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Littérature Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka

Publié par Lionel, le 17 novembre 2012

Prix Fémina 2012, Julie Otsuka est une américaine d’origine japonaise qui commence à faire son chemin en littérature. Son second roman après « Quand l’empereur était un dieu » en 2004, vient de décrocher le prestigieux prix Fémina étranger 2012 qui récompense  chaque année une œuvre de langue étrangère écrite en prose ou en poésie.

Ce livre est d’une extrême sensibilité, racontant l’émigration de jeunes femmes japonaises, mariées par leur famille à de riches américains contre dote au début du XXème siècle. L’histoire commence donc au Japon, un pays admirable mais très pauvre depuis lequel des centaines de jeunes japonaises pour certaines pas plus âgées de 14 années vont prendre la mer afin de retrouver leurs maris sur le nouveau monde. Ce voyage, long et périlleux est l’occasion pour elles de faire leurs premières expériences sexuelles, amoureuses auprès des marins et voyageurs en tous genre effectuant la traversée. Souvent très jeunes, innocentes et naïves, la plupart de ces filles n’ont jamais connus autre chose que le dur labeur des rizières, le choc culturel ne sera peut être pas évident et la plupart d’entre elles angoissent à l’idée de quitter définitivement leur terre natale.

Après un long voyage, les voici arrivées en Amérique, sur le quai, de nombreux paysans et ouvriers les attendent à leur grande surprise. Sur les photos et lettre qu’elles avaient reçues de leur futur époux, elles pensaient se marier avec l’homme riche, beau, connu qu’ils se décrivaient mais que du contraire, ces hommes n’étaient autre que de vulgaires paysans cherchant épouses pour les faire travailler aux champs à leurs côtés.

L’arrivée fut très rude, leurs maris ayant tous décidés de les soumettre dès les premières minutes, s’ensuivit des scènes de viols pour certaines, de tortures pour d’autres dans les nombreux établissements de fortune éparpillés le long du port où à même la rue pour les plus pauvres d’entre eux.

Loin de l’idée qu’elles se faisaient de l’Amérique, ces jeunes femmes se voyaient désormais rendues esclaves sexuelles de leurs maris pour lesquels elles avaient encore pourtant beaucoup d’admiration pour certaines, pour d’autres par contre le choc fut tel qu’une vague de suicide suivit chacun des voyages vers cette terre promise.

Prisent au piège, ces femmes résignées vont pourtant vivre le cauchemar d’une vie, tombant enceintes tous les 9 mois pour les besoins de la famille, elles auront la lourde tâche d’assumer le rôle d’une mère, d’une pute, d’une femme de ménage, d’une ouvrière, d’une paysanne, d’une maîtresse, d’une infirmière durant le restant de leur vie sans ne recevoir jamais la moindre considération de la part de ces hommes sur qui elles avaient fondés tous leurs espoirs d’avenir.

Racontant la vie de ces femmes de manière hypotyposée, Julie Otsuka arrive à choquer le lecteur tout en gardant cette légère touche de poésie qui lui donne toutes ses lettres de noblesse le temps d’un roman d’une extrême violence vis à vis de ces femmes qui ont vécu toute leur vie dans l’antichambre de l’enfer pour satisfaire les besoins les plus primates d’hommes ayant émigrés avant elles sur un continent qui les rendis en esclavage durant des décennies au nom de la Sacro Sainte démocratie à l’américaine.