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Littérature BOUSQUET Charlotte : Matricia

Publié par Rédacteur, le 12 janvier 2012

Matricia est la troisième île de l’Archipel des Numinées que visite Angelo di Larini, le personnage qui sert de fil conducteur à la série. Il y arrive alors que l’île a été quasiment vidée de toute vie humaine par la Peste brune, une épidémie de zombies liée au nouveau dieu qui prétend prendre la place de la Triple Déesse, Kebahil. Et Angelo vient seulement repérer l’étendue des dégâts, mais il va devoir participer à l’affrontement entre Dionisia, incarnation d’un des aspects de la Lune, et son oncle Alino, support humain de Kébahil. Affrontement qui commence par un jeu de cartes, le jeu du Destin, au cours duquel Dionisia et Alino vont évoquer par leurs récits la grandeur passée de Matricia et comment le clan des Tengelli a produit d’une part Dionisia, le Fléau qui anéantira le clan, d’autre part Alino, le Fou qui met le monde entier en danger. Ce clan dont la puissance reposait sur la protection d’un démon, Ruben, que Dionisia a soumis à sa volonté afin de mener à bien sa vengeance contre le clan de son père. Au fur et à mesure des récits alternés des deux adversaires, nous découvrons deux histoires antérieures à l’affrontement final, comment Dionisia est devenue le Fléau et l’exécutrice de ses parents par haine de son père et comment Alino, ayant échappé à l’assassinat par ses frères, est devenu le serviteur de Kébahil et a propagé la peste ; deux histoires qui nous font découvrir Matricia au temps de sa richesse.

Malheureusement ces récits laissent malgré tout une ellipse importante, qui à mon goût pose problème : il manque au moins un chapitre qui raconterait le triomphe incomplet de Dionisia, le moment où elle a vu disparaître le reste du clan maudit et découvert qu’il restait cet oncle qu’elle n’a sans doute jamais rencontré et que pour le tuer, elle devrait, en même temps, devenir l’incarnation de la Mère, un des aspects de la Lune. On peut bien sûr se passer de cet épisode, l’imaginer comme sous-entendu dans la continuité de la lutte de Dionisia mais je crois qu’il correspond à un changement profond de la vie de l’héroïne. Et dans le roman il sépare des épisodes « réalistes », dans lesquels les seules apparitions de la magie seront la prophétie qui précède la naissance de Dionisia et la rencontre avec le démon Ruben et la partie pure fantasy qu’est la venue de la peste brune et la lutte contre Kébahil. Bien que disposant d’une vision des destins et du pouvoir de les tisser, Dionisia n’a apparemment fait aucun usage de ces pouvoirs pour préparer sa vengeance, si ce n’est quand elle a eu des instants de prescience, jusqu’à ce qu’elle en ait absolument besoin pour préparer sa lutte contre Alino et Kébahil et provoquer la venue d’Angelo, dont l’aide lui est nécessaire. D’une certaine façon, cet épisode caché est le cœur du roman et le basculement entre deux histoires presque séparées. Charlotte Bousquet veut le laisser à l’imagination du lecteur, je préfèrerais, du fait de son importance, qu’il soit balisé. Cela n’enlève rien à la valeur du roman, à la qualité de la construction des récits amenés par les cartes du Tarot Numinéen : c’est une question de goût personnel.

En complément aux récits, ce volume comporte un choix de poèmes d’auteurs des différentes îles numinées. Peu à peu, à travers les épisodes racontés dans les romans et ce genre de compléments, se précise l’image de ce monde inspiré par l’Italie de la Renaissance.

Trois romans déjà parus entament un cycle qui se poursuivra peut-être, mais auquel Charlotte Bousquet met un arrêt provisoire à la fin de cette trilogie à laquelle il ne faut pas omettre de rattacher la nouvelle parue dans l’anthologie spinalienne Victimes et Bourreaux qui fait partie de l’histoire de Dionisia.

Ne pas oublier de visiter le site personnel de Charlotte Bousquet en partie dédié aux Îles numinées. http://www.charlottebousquet.com/ Et attendons la suite du voyage, s’il plait à Charlotte de nous emmener dans les autres îles, à la suite d’Angelo di Larini.

Matricia de Charlotte Bousquet, éditions Mnémos collection Icares, 2011, 273 p., couv Elvire de Cock

Georges Bormand