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Musique Concert d’El Gusto, les influences arabo-andalouses du chaâbi

Publié par Matthieu Matthys, le 16 janvier 2012

© Ugc

C’était samedi soir, les Bozar accueillaient à Bruxelles l’un des concerts les plus attendus de ce mois de janvier. Dans le cadre de la semaine consacrée à la culture arabe et du week-end Egypt on Film, rien de mieux que d’assister à la prestation d’El Gusto, l’orchestre d’Alger composé des meilleurs musiciens du Chaâbi. Cet art musical est né au cœur même d’Alger, dans la mythique Casbah, lieu hautement symbolique de la culture au Maghreb. En 1920, ce style musical prend doucement naissance dans le milieu populaire de la vieille ville. Ce jazz oriental aux inspirations multiples va faire revivre la cité dans des soirées « underground » où les influences historiques donneront une âme aux sonorités profondes des mandoles et des guitares sèches. Aujourd’hui, la Casbah d’Alger a bien changé. Après la guerre d’indépendance et la guerre civile que connu l’Algérie, de nombreux quartiers furent considérablement modifiés et la cartographie de la ville fût également chamboulée par la même occasion. Cependant, même si la citadelle semble avoir pris un coup de vieux, la musique chaâbi résonne encore aux travers des ruelles de cette médina antique.

Sur la scène de la salle Henry le Boeuf, deux pianos se faisaient face avec assis au banc de l’un de ceux-ci l’immense Maurice El Medioni, véritable icône de la musique arabo-andalouse et séfarade. Au milieu de ces deux instruments de taille, les maitres du Chaâbi algérien étaient prêts à faire bouger le public venu faire salle comble pour honorer la présence de ces artistes d’Afrique du Nord. Abdelkader Chercham, Liamine Haimoun, Abdelmajid Meskoud, Robert Castel, Paul Sultan, Luc Cherki et bien d’autres allaient nous procurer près de trois heures de musique aux accents à la fois mélodieux et entrainants.

Après un instrumental permettant de souhaiter la bienvenue au public dans l’antre des Beaux-Arts, le concert fût lancé et entraina, avec lui, le public dans sa longue ascension artistique. Au départ, l’assistance se faisait calme et attentive aux différentes sonorités instrumentales des derboukas, des mandoles et du qanûn, qui nous fît vibrer quelques morceaux plus tard lors d’un solo époustouflant. Mais au fur et à mesure que la soirée avançait, c’est une enivrance festive et familiale qui obligèrent les corps envoutés à se lever et danser aux rythmes effrénés de cette musique bientôt centenaire.

Le chaâbi, plus qu’être une musique est un symbole. Le symbole de l’entente entre les peuples et du rapprochement interculturel. Né d’un savant mélange de musique andalouse, de mélodies sahariennes et de sonorités séfarades, cet art permet de montrer l’homogénéité de différentes cultures que d’autres s’emploient à diviser. En nous présentant des juifs, des musulmans et des pieds noirs grattant leurs cordes côtes à côtes, on peut dire sans gène que la voie du pardon et de la réconciliation semble ouverte à quelques mois seulement de l’anniversaire de l’indépendance de l’Algérie.

Chapeau bas messieurs, les racines d’Alger ont su époustoufler Bruxelles.

Matthieu Matthys