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Cinéma « Là-Bas », un docu-fiction intéressant mais mal calibré

Publié par Matthieu Matthys, le 10 juin 2012

Spécial Brussels Film Festival 2012

Film projeté le 11 juin à 19h30 (Flagey – Studio 1)

Là-bas de Guido Lombardi

Avec Kader Alassane, Moussa Mone, Esther Elisha, Billi Serigne Faye, Fatima Traoré

Youssouf quitte l’Afrique pour l’Italie où son oncle fait des affaires. Un peu naïf, il rêve d’un vrai boulot. Son oncle est d’ailleurs d’accord de parfaire son éducation. Principalement son éducation criminelle ! Mais la mafia voit d’un mauvais œil ces étrangers venus faire fortune à Naples.

Dans la section «Panorama», le Brussels Film Festival nous emmène en Italie et plus précisément à Castel Volturno, près de Naples. Si cette petite bourgade de la Campanie ne vous dit rien, c’est un peu normal car elle n’est connue réellement que par les italiens eux-mêmes comme étant l’un des endroits les plus dangereux de la botte. De fait, cette cité fait régulièrement la une des faits divers pour son rôle de plaque tournante dans le trafic de cocaïne mais également pour les règlements de compte qui s’y déroulent entre les membres de la mafia locale et les travailleurs immigrés représentant près de la moitié des habitants.

Là-Bas nous décrit l’un de ces faits sordides qui eut lieu en septembre 2008. Lors d’une descente punitive menée par le clan des Casalesi, sept immigrés liés de près ou de loin au trafic de drogue tombèrent sous les balles du gang de Giuseppe Setola. À l’époque, beaucoup d’encre avait coulé dans les médias italiens et le public commença à s’intéresser de plus près aux conditions de vie de cette population immigrée. Cet engouement médiatique obligea le gouvernement à procéder à l’arrestation d’une centaine de membres de la Camorra.

Guido Lombardi, à qui l’on devait le documentaire Napoli 24, a décidé d’apporter son regard sur ce véritable phénomène de société. En réalisant ce docu-fiction, il fait découvrir à l’Europe entière un problème que beaucoup éludent volontairement. Le réalisateur nous parle de Youssouf et de son arrivée à Castel Volturno. En ayant choisi la subjectivité, il pensait ainsi donner une crédibilité en plus à son histoire, lui donner une profondeur, un aspect plus humain.

Ce film est intéressant et son sujet est très sensible. Néanmoins, après plus d’une heure et demi de dénonciation légèrement aveugle, on arrive difficilement à se forger une opinion. En effet, beaucoup de questions restent en suspens et notamment celle de savoir qui est réellement le plus mauvais. Même si Guido Lombardi nous instaure les africains comme victimes d’un système mafieux peu scrupuleux, on déplore quelque peu le manque de nuance concernant certains de ces immigrés aussi véreux que leurs ennemis. Assurément, le réalisateur a choisi de nous parler d’un être un peu crédule qui suit le chemin du mal plutôt que celui du bien. Bref, on arrive pas à se prendre au jeu, à compatir avec ces infortunés. À titre de comparaison, c’est comme si on parlait du vendeur d’héroïne parisien devant vendre sa drogue afin d’arrondir ses fins de mois difficiles au lieu de parler du paysan colombien obligé de cultiver du pavot sous peine de se voir exécuté par les cartels, l’angle n’est pas tout à fait identique ni notre approche émotionnelle du problème.

En résumé, Guido Lombardi nous livre un récit brut mais n’arrive pas à émouvoir le spectateur car il masque assez rapidement la situation socio-économique de ses populations paupérisées et exploitées au profit d’un récit plus axé sur la course à l’argent facile et ses dérives. Ce film est à prendre avec recul et sert, en outre, à voir sous un autre angle le décor de Gomorra de Matteo Garrone (qui, selon les journaux italiens, aurait payé la Camorra pour tourner à Castel Volturno).

Matthieu Matthys