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Littérature Doug TenNapel : Ghostopolis

Publié par Rédacteur, le 30 avril 2012

20h, dernier soir avant le passage à l’heure d’été, la lampe rendant la pièce feutrée, on se dit « vivement les jours plus longs ». Il y a des soirées comme ça où l’on n’a pas vraiment envie de s’embarquer avec Proust pour partir « à la recherche du temps perdu ».

Non. C’est plutôt une envie de lecture légère, d’une vraie aventure mais non surchargée d’actions inutiles, d’une comédie mais pas trop grotesque pour casser le mood ambiant de la pièce, d’un scénario qui vous emmène ailleurs mais ne vous perd pas, qui reste bien sagement à vos côtés, car vous êtes bien enfoncé dans le sofa et il serait dommage de s’en faire sortir. ça donne envie d’un chocolat chaud avec tout ça.  Et la boîte de cookies qui va avec, tiens !

Le problème avec l’œuvre de Proust, qui conviendrait bien à l’atmosphère tamisée et le joli papier peint old-fashion, c’est qu’il n’y a pas d’image et dans la section bd, et bien ça ne rentre pas. Alors que dans Ghostopolis des images il y en a, et elles sont très colorées malgré le monde où Doug TenNapel nous envoie. Evidemment, comme le laisse supposer la cover et le titre, on n’est pas en route pour une histoire dans des nuages remplis d’oursons rouges, verts, jaunes aux super symboles sur le ventre, même si de ciel il est question.

Enfin, plutôt d’au-delà. Et c’est là, sans l’avoir demandé évidemment, que se retrouve envoyé accidentellement le jeune Garth. Déjà qu’il a une maladie incurable, c’est pas de chance !  Et le responsable c’est Frank Gallows, sorte de John Constantine version fonctionnaire. Bref, le monsieur tout le monde faisant le métier le plus classique du monde, chasseur de fantôme.

Mais loin du sérieux, de la noirceur d’un Hellblazer, on déguste ici son chocolat chaud chez les morts, les squelettes, les embaumés mais étonnement, sans ressentir d’horreur. C’est frais, enjoué, on va de surprise en surprise. Les personnages principaux sont bien définis, les sentiments sont justes et là, et la fin est très bien choisie selon moi. Tout juste ce qu’il me fallait pour cette soirée. J’ai fini mes cookies sans m’en rendre compte et, totalement plongé dans Ghostopolis, j’en ai oublié de terminer mon chocolat chaud, il est froid. Mouarf.

Bon, tout n’est pas parfait, c’est vite lu, ça reste un rien trop léger pour un album de 266 pages où, avec des cases plus petites et un peu plus de texte, Doug TenNapel aurait sûrement réussi à développer son monde, à rendre les emmerdes de Garth plus riches encore.

Le trait est agréable mais selon moi, de si grandes cases demandent un peu plus de travail pour les arrières plans et autres détails. Certaines cases semblent parfois un peu vides.

Grossomodo, Ghostopolis n’est pas un Graphic Novel for adult mais bien que destiné avant tout aux jeunes lecteurs, il peut procurer un certain plaisir aux  vieux barbus ayant traînés du côté de Chez Swann. Les plus jeunes apprécieront certainement Côtelette et Garth, les plus âgés refermeront l’album en buvant leur chocolat, froid, un petit sourire aux lèvres.

Ghostopolis

Dessin, scénario, couleur : Doug TenNapel

Editeur : Milady / collection Milady Graphics

Nicolas Clarisse