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Littérature Let’s get Libert’in !

Publié par Loïc Smars, le 6 juillet 2012

Du 29 juin au 26 août, la galerie des Petits Papiers Sablon propose une nouvelle exposition mêlant bande dessinée et art contemporain sous le signe de l’érotisme graphique. Manara, Varenne, Liot, Berthet, la bien nommée « Libert’in » associe librement les troublantes créations de ces artistes qui savent si bien nous donner des palpitations à l’aide d’un simple coup de crayon. Tenté ? En bon complice, le Bourlingueur vous convie à un petit tour d’horizon des œuvres en présence.

Milo Manara

Milo Manara : la passion à l’italienne

Référence du neuvième art érotique, Milo Manra, expose aux Petits Papiers deux séries de styles très différents. La première regroupe 12 illustrations inédites issues de son exploration des « Contes Libertins » de Jean de La Fontaine. Fidèle à l’esprit de la Renaissance, ces dernières figurent des scènes sensuelles et joyeuses. Particulièrement fouillées, leurs compositions regorgent de détails, de nuance de couleur que l’œil prend parfois du temps à saisir tout absorbé qu’il se trouve par les modèles choisis et leurs mœurs légères. En quelques tableaux, Manara parvient à retranscrire cette sexualité contrariée, à la fois débordante et diabolisée, que l’on rencontre dans les récits d’époque.
Sa seconde série est constituée d’une suite d’hommages aux héroïnes imaginées par certains de ses plus prestigieux confrères : Bernet, Pratt, U-Jin, Serpieri… Réalisés sur papier au fusain, ces « chapeaux bas » sont autant de portraits brûlants de sensualité qui laissent chaque fois percevoir l’intensité du personnage qu’ils représentent.
En interview, l’accent de son Italie natale donne une résonnance singulière aux termes que Milo Manara emploie lorsqu’il parle d’« amusement troublant », de « tensions mystérieuses ». D’après lui, l’érotisme est avant tout une histoire d’énergie qu’il faut se garder de trop intellectualiser. Après avoir adapté en bande dessinée, aux côtés du génial Alejandro Jodorowsky, le destin tumultueux des Borgia, il se consacre à un projet dédié au Caravage.

Alex Varenne

Alex Varenne : nudité en Ying Yang

Admirateur inlassable des formes féminines Alex Varenne s’est écarté depuis une dizaine d’années de la bande dessinée pour se consacrer à la peinture. On sent toutefois nettement les origines de son style dans la vingtaine d’acryliques sur toile exposée à l’occasion de « Libert’in ». Intégralement composées en noir et en teintes de blanc, elles dégagent une intrigante puissance qui se devine sans discours. Une séparation, un souffle, une érection, l’instant paraît saisi tel quel, presque photographié. De composition simple, la peinture d’Alex Varenne à quelque chose du haïku : une émotion brute, pure, en quelques traits. L’artiste d’ailleurs souligne lui-même cette dimension orientale de son travail : « l’érotisme est central dans la culture asiatique, au contraire la civilisation judéo-chrétienne l’a relégué à la marge. Dans ce contexte on ne peut souvent aborder ce sujet, si important, qu’à l’aide du langage complexe et difficile à maîtriser du XVII ou XVIIIème siècle, ou encore à travers la simple gauloiserie, moi, je cherchais autre chose… » Pour ce qu’il nous a été donné de voir, Alex Varenne à « trouvé » et sait faire partager ses découvertes. Espérons que son regard bleu d’amoureux continuera encore longtemps à déchiffrer pour nous les formes multiples de la sensualité.

Liot

Liot : compositions explosives

Sculpteur de formation, Éric Liot est un plasticien qui s’inscrit dans le sillage de la figuration narrative et du pop art. Piochant dans la peinture classique comme dans la bande dessinée ou l’iconographie publicitaire, il découpe, retravaille et assemble une multitude d’objets et d’images. En résulte des compositions éclatées aux couleurs acidulées, souvent parcourues par de plantureuses créatures. Cependant, Liot conçoit l’érotisme davantage comme un élément que comme un but, « je l’utilise à la manière d’une couleur » nous explique-t-il. Inventif, volontiers bricoleur, attaché à la 3d, il a notamment développé une technique mobilisant des reprographies sur bois vissées sur des panneaux, produisant des tableaux/sculptures détonants. Si la bande dessinée n’est pas son (seul) univers de référence, Éric Liot l’apprécie en tant que sources d’inspiration et l’intègre dans sa démarche artistique. Dj expérimental de l’image ses productions attrapent l’œil et le balade à la manière d’une boule de flipper.

Berthet

Berthet : la fascinante Poison Ivy

En parallèle de « Libert’in », les Petits Papiers Sablon rendent hommage à la série culte Pin’s up, crée par Philipe Berthet (dessinateur) et Yann le Pennetier (scénariste). La galerie possède sa propre crypte, un espace idéal pour découvrir les planches originales retraçant les aventures de la mystérieuse Dorothy Partington alias Poisson Ivy.
Inspiré par l’œuvre de Milton Caniff et par le cinéma hollywoodien d’après-guerre, le style de Berthet est d’une justesse remarquable. Entre pudeur et dévoilement, son trait sublime avec élégance les corps de ses envoutantes héroïnes. Une atmosphère américaine de roman noir qui passionne Berthet depuis longtemps et même si pour lui « la pornographie actuelle a d’une certaine manière tué l’érotisme », il n’est pas du genre nostalgique. Ce qui prime c’est sa vision, un esprit glamour, mêlant Histoire, intrigue et belles courbes. En plaisantant, il nous explique, « l’avantage de la BD c’est de pouvoir être le maître absolu de ce que l’on crée. » Idem pour ses sources d’inspiration, il y puisse selon son désir sans pousser à l’extrême le souci du détail, il n’a d’ailleurs jamais mis les pieds en Amérique, « Je le ferais sans doute un jour, mais pas forcément pour retrouver les motifs de mes dessins. » Cette rétrospective permet de mesurer l’évolution du personnage phare de Pin’s up. Au fil des albums Dotty Partington à connue de nombreuses transformations, Philipe Berthet le rappel « il faut savoir nourrie ses fantasmes pour les conserver ».
En août prochain paraîtra le troisième tome de Nico, série futuriste mise en dessins par Berthet et scénarisée par Fred Duval. Suivra un polar en forme de road trip reliant Cuba au sud-est des USA, sur un scénario de Régis Hautière.

Entre exaltations et souffles courts, « Libert’in » nous invite à céder à l’éros du neuvième art. Nous en sommes sortis charmer, les joues légèrement empourprées, une seule question demeure alors en ce début d’été : à votre tour, céderez-vous ?

Alexis Hotton

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