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Littérature Egon Schiele : Une attachante cruauté…

Publié par Alexis Hotton, le 20 juin 2012

Nouveau talent prometteur, Xavier Coste vient de faire paraitre chez Casterman son premier album en solo : « Egon Schiele : Vivre et Mourir ». Un portrait complexe, porté par un style enlevé, du peintre autrichien célèbre pour la puissance érotique de son œuvre. Une violence sulfureuse qui se retrouve dans sa vie jalonnée de lignes brisées. Xavier Coste a bien voulu nous rencontrer afin de nous raconter sa vision de l’enfant terrible de la Sécession.

Étudiant en graphisme passionné de peinture, Xavier Coste, n’a que 21 ans lorsqu’il se lance dans la réalisation d’un projet pour le moins risqué : une biographie d’Egon Schiele en bande dessinée. « L’idée m’est venue en parcourant des documents sur Schiele, c’était souvent très incomplet. S’il est exposé dans d’immenses musées, je me suis rendu compte qu’on étudiait assez peu l’homme qu’il était. » De cette frustration naîtra un désir, celui de retrouver le peintre dans sa vérité. À 23 ans, Casterman lui donne sa chance et publie le fruit de ses efforts, un album beau, profond et séduisant.

La vie d’Egon Schiele est nébuleuse, mal connue, pleine de fractures et de trous. Xavier Coste en reprend fidèlement la trame en s’efforçant de ne pas céder au romanesque : « J’ai bien sûr été tenté par la fiction avec un tel personnage, mais ce que je voulais c’était le décrire au plus près. » Le ton de l’ouvrage interpelle par sa maturité. Il présente un Schiele menteur, égocentrique, manipulateur, cruel et pourtant sincèrement touchant. Pour Xavier Coste, il n’était pas question de faire une hagiographie : « Je suis quelqu’un de plutôt réservé et j’étais fasciné par la radicalité de Schiele. J’espère avoir réussi à le rendre un peu “aimable” sans rien cacher de ses côtés excessifs. » On retrouve Schiele au sein d’une existence dissolue d’élégant sans-le-sou, fréquentant tavernes, maîtresses et prostituées, toujours à l’extrême. C’est aussi un jeune peintre qui cherche la juste mesure entre le compromis et la compromission, entre sa conception de la peinture et les attentes du public.

Stylistiquement proche de son « héros », par le trait et les couleurs, Xavier Coste se montre original et ne tombe pas dans le pastiche d’admirateur. Son album, entièrement réalisé à l’ordinateur, sans que cela ne paraisse, multiplie les clins d’œil plus ou moins explicites à l’œuvre de Schiele, « je voulais retrouver son sens de la matière » nous explique-t-il. Expressionniste, Schiele se veut novateur et perturbant. Son univers est fait de poses lascives, provocantes, pornographiques parfois, ce qui ne manquait pas de choquer la société viennoise. Sous son pinceau, les corps paraissent plongés dans une forme d’inconfort, un « sur le point de » animant l’image de l’intérieur. Bien que l’on perçoive nettement l’ossature anguleuse de ses personnages, ces derniers semblent tout couverts de matière, plongés dans un élan distordu au sein du monde tel qu’il est. Tâches, rougeurs, plis, loin d’être chassé hors du temps les modèles de Schiele sont saisis à la seconde près.

« Vivre et Mourir » nous offre le récit lucide de cette vie sauvage de 28 ans seulement, dont nous vous laissons découvrir l’épouvantable épilogue. Des débuts prometteurs pour Xavier Coste qui s’est fixé un nouvel objectif de taille : raconter en dessin la vie d’Arthur Rimbaud.

Alexis Hotton

Présentation de l’album par l’éditeur : http://bd.casterman.com/albums_detail.cfm?id=42122

Le site de Xavier Coste, pour découvrir ses peintures et suivre ses projets : http://xaviercoste.com/