir. Ainsi, ce sont tout aussi bien des opposants au régime, des victimes ou de simples spectateurs du mouvement qui sont mis en avant.

Le premier témoignage traite d’un jeune adolescent vivement battu lors des manifestations. À dos de son cheval qu’il utilisait en tant que guide des pyramides de Gizeh, il s’est retrouvé par mégarde coincé dans la horde de manifestants révoltés et violents. Frappés jusqu’à l’évanouissement, il a tout de même, par chance, réussi à s’en sortir. Il raconte maintenant comment il subsiste, au quotidien, sans son cheval, sans plus de considération de la part des politiques. S’ajoute ensuite le témoignage d’un conducteur de minibus, qui a refusé de transporter des manifestants arrêtés sur la célèbre place. Il fut alors emmené par la police, battu puis torturé. Il raconte comment la police s’approprie maintenant le pouvoir, utilise la violence et s’octroie des droits inexistants. C’est sur le même ton qu’une autre femme témoigne, car son mari a été accusé à tort de possession d’armes à feu et emprisonné. Selon elle, la corruption est plus encore développée que sous l’ère Moubarak, la police use de son statut pour escroquer les gens, sans compassion. On nous conte par la suite le récit d’une jeune fille stigmatisée dans son village natale pour sa participation aux manifestations. Elle reste maintenant sous étroite surveillance par les responsables de la sécurité de son village, qui l’empêchent de voir qui que ce soit. Elle n’a plus de libertés, ses protestations place Tahrir n’ont pas la résonance souhaitée. Enfin, il nous fallait tout de même une touche numérique. Le dernier destin est celui du frère d’un bloggeur emprisonné, qui lutte au quotidien pour obtenir sa libération. Il démontre comment il est toujours impossible de s’exprimer dignement dans ce pays, et ce malgré l’avènement de la liberté d’expression.

On peut facilement dire que chacun dresse un portrait complexe et malheureux de la nouvelle Égypte. La révolution n’a pas réussi à surpasser les problèmes d’abus de pouvoir, de corruption et de violence policière. L’espoir tiré de la chute du régime n’a pas engrangé de changements perceptibles. La jeunesse égyptienne du 25 janvier continue sa lutte, elle est prête à tout sacrifier pour la liberté de son pays.

Ce documentaire poignant, touchant, humain, permet de surpasser les regards habituellement portés par les médias occidentaux sur l’Égypte, qui relatent une situation nouvelle, où chacun est libre de vivre. En réalité, il semble que rien de tel n’existe encore, la révolution semble ne pas encore avoir existé, le pays est resté la même. Petr Lom réalise un documentaire proposant un axe d’analyse nouveau, jonglant parfaitement entre la vérité et l’émotion, faisant vivre ses sujets comme des témoins du changement inexistant. Un film sensible, émouvant, qui a su conquérir l’ensemble de la salle.

Guillaume Fey