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Cinéma L’évolution du mythe du vampire dans l’histoire du cinéma

Publié par Rédacteur, le 18 mars 2012

Si il y a bien un mythe qui a toujours fasciné l’homme c’est celui du vampirisme, d’un être décharné se nourrissant du charnel, volant la vie de ses victimes en leur soustrayant leur liquide vital. Entre effroi et fascination, le vampire a en tout temps été une créature de fantasmes divers. Mais c’est au cinéma que ce mythe a très certainement été le plus exploité. En 1999 on recensait plus de 650 films de vampires ! Ce qui en fait une des créatures les plus présentes dans le 7 ème art. Mais de Murnau à Stéphanie Meyer en passant par le Dracula version Christopher Lee,  la transformation du personnage vampirique durant un peu moins d’un siècle est saisissante !

Alors, comment le vampire a-t-il pu passer en ce laps de temps d’une créature repoussante, hideuse et redoutable à un pseudo monstre androgyne, végétarien et ressemblant plus à un top model qu’à un suppôt de Satan ?

La principale explication est à chercher dans l’évolution du cinéma en général ; en effet, celui-ci est passé d’une quête de sens à celle effrénée d’un esthétisme embrassant le politiquement correct et la mode. Je m’explique : en 1922, un personnage comme Nosferatu représente la peur de la mort, le danger de l’avidité, il est la laideur dans laquelle l’homme orgueilleux se contemple ; en bref, le personnage de Nosferatu a une signification bien précise. Presque un siècle plus tard, le principal but du cinéma n’est plus de donner de la signification mais plutôt d’éblouir, de charmer par l’esthétisme. Cette évolution du cinéma suit par ailleurs une évolution de la société en général vers le toujours plus beau, toujours plus rentable.

Mais quelles sont en fait les principales apparences du vampire dans le cinéma ? Tout commence en 1922 avec le Nosferatu de Murnau, l’histoire de celui-ci est tirée du Dracula de Bram Stoker mais à l’époque, Murnau n’arrive pas à avoir les droits sur le livre, ceux-ci lui étant refusés par la descendance de Stoker, il crée alors un nouveau personnage aux antipodes physiques de Dracula : le Comte Orlok. Celui-ci présente plusieurs différences avec le personnage dont il est inspiré : l’exemple le plus frappant est la crainte du Comte de la lumière du jour qui le détruit. En effet, dans le roman original de Bram Stoker, Dracula ne peut être détruit par la lumière du jour ! Celle-ci l’affaiblit et le rend plus vulnérable mais il n’a aucun mal à se promener sous le soleil. Murnau, lui, affublera son personnage de cette faiblesse face aux rayons diurnes, ce qui conditionnera tous les personnages de vampires après lui !

Mais le personnage de vampire le plus connu du cinéma reste bien sûr le Comte Dracula, interprété par Béla Lugosi en 1931 dans Dracula. Avec ce film, le cinéma revient à une image de Dracula, et du vampire en général, plus proche de celle de Stoker : une créature cruelle et maléfique mais sous une apparence charmeuse et charismatique. Ensuite se succèderont les films sur ce personnage mythique. La seconde interprétation la plus célèbre de Dracula étant bien évidemment celle de Christopher Lee en 1958 dans Le Cauchemar de Dracula tout d’abord et dans une dizaine d’autres films produits par Hammer Film ensuite. S’ensuivit une longue période de stagnation pour le Prince des Ténèbres comme pour le personnage de vampire entrecoupé de succès (Vampire, vous avez dit vampire?, The Lost Boys, Le Bal des Vampires, Les prédateurs,…)

Ensuite, en 1992, on retrouve enfin la trace du Comte au cinéma avec le film qui reste pour beaucoup l’adaptation la plus fidèle du roman de Stoker : Dracula réalisé par Francis Ford Coppola avec Gary Oldman en Dracula et Winona Ryder interprétant Mina Harker, on compte aussi rien de moins que Keanu Reeves (Jonathan Harker) et Anthony Hopkins (le professeur Van Helsing) au casting ! Ce film marque un nouveau début pour le personnage du vampire au cinéma comme on le voit avec le très bon Entretien avec un Vampire, tiré du roman d’Anne Rice. Le prédateur au dents longues est alors tourné à toutes les sauces mais perds le plus souvent sa dimension érotique et fantasmagorique ; par exemple avec la série Buffy contre les vampires ou la saga Blade où le vampire est réduit à une simple créature grotesque, faible, lâche et traquée plutôt que traqueur.

A partir des années 2000, les bons films de vampires se font de plus en plus rares, certains sortent du lot comme 30 jours de nuits, qui présente le vampire sous une forme déshumanisée et animale plus proche du zombie (personnage inspiré du vampire) que de Dracula mais qui lui rend sa dimension de chasseur. Mais la plupart ne nous offrent rien de bien alléchant à l’image d’un Dracula 2001 et de sa suite, présentant Dracula comme étant plusieurs personnages historiques : Judas Iscariote, Caligula, Dagobert et bien d’autres mais ne tenant pas compte du fait que les deux premiers cités étaient contemporains l’un de l’autre…

Mais il y a peu, le personnage du vampire a subit une nouvelle transformation Ô combien traumatisante pour ses adeptes ! En 2005, Stéphanie Meyer commence la saga Twilight, racontant l’histoire de Bella, amoureuse d’un vampire : Edward. Depuis l’adaptation des livres au cinéma en 2008 c’est une vague de mièvrerie en tout genre qui envahit nos amis aux longues canines. Dans cette saga, celui-ci n’est plus féroce ni craint mais s’apparente plus à un animal de compagnie inoffensif, tout comme l’est aussi le personnage du loup garou qui n’est rien d’autre là qu’un petit toutou, à peine un caniche comparé à ses illustres prédécesseurs. Le vampire est donc devenu le petit ami parfait d’une génération de fillettes ne dépassant pas les 20 ans et en manque de nouveaux boys band comme gravures de mode à aduler. Bref, du vampire à la sauce Walt Disney.

Alors, le personnage du vampire si cher à beaucoup d’amateurs de cinéma fantastique et d’horreur est-il voué à disparaitre ? Je serai tenté de répondre par l’affirmative et de le souhaiter vu sa récente évolution mais alors ce serait un monument de l’histoire du cinéma qui s’éteindrait ! Souhaitons alors que nos amis aux longues canines passent cette crise de la presque-centaine et retrouvent une seconde jeunesse !

Olivier Eggermont