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Cinéma [Humeur] Shame de Steve McQueen

Publié par Rédacteur, le 31 janvier 2012

Shame

Réalisation : Steve McQueen

Avec : Michael Fassbender, Carey Mulligan, James Badge Dale …

Shame porte bien son nom. Non, mais sérieux ! C’est une honte d’avoir un acteur tel que Michael Fassbender pour jouer un rôle aussi fade. Rappelons que Monsieur Fassbender a été Magnéto, le « super vilain » du Xmen First Class. Il fera même partie du prochain Prometheus, un prequel d’Alien. Il est réellement l’acteur qui monte et qui trouve sa place. Normal que Steve McQueen ait pensé à lui, surtout qu’ils avaient déjà collaboré ensemble sur le premier film du réalisateur, Hunger, sorti en 2008.

Mais laissons un peu Michael dans son coin, et revenons sur « cette honte ». Brandon, le personnage principal, est un trentenaire addict au sexe, vivant à New York. Jusque là, on arrive à suivre. Mais, partir de ce synopsis, ne pas l’alimenter et se baser entièrement dessus fait qu’on finit vite par trouver le temps long. Les scènes sont étirées au maximum, les plans sont lents, l’intrigue n’avance pas. Il n’y a aucun suspens, aucun rebondissement, aucun coup de folie alors que justement l’histoire le permettait. Fassbender garde son sérieux jusqu’au bout. A croire que le but du film est de plaire aux minettes et qu’il faut absolument retrouver ce côté mystérieux qui a fait de Ryan Gosling, le personnage de Drive, un sex symbol. Les scènes un peu chaudes avec Michael suffisent amplement à libérer des hormones. Par contre, creuser le personnage, lui donner une vie bien réelle avec ce qu’elle apporte de problèmes, de peurs, d’angoisses et de joies, semble trop demander.

On ne fait que du « survolage » pendant 1h40. On survole les sentiments du personnage principal, on survole les liens qu’il peut nouer avec les autres, on survole totalement son addiction. Oh oui ! On le voit bien prendre une ou deux demoiselles et se tripoter, mais on reste loin du problème psychologique. On sous entend qu’il y a quelque chose de pas clair avec sa soeur, peut être une histoire incestueuse à approfondir. Bref, le problème est là, rien n’est clair, rien ne semble logique, rien ne semble lier. On nous fournit un joli cadeau dans une boîte et lorsque l’on veut le déballer, on ne trouve rien au fond du carton. On nous déballe du sexe, de la classe et de l’argent mais ça se saurait, s’il ne fallait que ça.

Même d’un point de vue réalisation, on retrouve ce côté fadasse. Les plans n’ont rien d’exceptionnels, au contraire. Ce sont des plans vus et revus des centaines de fois. Et lorsqu’il y a moyen d’en faire, on préfère s’attarder sur un autre détail. Il n’y a pas d’images chocs, et pourtant c’est un film qui parle de sexe. La seule scène qui pourrait être mise en valeur, et encore, c’est le moment où il rentre dans une boite gay. Nous sommes au 21ème siècle, on aurait pu trouver quelque chose de beaucoup plus choquant. Ce qui choque, par contre, c’est la musique. Il n’y en a pas. Par contre, on doit subir une scène où sa soeur ( Carrey Mulligan) chante dans un bar. Elle massacre le célèbre « New York, New York », avec une expression de bovin. Sa voix n’est pas remise en question, mais son interprétation est vide de tout sentiment.

Encore un problème ! Le sentiment ne se trouve nulle part. Ni le bon, ni le mauvais. Le personnage souffre de son addiction, mais on ne parvient à capter qu’une douleur physique après un enchainement de positions et de « soupirs la bouche ouverte ». Cette addiction est là, le nom du film la porte bien mais on ne sent pas de réelle remise en question et lorsque l’on peut l’entrevoir, elle se fait par un acte totalement dérisoire. Pas facile de s’attaquer à ce genre de sujets et pourtant d’autres l’ont fait avant, avec plus ou moins de talent, mais toujours plus profondément. Petit exemple, le personnage de Choke, réalisé par Clark Gregg et joué par Sam Rockwell, est à la fois drôle et émouvant. Sans parler de David Duchovni, dans le rôle de Hank Moody, dans la série Californication. Le problème n’est pas le sujet, d’autres ont ouvert la voie, mais malheureusement Shamela referme. Et c’est en ça, que ce film peut être considéré comme une honte.

Caroline Champion