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Théâtre Oisiveté mal placée

Publié par Rédacteur, le 29 janvier 2012

L’oisiveté a sans aucun doute déjà fait rêver chacun de nous. Mais de là à en dresser l’éloge… Pourtant, Dominique Rongvaux s’attelle à cette tâche une heure durant. Seul en scène, il expose toutes les facettes que peut revêtir ce mot étrange qui, dans notre éducation, est présenté sous la forme d’un mal. Pour ce faire, il s’appuie sur l’essai de Bertrand Russell, un philosophe gallois du 19e siècle, « Eloge de l’oisiveté ».D’où le titre de la pièce bien entendu.

Au-delà de son mentor britannique, le comédien déclame également Jean de la Fontaine, Grozdanovitch et même le Petit Robert. Sa représentation finit par ressembler plus à un rassemblement de textes divers traitant du sujet qu’à une véritable pièce jouée. Le spectateur assiste à une conférence, rondement menée il est vrai, dans laquelle l’orateur gère si mal son débit de paroles que les mots s’entrechoquent pour ne laisser qu’un bourdonnement désagréable. Il est impossible de ne pas se rappeler un professeur d’histoire ou de philosophie un rien pompeux. Le discours est intéressant mais la manière de le faire passer n’accroche qu’un petit nombre. Dominique Rongvaux présente toutefois un avantage indéniable comparé à ces enseignants: il a un peu d’humour. Bien que j’y aie été peu sensible, la salle s’est esclaffée à maintes reprises.

La conduite de ce spectacle se chiffonne encore quelque peu dans les silences. Le texte se voit troué de blancs mal placés, abandonnant le public dans une attente qui paraît interminable. Et tout à coup, pas le temps d’enregistrer les premiers mots que le train repart à vive allure, plongeant le spectateur dans une telle confusion que son cerveau étouffe sous les innombrables syllabes s’alignant toujours plus vite, de sorte que la compréhension s’amenuise un peu plus à chaque lettre, provoquant une chute vertigineuse de l’attention portée à cette déblatération, laissant petit à petit débarquer l’ennui, qui provoque lui-même le décrochage, vous poussant vers un précipice d’oubli… Cette phrase est étouffante, n’est-ce pas? C’est tout à fait le malaise dans lequel m’a propulsé Dominique Rongvaux par moments. Ce qui, cependant, a une certaine logique puisque son texte se veut dérangeant. Mais tout cela devient un peu trop carré et trop calculé à mon goût. L’oisiveté ne serait donc qu’une suite de calculs?

Dès lors, je ne suis pas sûr que l’« Eloge de l’oisiveté » suffira à convaincre.

Titre de la pièce: « Eloge de l’oisiveté », d’après Bertrand Russell
Lieu: Maison de la Culture de Tournai
Date: 20/01/2012
Mise en scène: Véronique Dumont
Comédien: Dominique Rongvaux

Gaëtan Dewilde