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Musique L’Eurovision, un concours démodé ?

Publié par Matthieu Matthys, le 26 mars 2012

Pour nos parents, voire nos grands-parents, l’Eurovision de la chanson était un évènement qu’on imaginait mal rater. L’occasion de visionner en famille un programme qui faisait voyager et qui était grandiose pour l’époque. Créé en 1956, le programme connu un succès sans cesse croissant avec des taux d’audiences inégalables. Mais la génération d’aujourd’hui ne semble plus en phase avec cette réalité qui n’est plus la leur.

De fait, le programme est de moins en moins suivi. Malgré des tentatives d’innovations comme l’apparition des demis finales et l’ouverture aux nouveaux pays de l’Est, la jeune génération n’a que faire d’un format auquel elle ne s’identifie pas. Mais pourquoi ce désintérêt ?

Premièrement, il faut bien avouer que les chansons présentées ne sont guère intéressantes et certaines sont carrément risibles voire ridicules. Qui, aujourd’hui, est capable de nous donner les noms ou même les pays gagnants des cinq dernières années ? Quasiment personne, si ce n’est les organisateurs eux-mêmes. Par contre, demandez à un jeune les cinq derniers gagnants des anciennes émissions télécrochets qu’étaient la Nouvelle Star ou la Star Academy, il vous répondra approximativement de manière correcte. Ces néo-stars chantent-t-elles mieux ? Non ! Cependant, l’atout indéniable de ce nouveau format de concours télévisuel est sans conteste le suivi médiatique des concurrents, que ce soit en dedans ou en dehors du programme. Cette omniprésence des candidats est totalement absente de l’Eurovision et, par conséquent, n’intéresse pas un public devenu curieux et même voyeur. Personnellement, les premiers noms de participants qui me reviennent à l’esprit sont ceux de Dana International (transsexuelle israélienne), les deux lesbiennes russes de T.A.T.U. et le groupe finlandais Lordi (groupe de hard rock dont les membres sont déguisés en monstres). C’est ça le spectacle d’aujourd’hui.

Deuxièmement, les gens n’y croient plus. À la question de savoir combien de points on peut estimer obtenir, il suffit de compter les pays limitrophes et les pays amis. Et oui, l’Eurovision c’est du business, et le business c’est de la géopolitique. Tout le monde le sait mais cela ne semble choquer que les spectateurs, les votes sont des votes de complaisances et non des votes intègres. Par exemple, si l’Allemagne vote, il y a de fortes chances que les plus grosses cotes aillent à l’Autriche (pays voisin et pratiquant la même langue), à la Turquie (le pays comptant près de deux millions de ressortissants turques), à la Suisse (dont une partie de la population est germanophone), au Danemark (pays voisin et commercialement ami) et à la Grèce (car ça leur rappelle leur lieu de vacances). Vu comme tel, les pays à fortes influences régionales ou linguistiques ont beaucoup plus de chances d’accéder à des places élevées. Evidemment, cela n’est pas une généralité ni une science exacte mais cela permet tout de même de comprendre les larges différences de votes entre les différents pays.

Troisièmement, et peut-être le point le plus important, les innovations apportées au format n’ont pas fonctionné, bien au contraire. En ajoutant des difficultés techniques à l’épreuve (demi-finale, votes privilégiés, …), les organisateurs ont complètement perdu le spectateur qui voyait dans ce programme un divertissement de soirée sans qu’il ne doive se casser la tête et, surtout, sans qu’il ne doive suivre cela sur deux semaines de temps.

Bref, l’Eurovision est devenue une institution vieillotte et mal entretenue où certains artistes ne souhaitent pas mettre un pied de peur de définitivement enterrer leur carrière. Un paradoxe pourtant bien réel.

Cette année, c’est à Bakou, en Azerbaïdjan, que se tiendra la 57ème édition. Une aubaine pour le pays hôte qui pourra dépenser les revenus du pétrole qu’il exploite en mer Caspienne et qui constitue près de 50 % du budget de l’Etat. C’est pourquoi, une salle de 25000 places a été construite uniquement à cet effet sur le bord de mer. Une construction qui fût très critiquée par la ligue des droits de l’homme car elle ne respectait pas les droits des habitants qui furent tout bonnement délogés sans sommation.

