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Cinéma Interview de Dan Sluijzer et Donovan Alonso-Garcia, acteur et réalisateur belge

Publié par Jenny, le 2 mai 2013

Après avoir visionné de nombreux films, nous avons voulu en savoir un peu plus sur les métiers d’acteur et de réalisateur de film en Belgique, car en effet derrière les stars du grand écran se cachent également de nombreux réalisateurs ou comédiens dont on ne parle pas ou très peu malgré l’excellent travail qu’ils fournissent pour la communauté des cinéphiles. C’est pourquoi nous nous sommes rendu à la rencontre de Dan Sluijzer et de Donovan Alonso-Garcia au sein des bureaux du Bourlingueur du Net en ce vendredi 19 avril

Dans ce cadre, nous avons rencontré Dan Sluijzer, comédien et acteur qui apparaît notamment dans le film « The Attack » sorti en salle en ce mois d’avril ainsi que dans « The Worst Case scénario », un court-métrage qui sera présenté à Cannes lors du festival 2013 dont le réalisateur n’est autre que Donovan Garcia-Alonso notre second invité du jour..

Comment choisissez-vous vos films et quelles sont les motivations qui orientent vos choix ?

Dan Sluijzer : Dans le cas des longs métrages et grosses productions, il y a un casting. Dans le cas du court-métrage : «  the worst case scénario », le réalisateur qui est Donovan Alonso Garcia a fait appel à moi et m’a demandé de jouer un rôle. Autrement, jusqu’à présent, dans les scénarios que j’ai reçus, il m’est arrivé de refuser une fois parce ce que j’ai des enfants et que pour ce rôle, il fallait violer une gamine et la tuer dans les bois. En tant que comédien,  habituellement j’accepte tout mais pour ce cas-ci je me voyais mal faire cela : comment expliquer à mes enfants pourquoi je me devais d’agir de cette manière, leur expliquer qu’il s’agissait d’un rôle. Autrement, il est vrai que j’ai souvent des gens qui me disent que c’est moi qu’ils veulent.

 Après lecture d’un script,  mettez-vous  une part de vous-même dans chacun de vos personnages  ? 

En effet, avec l’accord du réalisateur, je mets un peu de moi dans chacun de mes rôles

 Quel est le statut du métier d’acteur en Belgique et comment se déroule la vie de celui-ci ?

 C’est très dur. J’ai perdu mon statut d’artiste même si je ne l’ai pas eu longtemps. Il faut savoir qu’en Belgique, on est beaucoup à avoir des petits boulots à gauche à droite mais beaucoup ne le disent pas parce que c’est mal vu. En France, c’est moins mal vu et par contre en Amérique, on vous donne une médaille étant donné qu’on travaille et que l’on n’est pas à charge de la société, on remet une médaille car on travaille en plus de notre métier d’acteurs. Donc effectivement, j’ai eu des petits boulots et à cause de cela, je n’ai pas pu garder mon statut d’artiste. Maintenant, cela fait juste trois ans que j’ai arrêté ces petits boulots et il s’avère que financièrement c’est beaucoup plus dur parce que je n’ai plus de rentrées d’argents.

 Comment se déroule un tournage pour un acteur ? Par exemple, le film « The Attack », a été tourné en Belgique et en Jordanie, comment le tournage s’est-il passé ?

 En fait, en Jordanie, le film a été tourné un ou deux jours, en Palestine également quelques jours. Mais la grande majorité du film a été filmé en Israël. Malheureusement, le réalisateur n’a pas pu recevoir l’autorisation de tourner dans les hôpitaux en Israël. Tout simplement, parce qu’un accident serait vite arrivé. C’est pour cela que les scènes de l’hôpital furent tournées en Belgique

 Vous n’avez donc pas du vous déplacé ?

Non, on est parti en Flandre et l’équipe de tournage a reconstitué un hôpital local qui représentait un hôpital israélien. Ils ont tout refait que ce soit les écritures en hébreux au brouhaha de la foule en hébreu. Ziad Doueiri est quelqu’un qui est très minutieux.

 Un tournage réalisé en Belgique diffère t’il d’un tournage effectué à l’étranger ? Qu’en est-il de l’ambiance ?

 J’ai tourné une fois en Suisse, l’ambiance était à peu près semblable qu’ici. Il y a pas longtemps, j’ai tourné en France pour une série qui s’intitule : « au nom de la vérité » mais il faut savoir que lorsque l’on travaille, on le fait sérieusement. Mais une fois lorsque l’on est dehors du lieu de travail, les gens se libèrent beaucoup et décompressent plus facilement. Ce que j’aime beaucoup quand on tourne en Belgique c’est que l’on rigole tout le temps, c’est beaucoup plus cool : on arrive à joindre l’utile à l’agréable tout en continuant à travailler sérieusement.

