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Théâtre Gustave et Alexandre, dans l’intimité romancée d’Alexandre Dumas

Publié par Matthieu Matthys, le 13 janvier 2012

© Michel Bricteux

Gustave et Alexandre de Jean-François Viot

Avec Bernard d’Oultremont et Leonil Mc Cormick

Paris, vers 1850. Dans son appartement, Alexandre Dumas peine sur le début de ses Mémoires et se divertit de ses difficultés en tentant quelques articles pour son Dictionnaire de cuisine. La table est dressée et il attend studieusement sa maîtresse de l’époque, la délicieuse actrice Émilie Cordier. Gustave, son intendant et jeune apprenti écrivain, s’affaire quant à lui en cuisine. Il a également un rendez-vous galant et il lui tarde de pouvoir quitter son office. Mais voilà, Émilie est retenue par son mari et doit décliner l’invitation de son amant. Gustave se retrouve alors contraint et forcé de dîner, seul avec son maître…

Pour la première pièce de l’année, le théâtre Jean Vilar propose une pièce divertissante qui nous permet de renouer avec l’art de la scène sans se torturer l’esprit.

Gustave et Alexandre est une pièce écrite par l’auteur franco-belge Jean-François Viot. C’est en 2001 que le brabançon décide d’écrire une pièce mettant en scène Alexandre Dumas «père» pour fêter le bicentenaire de sa naissance. Cette pièce humoristique va faire le tour des salles de spectacles dans la francophonie mais également sur le continent américain. L’histoire romanesque de cette fresque dramaturgique n’est en rien réaliste mais se veut plutôt être une caricature non exagérée de la vie d’Alexandre Dumas. Cette tranche de vie se veut drôle et détendue mais possède pourtant une richesse culturelle intéressante. En effet, l’auteur avoue sans rougir avoir intentionnellement imaginé ce qu’aurait pu être la vie de cet écrivain, mais il se prévaut d’y avoir placé d’innombrables références historiques ou contextuelles dont les spectateurs avides de connaissances se délecteront sans vergogne. De la vergogne, le père des Trois mousquetaires n’en avait cure. Volontiers coureur de jupons et rabelaisien affirmé, ce génie de la plume s’offrait tous les plaisirs que la vie pouvait lui procurer sous peine de déplaire à certains ou de flirter avec la marginalisation sociale et l’illégalité, comme beaucoup d’écrivains de son époque.

C’est sous cette facette que nous est présenté l’Alexandre de cette pièce, incarné magistralement par Leonil Mc Cormick, un acteur dont le talent est à la hauteur de sa réputation. Ce monstre de la scène est accompagné dans ses dialogues interminables par le non moins talentueux Bernard d’Oultremont. Ce dernier joue Gustave Planchet, apprenti écrivain mais surtout homme à tout faire d’Alexandre Dumas. Ces deux acteurs, amis à la ville, nous entraînent dans un face-à-face intimiste où vont s’entremêler des histoires peu ordinaires. En effet, et comme dit précédemment, le chemin narratif qu’a volontairement choisi le créateur de la pièce nous ouvre un regard nouveau sur le grand Dumas. On participe avec lui à l’élaboration de ses histoires mais aussi à son besoin incessant d’être entouré et conseillé. Dans ce récit, vous ne verrez pas l’entièreté d’une vie mais vous vous attablerez, l’espace d’un soir, aux côtés de nos deux compères qu’au départ tout oppose. On assiste à un dialogue de sourds où Dumas a toujours le dernier mot. Mais Gustave n’est pas homme à se laisser marcher sur les pieds et, malgré l’admiration qu’il voue à son maître, il va s’imposer face à lui, engendrant entre eux une complicité masculine où l’humour et la dérision prendront très vite le pas sur les discussions clairvoyantes.

Au bilan, on ressort de la salle avec une fraicheur d’esprit. Cette pièce possède les atouts nécessaires à nous combler. Intelligence des textes, narrations impeccables et ironie intellectuelle, voilà tout ce qui fait de cette mise en scène un véritable exemple de spectacle vivant réussi.

A l’affiche du théâtre Jean Vilar (Louvain-la-Neuve) du 10 au 14 janvier et du 24 au 27 janvier 2012  à 20h30 excepté le jeudi à 19h30.

Matthieu Matthys