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Théâtre Les Cabots Magnifiques au Théâtre royal du parc.

Publié par Elodie Kempenaer, le 11 mai 2012

On ne boude pas une sortie culturelle surtout quand elle est précédée d’un plateau de fromages, d’un bon vin et de rires.
C’est donc dans les meilleures conditions que j’arrive au théâtre du Parc.
Pfiouu, c’est pas moche dites donc ici.

Bon, on s’installe dans la baignoire, osons penser que le bain sera agréable.

Saluons le décor d’abord. De un parce qu’il est. De deux parce qu’il sert réellement l’histoire, transcendant son rôle de faire-valoir.
Saluons les acteurs qui réalisent une belle performance.
Saluons l’histoire qui a le mérite de faire rire aussi vite qu’elle peut émouvoir.

Maintenant que j’ai salué tout ça, je peux me plonger dans l’analyse hypra professionnelle, grande connaisseuse du théâtre que je suis.

L’histoire se commence dans une maison de retraite aux allures de scène de théâtre où deux acteurs à la retraite cabotent sur tout et n’importe quoi.
Toute la première partie reste drôle mais encore assez terre à terre. Le public très âgé doit se reconnaître dans moult situations et j’avoue rire un peu d’eux.
On suit le quotidien décalé de ces vieux acteurs et de l’animatrice à l’accent légèrement agaçant mais surtout pathétique.
Comme dans Matrix, au fur et à mesure, il y a des bugs, il y a des choses qui clochent, qui ne tournent pas rond. Il y a aussi cette bien jolie souffleuse qui sort de sous la scène avec son gros bouquin poussiéreux. Comme le Lapin Blanc d’Alice au pays des merveilles qui invitent le public à le suivre pour voir au-delà des choses …
Moui …
Je deviens aussi confuse que la pièce elle-même. A cet instant, vous pourriez-vous insurger, vous lever et dire  » Mais c’est une honte, je ne comprends plus rien à cette critique ».
(L’embêtant avec ce genre de remarque c’est qu’il faut du coup expliquer d’où elle vient et que de ce fait, l’effet humoristique retombe un peu.)

Nous voici fin de première partie, le bug est totale, le cabotinage entre l’acteur Classique et l’acteur Expérimental (qui me fait incroyablement penser à Michel Galabru) atteint de beaux pics, l’animatrice agace de plus belle, Françoise intrigue de plus en plus et la souffleuse prend à parti le public. (C’est ici qu’elle se dit que normalement quelqu’un devrait se lever et s’écrier « Mais c’est une honte, je ne comprends rien à cette histoire ». Voilà, comme ça vous savez tout).

Et pour bien nous semer encore plus, le décor s’élève et laisse apparaître les coulisses de la scène. Murs gris, câbles et autres brols de théâtre. Puis parce qu’on est plus à cela prêt, la souffleuse, qui connait l’avenir, somme nos deux cabotins de service de pousser la chansonnette.

C’est sûr des « Betteraves raves raves » et des « Ne pètent pas au lit » que le public peut aller se vider une petite bière derrière le dos.

Première sonnerie, la sonnerie pour les vieux, pour qu’ils puissent arriver à temps à leurs places. (rho comme c’est méchant…méchant mais vrai)
Deuxième sonnerie pour que le reste suive.

Arrive la seconde partie de l’histoire où je n’ai pas retenu un rire. En même temps, cette séance d’échauffement valait bien tous ces éclats de rire. Dans notre baignoire, on patauge gaiement dans la bonne humeur et on fait un boucan de tous les diables. Quelques centimètres en bas, quelques vieux nous lorgnent avec l’air de dire « Non mais quelle jeunesse. Ca ne se tient plus au théâtre ».
Tant pis, je ris avec plaisir à la « Mort du Mérou » , à la blague des tranches d’Alzheimer et de la maladie d’Emmentals, je ris de l’antilope de l’animatrice et parfois, je reste fixée sur la Françoise assise tranquillement sur sa chaise pliable. Saisissante.
Ceux dans sa tête (ah mais oui, je ne vous ai pas dit en fait, à ce stade de la pièce, tout le monde suppose qu’on se trouve dans la tête de Françoise qui fait vivre à sa guise les personnages croisés dans sa vie d’actrice) qui s’exercent avec force moqueries pour rejouer une scène de Don Juan et Françoise qui a le sourire d’une petite fille et des yeux pétillants et un peu ailleurs.

Ca rigole sec. Assez ou trop car il est bien temps de venir remettre un peu d’ordre dans tout cela.
La souffleuse s’en va, laisse son gros bouquin, le cabotin expérimental s’en empare. C’est bien tentant de savoir le fin mot de l’histoire. On le met en garde mais il lit et ce qu’il lit semble être assez perturbant.

Changement de décor, un mur vert moche hôpital descend. Rentre en scène notre Michel Galabru belge en fauteuil roulant.
Entre nous, je me serai bien levée pour redire un fort « Mais c’est une honte…blabla…c’est du déjà vu ».
Sauf que je me retiens parce que même si cela peut faire très déjà-vu, la fin est trop dramatique pour râler sur ce genre de chose.

On n’y comprenait rien au début, la réalité rattrape l’histoire et ce n’est pas la plus joyeuse. Les personnages reprennent leurs places dans le réel.

Le rideau tombe.

Beau risque pris par l’amoureux en date de ma sœur. Il a bien fait de nous emmener voir cela. J’ai fait travailler mes zygomatiques et j’ai au moins gagné quelques heures de vie.

Informations supplémentaires ;

Pièce de Thierry Debroux
Mise en scène Georges Lini
Acteurs-actrices : Michel de Warzée, Jean-Claude Frison, Marie-Paule Kumps, Mélanie Lamon, Yves Larec, Françoise Oriane.
Anecdote – le nom des personnages gardent le prénom réel de chaque acteur et le nom d’artisans de la scène célèbres ayant fait les beaux jours du théâtre. Jean-Claude Rivière en mémoire de Madeleine Rivière, grande comédienne, Meilleur Comédienne en 1960.