 Vous laisse-t-on une part de liberté dans vos rôles ?

 Oui, car j’apporte quelque chose au tournage, au scénario au moment ou l’on tourne. Après c’est au réalisateur de prendre ou ne pas prendre. Par exemple lors du tournage de Dédal de René Manzor en 2005, à un moment le réalisateur a décidé de faire partir les comédiens du coté droit de la caméra pour courir dans le couloir. A ce moment-là, je lui ai demandé pourquoi il ne les faisait pas partir des deux cotés de la caméra, il y a réfléchi et a effectué des modifications.

 Dans le cas de « The Attack », quelle est la raison vous ayant motivé à postuler pour ce rôle ? Et de manière générale pourquoi choisissez-vous de passez un casting plutôt qu’un autre ?

 Pour « The Attack », c’est une amie qui m’a envoyé l’annonce, car le directeur du casting Patrick Hella cherchait des gens parlant un peu hébreux et comme j’ai un peu vécu en Israël et que je parle un peu hébreux : j’ai postulé. Patrick Hella  m’a contacté, en me demandant de venir. Durant le casting, Ziad Doueiri était présent, et on m’a fait faire une scène où je devais faire passer une émotion. Il m’a alors demandé de sortir de la salle et de rentrer une seconde fois en imaginant que j’étais face à une personne mal en point. Il souhaitait voir sur mon visage une émotion. J’ai du effectué cette scène quatre fois et au bout de la quatrième fois, il m’ a dit : «  tu te laisses aller et tu dis quelques mots  en hébreu ». Je suis donc rentré et ai prononcé quelques mots en hébreu signifiant « qu’est ce qui se passe, où est mon fils ». Une fois terminé, Ziad Douieri n’a laissé passer aucunes émotions. Et seulement au bout de quatre mois, j’ai su que j’étais pris pour le tournage.

 On a constaté que vous étiez multitâches. Dans quel domaine prenez vous le plus de plaisir ?

 Le cinéma, mais j’ai un petit faible pour la scène. J’ai fais deux ans de one man show. Si j’avais quelqu’un qui avait le talent de l’écriture pour écrire quelque chose d’assez cash, qui me représente un petit peu. Qui saurait faire de l’autodérision au près des religions, des ethnies, des nationalités avec beaucoup d’humour, sans méchanceté tout en étant grinçant et pinçant. Je me relancerai sur scène .Moi qui suis juif, l’autodérision sur les juifs me plairait beaucoup. En effet, la scène me manque beaucoup, j’aime le fait d’être en scène et d’avoir un contact direct avec le public, de jouer avec celui-ci, cela n’a pas de prix et je pense que tout acteurs devrait connaitre cela dans sa vie.

 Quelles a été l’anecdote vous ayant le plus marqué sur le tournage du film : « the attack ».

 Il y a eu un moment où tous les figurants étaient dans le couloir et personne ne prêtait attention à ce qui se passait. A un moment, Ziad Doueiri a dit : « action »  dans la salle d’opération et en un coup un médecin s ‘est mis à crier et plein de figurants ayant été surpris, se  sont empressés d’aller voir ce qui se passait en pensant qu’il y avait un problème  car aucun d’eux n’avait entendu le mot : action. Sur le coup, Ziad s’est mis en colère car en réalité il s’agissait d’une scène qui était entrain d’être tourné.

Le fait d’être Juif vous a t’il aidé dans votre carrière jusqu’à présent ?

Honnêtement, pas en Belgique. Les juifs belges se trouvent plus dans le milieu du diamant et de la justice. Certes, on a eu une aide de la part de la communauté juive de la radio Judaïca pour la scène du grand vagin dans The worst case scenario mais autrement, personne ne va m’aider parce que je suis Juif. Il n’y a plus de « copinage » comme avant. Les gens ne prennent plus de risques avec la crise actuelle.

 Dan, selon vous quelle est votre position par rapport à la confiance dans un couple ?  Et que pensez vous de la relation de couple au sein du film ?

Je pense que la confiance dans un couple est très grande, comme elle peut être menée à rien. Je pense qu’on ne connait jamais vraiment la personne avec qui on est. Tu peux avoir un passé et ce passé te rattrape et ce n’est pas pour autant que tu en as parlé à ta femme ; et ce passé-là elle ne le connait pas. On ne raconte pas toujours nos mauvaises années. Cette femme dans le film : « the attack » s’est peut-être sentie concernée par une cause et ne s’est pas sentie obligée de la raconter à son mari. Pour moi, pour qu’un couple dure, il faut garder une partie de jardin secret. C’est par exemple, aller boire un verre avec son ami sans pour autant dire à sa compagne ce qui a été dit durant cette retrouvaille entre amis.

