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Théâtre Dirty weekend

Publié par Julien Fontignie, le 7 mars 2012

Bella est une femme blessée. Abusée par les hommes, elle se recroqueville sur sa vie morose dans son appartement au sous-sol. De son calme dépressif elle sortira meurtrière. C’est un voisin pervers qui la harcèle qui brise le cocon dans lequel elle s’était réfugiée. Du rejet d’elle-même, la pression fait déborder Bella qui se transforme en vengeresse de la perversité masculine : « Elle se rendit compte qu’elle n’en pouvait plus ». Ce sera d’abord lui, une nuit, quand il dort, puis un autre, et encore un autre… Tous payeront de leur vie de lui avoir fait du mal.

La relecture du roman de Helen Zahavi par Jacques Delcuvellerie est particulièrement difficile à suivre. Durant la pièce, les présentations mettent le spectateur mal à l’aise, moins à cause des nus ou des scènes sexuelles, que par le manque de finesse dans la mise en scène. La pièce se serait sans doute largement satisfaite de l’honnête prestation de Françoise Fiocchi dans le (long) premier acte, psychologique, où le spectateur découvre « Bella » avant son réveil vengeur. On retrouve une analyse du caractère renfermé de « Bella », touchante et choquante.

Suivent alors 3 actes d’un autre style et d’un autre niveau. La pièce glisse du drame au vaudeville. Se voulant humoristiques, ils sont interprétés par les 3 autres comédiennes, qui se plient à des jeux peu gracieux. Obligées de jouer certaines scènes presque nues, elles déçoivent par le manque de crédibilité. L’omniprésence de la voix-Off narrative, délicate forme pour l’adaptation d’un livre, tombe souvent dans des écueils : L’omniscience casse la surprise en anticipant l’action, relève et explique régulièrement ce qui saute aux yeux et répète tout ce que tout le monde avait déjà bien compris. Le ton de la voix de Francine Landrain est suffisamment travaillé et les intonations particulièrement ajustées, et garde du début à la fin un style correct mais peu compatible avec la seconde partie de la pièce, plus humoristique.

Plusieurs sentiments se mêlent pendant la longue deuxième partie du spectacle. On a de la peine pour ces jeunes filles, dont les rôles ne sont pas adaptés, et pour toute l’équipe qui a sans doute travaillé dur pour mettre en œuvre des scènes complexes et des décors travaillés aux effets spéciaux inhabituels. On se sent également dérangé, moins par les nombreux spectateurs qui quittent la pièce pendant la représentation que par le manque de délicatesse de la mise en scène, qui choque pour choquer, l’envie de s’enfuir uniquement limitée par le respect dû aux artistes. La lassitude apparaît peu après la moitié du spectacle, après une heure et demie. Le mélange hasardeux de styles de la voix-off (drame), des dialogues (drame/comédie), des mimiques (vaudeville), de la musique et de la situation (tragédie) ne permet pas au spectateur d’apprécier le travail de chacun à sa juste valeur. Trop d’éléments et trop de longueur font de la pièce une chose inconsistante tout au long de son déroulement,

Julien Fontignie.

A voir au Théâtre National jusqu’au 10 mars.