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Agenda Le roi Lear, William Shakespeare

Publié par Loïc Smars, le 22 janvier 2012

Traduction : Françoise Morvan et André Markowicz

Mise en scène : Lorent Wanson

Avec : Jean-Marie Pétiniot, Julien Roy, Philippe Jeusette, Lindsay Ginepri, Benoit Van Dorslaer, Delphine Bibet, Sylvie Landuyt, Loïg Kervahut, Benoit Randaxhe, Yvain Juillard, Guillaume Kerbusch

Clavecin : Fabian Fiorini

Un roi renonce à sa couronne et partage son royaume entre ses filles. Il fait alors une découverte amère mais essentielle : le pouvoir l’a rendu aveugle. Il chasse les seuls êtres qui lui veulent du bien et récompense ceux qui vont le trahir. Même le bouffon ne parvient pas à lui ouvrir les yeux. Il lui faudra affronter la folie et la tempête pour comprendre qu’il n’est simplement qu’un homme. Son corps est meurtri mais ses haillons ont plus de noblesse qu’en avait autrefois son manteau d’hermine.

« Un vrai spectacle de théâtre classique, ça fait du bien ». Voilà, la première idée qui nous passe par la tête lorsque l’on sort du Théâtre Royal du Parc, après avoir vu le Roi Lear. Le lieu, en lui même, semble totalement imprégné d’une histoire, de moments intenses, de joutes verbales. Un théâtre avec balcons, fauteuils en velours rouge, et loges du roi, on n’en voit pas souvent mais ça fait toujours le même effet : une bonne claque.

Après s’être remis de cette taloche, le rideau se lève enfin. On découvre le décor aux allures modernes, crée avec une structure en bois, sur laquelle est accrochée des dizaines de cordes. On y retrouve du mouvement, de la perspective, des couleurs et des lumières. Tout ce qu’il faut pour attirer l’oeil et le laisser là où il se trouve.

Puis les comédiens envahissent le plateau. Après la claque et la taloche, voilà le moment de l’uppercut. Nous sommes assommés par leur complète crédibilité dans leur rôle. Le jeu, la diction, les mouvements sont juste à la hauteur. Il est bon de voir des comédiens professionnels sur scène. Le texte n’en est plus un. Il devient partie intégrante de chaque personnage. Il ne semble pas avoir été appris, ni récité, il est joué dans toute sa splendeur. Rappelons tout de même qu’il s’agit d’un texte du 17ème siècle. D’ailleurs, chapeau pour la traduction des injures.

Les costumes permettent aussi ce saut dans le temps, et pourtant, ils ne sont pas d’époque. Là aussi, on ne peut que souligner le travail.

Bref, le travail de mise en scène, d’appropriation de l’oeuvre, est remarquable. Le théâtre classique a ses limites et pourtant, ici, elles sont totalement dépassées. Il est vrai que le mélange entre le moderne et le classique est un piège et peut être un terrain glissant. Toutefois, ici, on ne glisse pas, on se laisse juste simplement porter.

Il est vrai aussi, que cette oeuvre de Shakespeare, nous plonge dans des considérations encore présentes à l’heure actuelle. Ce pauvre roi qui veut bien faire et qui finit par perdre son royaume soulève des questions. Est ce que la richesse du Coeur peut égaler la richesse des Biens ? Est-il devenu fou ? En effet, comment savoir où se trouve la limite ? Est ce que nos proches sont si proches de nous ? Si nous sommes assaillis de questions après avoir vu cette représentation, on ne peut qu’en déduire que cette pièce est riche, drôle et émouvante. Il s’agit simplement d’une histoire d’héritage familial avec ce que cela amène comme réflexion.

En bref, Le Roi Lear est à découvrir et à recommander. Toutefois, un petit conseil, évitez le jeans / basket, vous risqueriez de ne pas vous sentir à votre place.

Caroline Champion