Sortie cinéma, actualité théâtre, sortie BD, festival de musique | » « Debout l’Europe ! » de Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt

Littérature « Debout l’Europe ! » de Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt

Publié par Lionel, le 8 novembre 2012

deboutleurope

Il est de bon ton en période de crise de voir les grands écrivains pointer le bout de leur plume afin de se faire entendre dans le brouhaha des assemblées parlementaires internationales. Cette année le livre tendance est celui de Daniel Cohn-Bendit, grand révolutionnaire en 68 et de Guy Verhofstadt, ce premier ministre belge qui a préparé la crise Européenne au sommet de l’Etat belge au son des valeurs du tatchérisme.

Ce manifeste est accessible à toutes personnes n’ayant pas vécu dans un couvent ces 10 dernières années, il rappelle les faits de la constitution Européenne de ses début jusqu’à aujourd’hui en s’attardant sur le traité de Lisbonne (le fameux traité de la constitution Européenne écrit par Jacques Delors et Jean-Luc Dehaene avant d’être rejeté par la France qui n’y voyait pas la touche personnelle de son grand président Monsieur Sarkozy actuellement poursuivi par la justice française pour de nombreux délits).

Ce traité qui crée la base d’une nation européenne est, au goût des deux auteurs du jour,  un bon début mais pas une fin en soit. Le traité établit les bases communes tout en ne créant pas une instance capable de gérer la grande nation qu’imaginait Schuman, Spaak ou autre Churchill lors de la construction primaire de l’Europe.

Une instance capable de gérer les autres Etats, voilà donc le manifeste auquel nous aurons droit dans un livre clair, sans ambiguïté et émanent de deux clivages politiques non pas opposés mais travaillant régulièrement ensemble lors des assemblées parlementaires, une recherche de centralisation du pouvoir, du savoir tel que le concevait la France lors du siècle des lumières.

Sur le fond, on ne peut pas donner tort à ces deux écrivains mais force est de constater qu’ils font partie de cette caste très restreinte qui vivent l’Europe sans se soucier des problèmes cruciaux que vivent les populations européennes de nos jours…

En effet, l’histoire nous rappelle que la centralisation du pouvoir décisionnel a toujours amené les tentatives de construction Européenne à leur perte, que se soit César avec la centralisation de l’Empire Romain à Rome et Constantinople, Alexandre le Grand à Athènes, Napoléon à Paris ou autre conquérant ayant voulu un pouvoir absolu sur une population qui leur était complètement indifférente.

La centralisation du pouvoir à Bruxelles a complètement désintéressé la population Européenne au fil des ans, le grec n’a jamais vu les bâtiments européens pour lesquels il aurait du payer des impôts, le sicilien a du mal à concevoir le continent en étant perdu au milieu de son île,  l’espagnol ne connait l’Europe que par le flux de touriste en saison estival, le roumain se demande encore pourquoi il est rentré dans l’Europe si c’est pour se voir refuser une embauche suite à sa nationalité. Le rêve Européen est bien ancré dans les têtes des milliers de fonctionnaires fourmillant dans les couloirs du parlement mais est totalement en inéquation avec la réalité de terrain. Nantis sur leur perchoir, les députés, fonctionnaires et ouvriers se pavoisent dans des salaires indécent faisant grimper le prix de l’immobilier de sa capitale, la distance prise entre ceux-ci et le reste de la population est telle qu’il aura fallu leur construire des écoles propres comme signe d’intégration à la population qui les accueille, il aura fallut construire de nouveaux logements digne de leur classe sociale, il aura fallut voir la rue la plus prestigieuse de Bruxelles se voir transformer en centre lobbyiste international.

Même si je reconnais que l’idée d’un Etat fédéral Européen pourrait apporter un poids au niveau international, je pense que c’est en son sein qu’il faudrait commencer par faire le changement. La décentralisation continue du pouvoir n’a fait qu’augmenter le sentiment nationaliste dans chacun des Etats-Membres au lieu de rassembler autour d’une cause commune. Il serait temps de parler d’une Europe des Régions, une Europe plus proche de ses populations et plus attentive aux problèmes spécifiques à tout un chacun. Avoir un ministère de la pèche à Bruxelles est totalement absurde lorsque l’on sait que la Belgique ne compte que 66 km de côte, y centraliser l’éducation, la finance et l’écologie ne résoudront pas le problème de sur-pèche en méditerranée ni même les problèmes économiques que vivent les populations grecques, bulgares, espagnoles ou européenne. Il est temps que ces « têtes pensantes » redistribuent les cartes de la richesse aux populations qu’ils contrôlent si l’on ne veut pas assister dans les prochaines années à la chute de l’Empire Européen, il est temps que la fuite de cerveau vers une institution méconnue cesse afin de permettre à chaque pays de retrouver ses propres marques et de se désembourber petit à petit du charnier dans lequel l’économie moderne les a plongé.

Ce manifeste a le mérite d’exister, sa conception est d’un intellect évident mais il se trouve dans un espace temps totalement différent de celui de monsieur et madame tout le monde…

 

Lionel Flips