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Cinéma « No Rest for the Wicked », un bon polar avec un excellent acteur

Publié par Matthieu Matthys, le 15 juin 2012

Spécial Brussels Film Festival 2012

No Rest for the Wicked de Enrique Urbizu

Genre : Policier

Avec José Coronado, Rodolfo Sancho, Helena Miquel

Vous connaissez l’histoire du bon flic qui a mal tourné ? Le genre de ripou à se voir  rétrograder des Renseignements généraux au service des personnes disparues, et à boire trop pour oublier. Un Bad Lieutenant qui s’attire tous les ennuis, jusqu’à se retrouver impliqué dans un triple homicide avec, sur le dos, un témoin qui a pris ses jambes à son cou !

Dans la compétition du Brussels Film Festival, on nous promettait une programmation variée qui irait aux quatre coins de l’Europe géographique. C’est donc tout naturellement que l’Espagne y figure puisque c’est l’une des nations les plus en vue dans le cinéma du vieux continent. Doté d’une multitude de réalisateurs s’étant principalement dirigés vers l’épouvante et l’horreur, le pays est néanmoins resté très fidèle à un genre un peu délaissé par le septième art ces dernières années : le polar.

No Rest for the Wicked fait partie des tous bons crus sortis récemment dans les salles de la péninsule ibérique. Ce film policier est un peu brouillon mais mixe à merveille la réalité à la fiction. En effet, le scénario semble avoir été exagéré à bien des moments mais tout semble possible et surtout, on avance pas à pas dans cette course-poursuite bien ficelée.

L’histoire suit Santos Trinidad, un policier madrilène alcoolique mais respecté par ses pairs pour sa brillante carrière au sein des forces spéciales. Cet être erratique, solitaire et difficile à cerner va commettre l’irréparable lors d’une nuit arrosée. Malgré ses précautions, l’homme va très vite se retrouver au milieu d’une affaire beaucoup plus sombre où s’entremêlent les histoires de drogue et de terrorisme.

Autant le dire tout de suite, le fond de l’histoire n’est pas très novateur. Cependant, la manière de l’amener et surtout la manière de la filmer est tout bonnement extraordinaire. Malgré le fait qu’il y ait peu de suspense, le réalisateur a su nous accrocher et nous intéresser à son histoire et à son personnage très charismatique incarné par un José Coronado époustouflant qui nous offre une prestation à faire pâlir certains primés aux césars. De plus, l’ambiance volontairement lourde et le travail technique effectué sur le plateau donnent encore plus de véracité et de force au récit.

A contrario, on entrevoit au travers de cette production un mal latent en Espagne, celui de la peur d’une attaque terroriste. C’est justement le point noir du film. De fait, le réalisateur espagnol semble avoir été marqué par les attaques terroristes de New-York, Londres mais surtout Madrid. Car, si le spectateur se prend au jeu de cette fiction, on ressent une sorte de paranoïa tout à fait compréhensible qui était (et est toujours) omniprésente dans le cinéma d’outre-Atlantique. Et pour cause, le cinéma américain est fait souvent d’amalgames où tous les ennemis de l’Oncle Sam semblent s’être liés contre la puissante Amérique. Ici, l’Espagne semble avoir suivi le même mouvement en nous présentant une kyrielle de crapules semblant s’être tous unis dans un même but : faire un attentat qui rapportera à chacun. Dès lors, on nous présente des arabes, des sud-américains et même des belges (carte d’identité à l’appui) comme unis dans le mal et reliés, par pur hasard, à la bavure de ce flic un peu paumé. Bref, on n’y croit pas des masses. Mais bon, outre cela, il faut prendre l’histoire comme une bonne fiction policière et non comme un docu-fiction à prendre argent comptant.

En résumé, ce film est passé dans la programmation comme une source d’évasion au milieu d’un panorama cinématographique très axé sur le côté dramatico-social. Cette production espagnole ne révolutionnera pas notre vidéothèque mais aura le mérite de nous avoir diverti et de nous avoir montré qu’il ne faut pas de budgets colossaux pour nous sortir un film bien réalisé et nous dénicher d’excellents acteurs.

Matthieu Matthys