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La nostalgie de l’avenir au Théâtre Océan Nord

Publié par Loïc Smars, le 23 janvier 2012


Cette fois-ci au Théâtre de l’Océan Nord, Tchekhov est à l’honneur avec une adaptation de  » La Mouette  » par Myriam Saduis.

Un résumé du projet :

La nostalgie de l’avenir est d’abord l’histoire d’une famille, liée par des liens puissants, inextricables et passionnés. Une famille qui pourrait évoquer le Parrain de Coppola ou encore Festen de Thomas Vinterberg. Ecrite comme une « version de chambre » et resserrée sur six personnages au lieu de treize (avec une transposition de Piotr –le frère d’Irina- en Petra, une sœur), La nostalgie de l’avenir s’ouvre sur le suicide de Constantin et se conclut quasiment sur cette même scène. Entre les deux, une re-présentation où violence et passion des rapports se densifient. A partir de cette mort, seule reste la famille proche. Pour faire face à l’innommable, elle convoque le temps de la mémoire et de la réminiscence. A travers les séquences du texte, un afflux de souvenirs se met en route… les scènes d’avant la mort vont se vivre sous nos yeux. Prendre le parti de dérouler la pièce dans l’instant qui ouvre l’annonce de la mort, c’est assumer le point de vue du « témoin impartial » des passions humaines que se voulait Tchekhov.

Myriam Saduis n’est plus une débutante. Formée à l’INSAS, elle a travaillé comme actrice depuis plusieurs années avant de se lancer dans la mise en scène de spectacles variés comme  » Enorme changement de dernière minute  » de Grace Paley ou  » You are here « , solo de danse pour Johanne Saunier. Elle se voit accorder les droits pour « Affaire d’âme » d’Ingmar Bergman. Elle continue le théâtre tout en travaillant pour un asile psychiatrique. Un nouveau projet l’intéresse alors :  » La Mouette  » de Tchekhov ! Elle en dit d’ailleurs :

Comment écrire ? A partir de quoi jouer ? A quoi sert le théâtre ? Que doit-il « représenter » et comment ? – Comment créer en dehors du déjà vu, demandé, prévisible ? Comment s’en dégager pour aller ailleurs ? A partir d’où ? Comment fonder son travail, non à partir du regard de l’Autre mais à partir d’une chambre à soi qui ouvrirait le monde et s’ouvrirait sur lui… Comment résister à un art system qui ne « reconnait » que terrains connus et procédés et réclame, en même temps, avec fureur, de la nouveauté… Que faire avec le désir et l’épreuve que constitue toute tentative de création ? Devenir un « faiseur » qui connaît son affaire ? S’enfermer dans une radicalité qui couperait de tous et du monde… risquant de devenir en elle-même un artifice… ? Toutes ces interrogations, Tchekhov ne s’est pas contenté de les exposer sur un plan seulement formel, il les a mises, de façon brûlante, au cœur de chacun de ses personnages. En leur faisant porter ces questions, qui les agitent, les interrogent, les séparent et parfois les unissent… il les rend vivantes pour nous, encore aujourd’hui.

Tout commence avec le suicide de Constantin qui nous met directement dans l’ambiance de la pièce. Grâce à une excellente utilisation des sons et de la vidéo, nous sommes, au commencement, conquis par la pièce. Les acteurs, tous excellents et parfaits pour leurs rôles, ajoutent encore plus d’intérêt à la chose. Malgré ces excellentes qualités, il y a quelques problèmes à signaler. Tout d’abord, certains puristes de Tchekhov trouveront peut-être quelques déceptions à la liberté qu’a prise Saduis sur le texte : changement de sexe de certains personnages ou caractères différents et moins intéressants qu’à l’original. Nous pouvons aussi cibler l’ordre du texte bouleversé à un point, qu’un novice de ce texte, aura dû mal à comprendre rapidement ce qu’il se passe sur scène. Et enfin, il faut être honnête, c’est long, très long, trop long : on en finit, parfois même, à s’ennuyer.

En conclusion, nous avons affaire à un projet intéressant, avec une utilisation multimédia intéressante et des acteurs au top. Malheureusement, l’ennui guette chaque scène et l’adaptation peut soit choquer les puristes de Tchekhov, soit dérouter ceux ne connaissant pas l’œuvre originale.