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Musique Damon Albarn « Everyday Robots » – Les Mécaniques Sensibles

Publié par Nicolas Melan, le 27 avril 2014

damon albarn

Everyday Robots
par Damon Albarn

Producteur : Damon Albarn et Richard Russell

Date de sortie : 28 / 04 / 2014

Site web : www.damonalbarnmusic.com

Enfin, un album solo de l’Anglais Damon Albarn. Après Blur, Gorillaz, The Good The Bad And The Queen, Africa Express, Mali Music et j’en passe, on pouvait penser que le très sociable Londonien montrerait certaines réticences à réaliser un disque plus personnel. Et finalement l’album (presque) inattendu est annoncé début 2014 et s’intitule Everyday Robots.

Everyday Robots est un album dense. Il met en place un univers sonore composite et puissant. Monsieur Albarn, maître dans la dissonance, joue pendant plus d’une demi-heure avec les paradoxes. Alternant clarté et obscurité,  pression et légèreté, la cohésion d’Everyday Robots se modèle dans la contradiction. Seuls les titres Mr Tembo et Heavy Seas of Love s’émancipent de cette logique et viennent ponctuer l’album de nuances plus limpides. Le paysage sonore est mélancolique, à l’image de son créateur. Il dépeint un brouhaha urbain teinté de sensibilités, appliquant de-ci de-là les codes estampillés du trip-hop.

La trame débute avec le single Everyday Robots, qui annonce la couleur dominante de l’album. S’en suit les titres Hostiles et Lonely Press Play qui développent le ton principal et confirment le renouveau de l’artiste. Le titre Mr Tembo apparaît comme une bouffé de fraîcheur. Ce gospel léger rompt avec la pop anxiogène d’Everyday Robots. Parakeet astucieuse liaison nous amène à The Selfish Giant, morceau profond et solennel qui annonce le magistral et progressif You and Me.  Hollow Ponds exhale les réminiscences de The Good The Bad and The Queen et fait écho aux travaux de DJ Krush ou Tokimonsta. Le morceau Photograph est puissant, maitrisé et aérien, il précède la délicate ballade The History of a Cheating Heart. Et enfin Brian Eno vient donner de sa voix sur le final entêtant Heavy Seas of Love.

L’épaisseur des morceaux regorge de subtilités qui nous forcent à tendre l’oreille, à plonger toujours plus profond dans l’écoute. Car le son, les arrangements sont le cœur et le corps même de cet album. Si Albarn nous avait prouvé à maintes reprises sa maitrise de la composition, il déploie ici ses talents d’ingénieur du son. Il jongle habilement entre les timbres classiques et les sonorités numériques. Le disque reste alors constamment insaisissable, comme un voile de fumé qui se tourne et se retourne. La matière glisse entre les doigts comme de l’eau et dégage la singularité. Damon Albarn remporte le pari risqué de nous égarer pour mieux nous surprendre. Alors oui, l’intimité lui va à ravir.