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Théâtre Festival des Libertés, 7ème jour, voyage parmi les étoiles.

Publié par Elodie Kempenaer, le 24 novembre 2011

Alors au programme de ce 7ème jour, Constellation 1961, l’Affaire Chebaya, crime d’Etat ?  et Position among the Stars.
Du moins, cela l’aurait été si deux éléments n’étaient pas venu perturber le tout. Le premier qui me sauta aux yeux fut que le deuxième film se passait à la KVS. Dans mon entrain pour le festival, je n’avais pas pris en compte ce point là. Je me dis que je verrai à la fin de la première pièce de théâtre. Hélas, le deuxième élément à ruiné toutes possibilités de m’y rendre.

Constellation 1961 du collectif Action30.

A 19h10, je suis installée, à 19h30 rien n’a encore commencé et le pitch (très enflammé et engagé) du présentateur n’est pas prêt de se terminer. C’est donc avec un sacré bout de retard que cette performance multimédia commence. Plus aucune chance de voir l’Affaire.

Mitigée. Le sentiment qui a prédominé.

Commençons par le très bon. Le très bon se trouve dans l’histoire de base. Comme je suis un peu fainéante et que le Festival l’a fait mieux que moi, voici ce qu’en dit le synopsis –

En 1961, Franco Basaglia devient directeur de l’hôpital psychiatrique de Gorizia en Italie. Il initie son travail de transformation qui aboutira à la suppression des asiles. La même année, paraissent l’Histoire de la folie de Foucault, Asiles de Goffman et les damnés de la terre de Fanon. Les étoiles se sont donné rendez-vous dans le ciel de Gorizia. Cette constellation aléatoire a permis une  transformation de l’univers psychiatrique et a aussi contribué à façonner le paysage social qui éclatera quelques années plus tard au cours d’un joli mois de mai.

Cette révolution psychiatrique mérite d’être connue et le collectif Action30 a donc décidé d’en faire un projet qui, peut être, tournera dans l’Europe entière. L’intention est louable, voyons maintenant si la mise en place est tout aussi enthousiasmante.

Non pas réticente aux performances de ce genre mais assez hermétique je suis surprise pas la scène. Au fond et en avant plan deux écrans transparents sur lesquels se dessinent des éclairs. Et au milieu, le collectif Action30, en ligne, leurs matériels en face d’eux. Le présentateur nous l’avait annoncé, tout se fera en direct.

La performance se compose d’images d’archives, de dessins réalisés « en temps réel », d’une voix off, d’une femme conteuse et d’un acteur jouant Franco Basaglia. Les deux écrans où les images défilent soit en canon soit en même temps donnent lieu à de sublimes jeux de lumières, de couleurs, de superposition. La musique qui accompagne le tout est à la limité du transcendantale. Elle immerge le spectateur dans l’histoire.

La structure du récit est aussi soignée et extrêmement claire. Parlant d’alchimie, il se divise selon les trois étapes pour arriver à la pierre philosophale qui permet la transmutation des métaux.Sans crier gare, sur l’écran en premier plan, une main bleue se met à écrire quelques lettres pour former le nom Nigredo. Cela fait tilt dans mon esprit, l’œuvre au noir, le stade où la matière pourrit. Naturellement viendra Albedo, le stade où la matière se purifie et Rubedo, le stade où les éléments purifiés se condensent pour créer une matière nouvelle. Ce n’est on ne peut plus clair, on va assister à la transformation complète d’une institution. Cette référence alchimique a titillé mon intérêt.

Mais (un grand mais) c’est long, très long. Le coté performance vire vite du côté séance d’informations avec noms, chronologie d’événements et faits historiques. Je n’ai rien contre cela mais pour moi, un spectacle doit faire passer l’information, la connaissance avec une certaine fluidité. Je n’aime pas  me sentir comme à l’école. Alors même si on me rajoute de belles images et de la musique, non, ca ne passe pas. Donc, j’ai souvent lâché le fil de l’histoire pour ne m’attacher qu’aux vrais moments de spectacle. Je me suis lâchement endormie à la fin, n’y tenant plus.

C’est endormie que je me dirige vers la salle Huisman pour le dernier film de ma soirée. Position Among the Stars de Leonard Retel Helmrich.

Un bonheur absolu de voir ce film.

Le réalisateur a suivit pendant 12 ans une famille indonésienne regroupant 3 générations différentes. A la façon Strip-tease mais en mille fois mieux, Leonard filme les conflits de génération, la globalisation qui grossit encore et toujours et la pauvreté qui se creuse de plus en plus. Dans l’intimité d’une famille qui oublie la caméra et livre de merveilleux moments de vie, allant du drôle au tragique qui prend au cœur. Sans oublier des scènes explosives, tellement que j’en oubliais que c’était la réalité. Preuve est avec cette scène de dispute. Le mari élève des poissons de combat, ils sont forts et il y tient comme à la prunelle de ses yeux C’est son gagne pain. Sa femme tient une échoppe de nourriture au pas de leur maison. La tension entre eux est grande. Comme tout couple normal, la femme n’en peut plus de voir que son mari prend plus soin de ses poissons que d’elle. Il part rejoindre des amis pour se vanter et commenter ses nouveaux petits soldats des mers. L’épouse excédée lui dit qu’elle fera cuire ses poissons. Il aurait mieux fait de l’écouter. Dans un geste totalement surréaliste et dramatico-comique, elle pêche un à un les poissons dans les bocaux et s’en va les plonger dans l’œuf avant de les faire frire. Je ne dirai pas la suite qui semble couler de source. J’étais écroulée de rire jusqu’au retour du mari. Une claque au visage qui me fait revenir sur terre. Ce n’est pas du cinéma, ces gens existent, leurs joies et leurs douleurs sont concrètes.

Toute la force du film est là.  De tout les documentaires que j’ai vu jusqu’à maintenant, c’est le seul qui m’ait donné l’impression d’avoir un vrai travail de mise en scène. On y voit de très beaux plans séquences, des transitions sincèrement parfaites, des mouvements de caméra surprenants et superbement intéressants, une musique qui colle au récit, des instants de vie si bien présenté qu’on les dirait joué.

Je suis emballée comme un cadeau de Noël. Ce documentaire a reçu une flopée de prix, ce qui est plus que légitime. S’il pouvait sortir en Dvd, je l’achèterai et le recommanderai à tout le monde.  Et je lui ferai une petite place sur l’étagère de mes dvd’s rayon FILM en grosses lettres noires.