Qui participera ? Peu importe, si ce n’est peut-être quelques noms ou groupes un peu surprenants.

Monténégro : Rambo Amadeus. Si le jazzman n’est pas des plus connus chez nous, son nom est cependant évocateur. Fini Marilyn Manson, voici un mélange entre John Rambo et Amadeus Mozart. Ca promet d’être déluré.

Grèce : Eleftheria Eleftheriou. Chanteuse sexy connue pour sa plastique et pour avoir participé à la version grecque de X Factor, sa chanson résonnera longtemps… dans les clubs all-inclusive de Bodrum cet été.

Albanie : Rona Nishliu. La jeune femme provenant de la nouvelle star locale est kosovare. Un choix qui n’apaisera pas les tensions en coulisse car l’Albanie est versée dans la même poule que la Serbie, la Macédoine, la Bosnie ou encore le Monténégro.

Roumanie : Mandinga. Un groupe roumain de musique cubaine. On mélange les genres.

Belgique : Iris. Rien de bien croustillant, mais il se fallait de parler d’elle. La jeune flamande de 17 ans seulement sera l’une des benjamines du programme.

Finlande : Pernilla Karlsson. Chanteuse finlandaise chantant en… suédois. Et pour cause, le suédois est la deuxième langue du pays. Comme quoi, on apprend des choses.

Saint-Marin : Valentina Monetta. L’un des plus petit pays du monde peut se venter d’avoir trouvé dans ses 30 000 habitants une chanteuse du cru à envoyer. Prouesse à saluer lorsque l’on voit que des pays de plus de 60 millions d’habitants envoient des stars étrangères.

Chypre : Ivi Adamou. Visiblement, X Factor en Grèce regorge de talent et de candidats chypriotes. Et pour cause, comme sa compatriote représentant la Grèce, Ivi vient de X Factor et est chypriote.

Russie : Buranovskie Babuski. Alors là, on va rigoler. L’un des groupes les plus drôles qu’on ait déjà vus dans l’émission. Six grand-mères en habits traditionnels chantant en Oudmourte (dialecte russe), ça vaut le détour. Nous, on leur donne déjà notre voix.

Irlande : Jedward. Deux jumeaux au look futuriste qui se revendiquent faire du pop-rap. Pour couronner le tout, leurs inspirations, ils les puisent dans les Backstreet Boys, Justin Timberlake ou encore Britney Spears. C’est la deuxième année consécutive qu’ils se présentent.

Slovénie : Eva Boto. Jeune chanteuse pop de 16 ans à peine.

Royaume-Uni : Engelbert Humperdinck. L’homme, né à Madras, n’a rien de bizarre. Cependant, son âge est un peu plus surprenant : il a 75 ans. Lui qui fût un adversaire des Beatles, l’ami d’Elvis Presley auquel il inspira ses rouflaquettes, le créateur des musiques La dernière valse, reprise par Mireille Mathieu, ou encore A man without love, reprise par Joe Dassin, vient de se lancer ce nouveau défi.

France : Anggun. Vu que la France ne gagne jamais, elle préfère aller chercher une femme rôdée à la scène qu’est l’indonésienne Anggun. Le seul hic, c’est que la chanson est loin d’être bien.

Les autres pays rentreront tout bonnement dans le rang de ceux qu’on ne retiendra pas de par leur banalité. En outre, certains pays ont choisi de ne pas participer à cette édition pour diverses raisons :

L’Arménie, en raison du différent qui l’oppose au pays hôte concernant le Haut-Karabagh.

Monaco et la république tchèque, qui n’ont pas jugé utile d’y participer, tout simplement.

Andorre, faute de budget.

Pologne, car l’organisation de la coupe d’Europe de football retenait déjà suffisamment leur attention et leurs finances.

Alors, l’Eurovision est-il devenu Has Been ? N’a-t-elle plus les moyens de faire rêver le public ? Est-elle devenue trop chère ? Disparaitra-t-elle dans les prochaines années ? Probablement.

Matthieu Matthys