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Littérature Nathalie Kuperman : Les raisons de mon crime

Publié par Rédacteur, le 18 février 2012

« Les raisons de mon crime » est un livre qui relate la volonté d’une femme d’écrire un livre à propos d’un rhinocéros, à propos de cette bête « qui fonce, qui poursuit, qui encorne », de cette bête qui passionne par sa dangerosité.

Un peu de masochisme, ou de vengeance, peut-être, à vouloir écrire un livre sur une cousine adulée, adorée, chérie, admirée, qui a fait tant de mal, qui n’est plus que l’ombre d’elle-même. Volonté de comparaison, de voir qu’il y a toujours pire, même et surtout au sein de sa propre famille, de voir qu’une personne qu’on admirait est devenue un détritus. Volonté d’immortaliser cette déchéance, de dresser le portrait d’une persécutrice, pour enfin sortir de cette torpeur qui nous engloutit.

Mais écrire un livre sur quelqu’un, c’est aussi s’immiscer dans sa vie, en comprendre les soubassements et les mécanismes journaliers ; Nathalie Kuperman l’a bien compris, son héroïne également. A force d’en rêver, cette personne qu’on admirait assez pour vouloir lui dédier un livre commence à déteindre ; insidieusement, l’héroïne devient alors une pâle copie de son sujet, de ce déchet qui ne vit que de haine et d’alcool. Problème d’identification, apprentissage par imitation.

A travers le récit de retrouvailles familiales, Nathalie Kuperman nous offre là une superbe ode à la solitude, un hommage à un rapprochement que l’on croit possible, que l’on espère atteindre, un hymne à la remémoration de souvenirs enfouis, négatifs pour la plupart, au souvenir d’une ancienne admiration.

Grâce à son originalité, à son sens du détail ainsi qu’à ses mots justes, bien choisis et aiguisés, l’auteur dresse avec brio un portrait empli d’humanité.  Elle démontre efficacement que, lorsque l’on évoque les relations interpersonnelles, dans le pire des cas, 1+1 peut être égal à 1.

Nathalie Kuperman, Les raisons de mon crime, 2012, Gallimard

Yvan Padourek