Parmi les films et courts métrages dans lesquels vous êtes apparu, duquel êtes-vous le plus fier ?

Dan Sluijzer : Dédale parce que c’est un rôle de fou et j’aimerais bien explorer la thématique de vol au-dessus d’un nid de coucou ; vraiment aller dans le fond de la folie, dans les méandres. J’adorerais ça ! Le fait que René Manzor m’ait donné l’opportunité de jouer ce rôle m’a beaucoup enchanté. The worst case scenario est très chouette aussi.Le film: » Incident » où j’ai aussi eu un rôle de fou mais c’est dommage qu’on ne m’ait pas laisser aller plus loin et m’investir dans un rôle de fou parce que j’ai toujours eu cette envie de montrer que je pouvais aller vraiment loin.

 Donovan Alonso Garcia, quelles sont vos attentes vis à vis du festival de Cannes ?

 En tant que réalisateur, il s’agira de mon premier festival de Cannes. Mes attentes seraient de pouvoir établir des liens avec de producteurs tout d’abord Belges et ensuite Français dans le but de monter un projet. Là, j’ai terminé mon film, qui est en distribution et le but serait de le faire voir au maximum et progresser.

Et pour vous Dan, quelles sont vos attentes vis à vis de ce festival en tant qu’acteur ?

 Moi j’ai beaucoup d’attentes. Déjà trouvé un agent, l’année passée j’étais parti là-bas en espérant trouver un agent et cela a été très vite dans le sens où rentrer dans le festival se fait facilement. Pourtant cela fait dix ans que l’on me dit de ne pas aller à Cannes, beaucoup de personnes m’ont dit une fois le tapis rouge passé, il n’y a plus rien mais sans vouloir être méchant, je me soucie peu des films, je suis là pour faire des rencontres de réalisateurs, de producteurs, d’agents. Mon attente serait de prendre le plus de contacts possible et me faire connaitre encore plus et arriver à bien vivre de mon métier

 Concernant votre court-métrage « Worst Case Scénario », pourquoi avoir choisi de clôturer celui-ci de cette façon ?

 Donovan Alonso-Garcia : La fin peut être interpréter de manière personnelle. C’est une fin très ouverte et fantastique. Ce n’est pas une fin traditionnelle, narrative où il y a une conclusion. C’est une fin qui pour moi en tant que scénariste, vu que c’est également moi l’auteur du script, n’ a pas besoin d’être claire. Toutes les interprétations sont possibles, c’est le spectateur qui décide ce qu’il en fera, je n’avais pas envie de dicter quoique ce soit sur le sujet. Si en tant que spectateur vous avez le besoin d’avoir cette conclusion dans ce cas-ci elle n’y est pas.

Financièrement parlant, est ce que cela coûte cher de réaliser un court-métrage  ?

Donovan : The worst case scenario est une production non budgète et tout ce qui est apport matériel, son, lumière, etc., tout est venu de nos fonds propres et il est aussi essentiel de séduire des gens pour les convaincre d’investir. Quand on est dans une telle production, tout le monde doit être multitâche afin d’être utile partout.

Comment cela se déroule t’il lorsque vous devez repérer des scènes?

Donovan : Une partie du film The worst case scenario a été repérée avant l’écriture du scénario et c’est à partir de ces lieux que j’ai commencé l’écriture. J’ aime prendre beaucoup de photos et retourner sur les lieux pour être sûr de mon choix.

Quelles sont vos projets ?

Donovan : J’ai eu beaucoup de temps pour écrire des scénarios de courts et longs métrages, qui traitent plus ou moins des sujets similaires à The worst case scenario. Le projet court métrage que j’aimerais pouvoir développer est un thriller pur et dur, rien avoir avec The worst case scenario ; le changement est très important dans la carrière d’un réalisateur.

 Et qu’en à vous Dan, avez-vous des projets ?

Dan Sluijzer : Un long métrage avec Donovan. Il y a  aussi le festival de Cannes où en j’espère avoir des contacts. Autrement, c’est cet envie de tourner, quel que soit le projet. Egalement un one man show ou à la limite, rencontrer quelqu’un avec qui faire un sketch : par exemple, je joue le rôle du mauvais juif et lui, le mauvais musulman afin de faire de l’autodérision sur ces religions.

 

Merci à vous pour cet agréable entretien, on espère tous le meilleur pour vous deux au prochain festival de Cannes et espérons vous retrouver dans de nouveaux films prochainement !