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Cinéma Mercy, un bon film à l’ambiance glaciale

Publié par Matthieu Matthys, le 13 juin 2012

Spécial Brussels Film Festival 2012

Film projeté le 14 juin à 20h30 (Flagey – Studio 4)

Mercy de Matthias Glasner

Genre : Drame

Avec Jürgen Vogel, Birgit Minichmayr, Henry Stange, Ane Dahl Torp

Le temps d’une mission, un couple d’Allemands immigre, avec leur fils, dans la ville norvégienne d’Hammerfest, proche du Cercle polaire. Entre le 22 novembre et 21 janvier, ici, le soleil ne s’y lève jamais. Il faut s’habituer à la pénombre et au calme insoutenable des lieux. Un soir terriblement tranquille, le destin frappe : en rentrant du travail, Maria heurte quelque chose sur le bord de la rue. Quelque chose ou … quelqu’un.

Après Happy Happy l’année dernière, le Brussels Film Festival réitère son envie de nous montrer la Norvège en nous présentant Mercy de Matthias Glasner. La première chose qui nous vient à l’esprit à la lecture du synopsis et à la vue des premières images du film, c’est la sensation d’un monde sans âme où le froid régit la vie de ceux qui souhaitent s’y aventurer. Ce préjugé visuel sans fondement est pourtant ce qu’a mis à nouveau en avant le réalisateur allemand dans cette histoire d’accident sur fond de malaise familial. En effet, le film vous coupe littéralement l’envie de vous égarer au-delà du cercle polaire arctique, en particulier en hiver, lorsque le soleil ne dépasse jamais l’horizon. Au milieu d’une pénombre permanente et d’un froid glacial, l’histoire nous plonge dans la vie de deux allemands de Kiel venus à Hammerfest pour y travailler, notamment dans le secteur pétrolier qui rythme la vie de la plupart des habitants de la cité portuaire.

À la lecture de ces quelques lignes, on pourrait penser que ce film est médiocre. Au contraire, ce film est bien réalisé, les décors pris par hélicoptère sont merveilleux et l’histoire de fond est très intéressante et bien exploitée. Ce qui nous embarrasse un peu plus, c’est le peu d’envie qu’on a de voir ce film. De fait, l’hostilité des lieux qui servent de décors au film est accentuée par la condition humaine des personnages que nous montre la réalisation. Le récit nous plonge au milieu d’une famille en crise où les sentiments d’insatisfactions et d’ennuis sont exacerbés, où l’enfant est d’un mutisme psychotique, où la mère est antipathique à souhait et où le père est transparent et vidé de toute masculinité. Bref, un triangle familial des plus déprimants.

En outre, Matthias Glasner ne nous épargne pas plus dans sa manière de construire son histoire. Les plans fixes se succèdent, les protagonistes se cherchent du regard pendant de longs instants et, comble du désespoir, il nous offre quelques moments musicaux où les personnages principaux se retrouvent pour chanter dans la chorale de l’église toute proche. De quoi foutre le cafard au plus guilleret des humoristes.

C’est justement cette lourdeur du scénario qui nous a déplu. Même si on sait pertinemment que tout cela est voulu, on a du mal à s’imprégner de l’histoire, à compatir voire entrer en communion avec les personnages car il leur manque une valeur essentielle, la chaleur de vivre. Cette fureur d’exister, de briser les codes, d’enjamber des barrières et de passer au-delà du milieu hostile dans lequel ces hommes se terrent. Dans ce film, comme dans celui présenté l’année dernière, on a l’impression que la Norvège est un pays morne, meurtri et où on est mal accueilli. Certes, ce film est bon et intelligent mais il lui manque une âme. De plus, est-il vraiment intéressant de montrer un tel visage d’une ville nordique comme c’est trop souvent le cas ? La question se pose car c’est un sentiment de jugement de valeur qui se dégage au final de ce long métrage. Est-ce que tout le monde s’éclate à Barcelone et, à contrario, tout le monde pleure à Hammerfest ? Nous ne le pensons pas. Faut-il obligatoirement de la neige et de l’obscurité pour alourdir un tableau déjà bien triste ? Peut-être que non. C’est à l’appréciation de chacun.

Au bilan, on ressort de la salle avec le sentiment d’avoir assisté à une projection de qualité dont l’histoire est intéressante à suivre même si un peu trop longue. Cependant, il nous manque un élément pour être comblé : s’être diverti. Enfin, on est abattu et dépité de voir qu’à la sortie de la salle, le ciel belge est aussi déprimant au mois de juin qu’au mois de janvier à Hammerfest.

Matthieu Matthys