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Cinéma Festival Anima 2012 – La Patamod au bord de la crise de nerfs ou un focus sur Sam (Conflictivus Productions)

Publié par Rédacteur, le 1 mars 2012

Avant même de présenter son œuvre, il faut décrire l’homme.
Car derrière ces courts et moyens métrages se retrouve un animateur avec un don, celui d’emmener son spectateur avec lui dans son monde, de lui faire redécouvrir notre réalité au travers du prisme de son regard et de son art de l’exagération et, en même temps, du détail.

Est arrivé sur la scène d’Anima une forte personnalité qui a séduit le public du Festival par son enthousiasme, son énergie et son humour. Toute cette mise en scène donnait envie de se transformer en une petite mouche pour pouvoir assister au workshop de trois jours, consacré aux techniques de la stop motion de pâte à modeler.
Autre facette du personnage, un perfectionnisme du détail dont on ne peut se rendre compte. Ce n’est qu’à l’évocation de la durée de son labeur que l’on prend conscience des chefs-d’œuvre dont on va se délecter.
Pour Sam, savoir que 12 ans de travail se résume en seulement septante minutes a de quoi l’attrister, mais ce sont vraiment septante minutes de rire et de situations improbables que l’on suit avec un réel plaisir !

En sus de la recherche de la perfection des détails, la recherche scénaristique et le développement d’intrigues tarabiscotées, encrant la réalité dans un monde de surnaturels, emportent le spectateur dans une Espagne encore machiste, où les femmes passent encore le plus clair de temps aux tâches ménagères, mais n’hésitent pas à se rebiffer une fois la marmite pleine.
Les histoires de Sam frôlent la surdose de situations incongrues ; ce qui n’en rend que plus drôles et attachantes des personnages comme Encarna ou Vincenta, s’arrachant, l’une par la violence, l’autre à l’aide de « Frankenstein », de l’emprise d’une vie quotidienne remplie de contraintes journalières et répétitives. Ce thème des journées des femmes au foyer est aussi abordé dans « El attaque de los Kriters asesinos » : on y retrouve une ambiance que Stephen King n’aurait pas reniée, alors que tout n’est que question de poussières et saletés s’accumulant.
Il n’hésite pas non plus, dans « The Werepig », à empêtrer des touristes américains, plus que caricaturaux dans une Espagne plus profonde et plus rurale, sur la route de Benidorm. Tout ce décor est au service d’une idée encore plus abracadabrante, qui est l’existence des cochons-garous.
Enfin, il prend un malin plaisir à jouer avec les idiomes de sa langue natale et ses expressions intraduisibles : « Semántica » est un petit bijou de situations cocasses, où l’habileté du scénario tient en l’économie des dessins et des situations.

Les festivaliers ont pu poursuivre leur aventure dans le monde de Sam grâce à l’exposition qui lui était consacrée. Elle mettait en situation les acteurs de ses animations en situation, comme Encarta au moment où elle décide d’en finir avec les tracas qui lui pourrissent la vie. Bien plus vivante qu’une simple exposition, reprenant les décors construits lors des films d’animation, il n’était pas rare de voir enfants et adultes passer de longues minutes à scruter les détails de chaque tableau, avec envie et ébahissement.

En bref, Anima a permis, cette année, de (re)découvrir un phénomène de l’animation espagnole, dont l’imagination n’a d’égal que son talent et sa maîtrise de la technique stop motion.

Adeline Delabre