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Théâtre Fellag : La mondialisation du couscous

Publié par Loïc Smars, le 17 février 2012

Du 15 au 18 février au théâtre 140  Mohamed Fellag propose un cours singulier de cuisine moderne : comment accommoder orient et occident à la sauce du 21 éme siècle ? L’appétit en bouche, nous sommes allés goûter, pour le Bourlingueur,  les mets du fameux maitre conteur.

Le choc des civilisations n’en finit pas d’être annoncé, à défaut d’être jamais consommé. Éditoriaux, tribunes politiques et même café du commerce, l’Europe entière bouillonnent et s’interroge : quelle recette pour l’intégration ? Entre les xénophile du « ça prend tout seul » et les alarmiste exalté du « ça sent le cramé », il est bien difficile de se faire une idée claire du menu et de demeurer de bon goût.

En comique philosophe, toujours entre l’enfant et le vieux sage, Fellag à lui décidé de ramener ce fumant débat à son état premier et ordinaire, celui de l’étonnement. Le «  petit choc de civilisation » c’est d’abord celui qu’avait éprouvé l’immigrant qu’il fut. Jeune algérien débarquant en France, il raconte cette étrange condition qu’est celle, justement,  de l’étranger. Par degrés, d’Alger à Paris, il quitte un monde pour un autre. Soudain, stupeur, le journal annonce que le couscous est devenu le plat préféré de la partie gastronomique par excellence : la France. La joie au cœur et un sourire au coin des lèvres, Fellag devine à travers l’engouement pour ce plat typique de l’Afrique du nord, un amour qui s’exprime en sourdine pour ses habitants.

Seulement voilà, de l’amour à la haine… Il n’y a qu’un pas. Européens et Magrébins n’en finissent pas de danser le tango, c’est « ton rejet pour le mien », « ta souffrance pour la mienne ». Notez bien l’ironie, ne serait-ce pas dans le racisme que nous serions tous égaux ? Comment sortir enfin des sentiers battus et rebattus des rôles du bourreau et de la victime ? D’une certaine manière pour Fellag « Quand l’appétit va tout va ». Il faut laisser de côté la culpabilité et la jouissance victimaire au profit d’un bel optimisme gourmand. Avec un peu de citron et de cumin l’alliance des cultures se fera, le Mektoub (loué soit-il) y veillera.

A l’aide d’une mise en scène particulièrement inventives (chapeau bas), la pièce file sans lourdeur. Certes, le spectacle est avant tout conçu pour la situation franco-algérienne, l’auteur le reconnait lui-même. Toutefois, « Maalich, c’est pas grave, ce soir les belges joueront les français, les magrébins feront les congolais ». Dans le fond, ces histoires de nationalité importent peu puisque la dynamique du spectacle  se veut universelle. Lors de notre passage la salle était comble, belges, algériens, français, marocain (et tant d’autres) tous à la même table et de belle humeurs semblaient dire : Lorsqu’il est franc, le rire n’a pas d’accents.

Alexis Hotton

« Petit choc des civilisations »
Une pièce :
De et par: Fellag
Mise en scène: Marianne Epin
Scénographie: Sophie Jacob
Lumières: Philippe Lacombe