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Théâtre Bruno Coppens, Allo-mophonie, ishi-ritori

Publié par Matthieu Matthys, le 13 mars 2012

Bruno Coppens n’est pas un nouveau venu dans le panel très restreint des humoristes belges. En effet, le tournaisien a déjà de nombreux spectacles à son actif et une carrière de chroniqueur télévisuel et radiophonique qui pourrait en faire baver plus d’un. Le jeu des dictionnaires, la semaine infernale en Belgique ou le fou du roi en France, on peut dire que cet artiste est avant tout un maître des mots, un équilibriste de la langue française.

Cette jonglerie verbale, l’homme en a fait une spécialité, un art. Constamment valsé entre la métaphore et la comparaison, il joue avec le mot mais aussi avec le public, raison pour laquelle nous étions présents au théâtre Jean Vilar afin d’évaluer ses prouesses.

Dès les premières minutes de spectacle, le décor est planté. Dans une ambiance de taverne, un aubergiste, incarné par Pierre Poucet, va voir arriver dans son bar Bruno Coppens. Celui-ci vient lui rendre une visite peu avant la fermeture de l’établissement. Très loquace, ce client et ami de l’aubergiste va partir dans un quasi monologue où il passera en revue la politique et l’actualité dans son ensemble. Un choix subjectif que beaucoup de comiques empruntent actuellement. Cette omniprésence de la politique dans les discours facétieux provoque souvent une lassitude du spectateur à l’égard de ceux-ci. Pour ne rien cacher, dès que Bruno Coppens frôla le sujet Sarkosy – Carla Bruni, les sourires se crispèrent tant les plaisanteries aussi subjectives que parfois inutiles ont déjà toutes été faites. Idem pour la politique belge où les Elio Di Rupo et Bart De Wever semblent être plus drôles à écouter qu’à pasticher.

Heureusement pour nous, cet écart contextuel n’était que passager, et ce pamphlet economico-politique laissa très vite la place au cœur du spectacle, les cinquante ans de notre humoriste. Il y a peu, les scènes francophones nous parlaient à foison du démon de midi et de la quarantaine. Bruno a voulu aller plus loin en nous parlant de la décennie suivante. Un choix intéressant où il était encore possible d’inventer, d’imager et d’innover dans le domaine du rire et de l’ironie. De l’ironie, il en faut, car l’artiste se moque éperdument de son propre âge. Avec une grande habilité, le spectacle prend une toute autre allure et la connivence entre nos deux acteurs est idéale et impeccable. La mise en scène est très travaillée malgré un décor plein de sobriété. De fait, le décor semble au départ basique et simpliste, mais au fur et à mesure qu’avance l’histoire, il se métamorphose de manière inattendue. Une surprise originale qui est à souligner.

Bref, dans Mes singeries vocales (nom du spectacle), Bruno fait du Coppens. L’ambiance va crescendo mais ne faiblit que très rarement. Et pour cause, les blagues, parfois potaches, coulent doucement dans l’esprit du spectateur de manière amusante. De plus, Bruno emmène dans son délire les personnes venues le voir afin de partager avec eux un moment de détente et de franche rigolade.

Un spectacle amusant et intelligent.

Matthieu Matthys