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Cinéma Couleur de peau : miel, un film puzzle, déroutant et émouvant

Publié par Rédacteur, le 14 juin 2012

Je n’étais familière ni de l’oeuvre de Jung, ni de celle du réalisateur Laurent Boileau.

Pourtant, le premier est déjà un auteur de BD connu depuis les années nonantes, avec une première apparition dans Spirou magazine dès 1987. Et son accolyte, passionné par le neuvième art, a réalisé de nombreux documentaires sur le sujet (Franquin, Gaston et compagnie ou Spirou, une renaissance).

Je ne savais rien de tout cela lorsque je suis entrée dans la salle de projection le jour de la vision de presse ; je n’avais pas encore eu entre les mains le dossier de presse.

Je savais seulement que j’allais voir un film d’animation (depuis, il a reçu le Prix du Public, ainsi que le Prix Unicef lors du Festival du Film d’Animation d’Annecy, il y a 3 jours).

Au bout d’une dizaine de minutes, je suis déjà déconcertée par les choix des deux réalisateurs. J’ai déjà pu voir des séquences d’animation en 3D, en 2D, mais aussi des images d’archives et des vidéos familiales en super-8. Il y a de quoi se demander où les auteurs veulent aller.

Pourtant, la voix de Jung permet de tracer un chemin entre les différents pointillés donnés au spectateur par ces médias divers. Et je me laisse emporter par le courant des souvenirs, passés et présents de l’auteur.

Je découvre, alors, l’Histoire de ces 200 000 Coréens adoptés de par le monde. Car, même si Jung nous fait vivre son histoire personnelle, il nous renvoie toujours, par ses commentaires et les dialogues de ses personnages, à des questionnements plus élargis.

C’est là que ces dialogues et ces techniques, imbriquées à la manière d’un puzzle, ou d’une vaste commode à souvenirs, donnent plus de profondeur à une quête plus autobiographique, à une recherche d’identité, voire à la redéfinition de cette dernière.

A l’instar de l’humour distillé tout au long du film, contrebalançant une amertume due à l’abandon. Jung donne une saveur toute particulière au rejet de tout ce qui peut provenir de la Corée lorsqu’il fait dire à son propre personnage  » je ne serai ni Belge, ni Coréen. Je serai Japonais ! »

Cette alternance entre le rire et la gravité, entre les réflexions enfantines et les questionnements plus adultes m’ont autant déroutée que l’imbrication des techniques utilisées.

Pourtant, l’ensemble fait de ce film puzzle une unité complexe et entière qui a su m’émouvoir.

Ils sont rares, les films me donnant envie d’approfondir un sujet historique, surtout lorsqu’ils abordent l’Histoire par un biais personnel. Malgré les tout petits défauts que j’ai pu trouver à ce film (tant par mon ignorance que par mes goûts parfois difficiles à contenter), Couleur de peau : miel a réussi à éveiller ma curiosité, à me donner envie de connaître l’œuvre de l’auteur tout comme ce pan d’Histoire méconnu.

Néanmoins, je ne pense pas que ce film aurait eu ce même impact, cette résonance si j’avais lu la bande dessinée à la base de cette aventure cinématographique. Pour moi, ce film est devenu une fenêtre sur le territoire à découvrir qu’est le roman graphique dont il est tiré, le tout n’étant que l’arbre cachant la forêt racontant la reconnexion entre une histoire personnelle rempotée et des traditions à (re)découvrir et faire siennes.

En quelques mots, je vais partir à la découverte de la bande dessinée éponyme, mais également à celle du site consacré à l’aventure du film (http://couleurdepeaumiel-lefilm.com/index-be.php) pour continuer le voyage commencé ce jour-là, lors de la projection de presse.

Adeline Delabre