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Varia La Cerisaie, de Tchekhov, à partir du 20 novembre au théâtre Varia

Publié par Sophie, le 6 novembre 2014

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LA CERISAIE

Une pièce de Anton Tchekhov
Mise en scène par Thibaut Wenger
Avec Jean-Pierre Basté, Mathieu Besnard, Nina Blanc, Olindo Bolzan, Marcel Delval, Francine Landrain, Marie Luçon, Hélène Rencurel, Claude Schmitz, Nathanaëlle Vandersmissen, Laetitia Yalon, Pierre Giafferi

Compagnie : premiers actes ( http://premiers-actes.eu )

Synopsis :

Dans «le plus beau domaine du monde», célèbre pour sa cerisaie, l’émotion et l’excitation sont à leur comble en cette douce nuit de mai. Lioubov, la propriétaire, revient à la maison !

Lioubov avait quitté le domaine après la noyade de son petit garçon Gricha. Douniacha, la servante, Lopakhine, le marchand, Gaev, son frère, Varia, sa fille adoptive, Charlotta, la gouvernante, Firs, le vieux laquais, Pichtchik, un propriétaire terrien voisin, tous attendent impatiemment son arrivée. Même Pétia Trofimov, le précepteur de Gricha, est là pour la saluer. Lioubov arrive accompagnée de sa fille, Ania, et de son valet, Yacha. Tous se livrent aux joies des retrouvailles et au jeu des souvenirs.

Le lendemain, en se promenant sur le domaine avec son frère, la blancheur éclatante des fleurs des cerisiers et une légère brise qui les fait onduler, persuadent Lioubov que les anges y habitent, que l’ombre de Gricha s’y promène et que sa mère est revenue d’entre les morts.
Mais les temps ont changé. Lopakhine, dont la famille pauvre était au service de celle de Lioubov, s’est considérablement enrichi. Il lui apprend que durant son absence, les dettes se sont accumulées, que la cerisaie ne rapporte plus, que le domaine doit être vendu ou qu’il faut le raser pour y lotir des villas à louer…

La Cerisaie cependant ne se résume pas à la nostalgie d’un monde englouti; elle dépeint un tableau de vie qui repose sur l’éternelle opposition entre ceux qui, mélancoliques et indolents, restent attachés à un passé qu’ils embellissent en occultant les réalités du présent ; ceux pour qui il faut vivre selon ses aspirations profondes ; ceux qui éprouvent un vertige à regarder vers l’avant ; ceux qui aspirent à sauter dans une vie nouvelle par le travail, l’esprit d’entreprise, le goût du lucre ou le recours à la froide raison.

110 ans après sa création, l’oeuvre est toujours aussi troublante et forte. Est-ce parce qu’elle dessine cette « parabole éternelle sur le destin de l’être humain » pris dans l’entre-deux de l’ancien et du nouveau, de la beauté et du progrès, du rêve et de la réalité, d’un passé qui a tout dit face à un avenir empli d’inconnu et donc de promesses ?
Entre la première pièce de Tchekhov, Platonov (ou presque), qu’il met en scène au Théâtre Océan Nord et la dernière à laquelle il s’attelle à présent, Thibaut Wenger fait un lien.

La Cerisaie, dit-il, est tout à la fois la fin d’un cycle qui se trouvait déjà dans Platonov, et le début d’un autre, une ouverture. Tchekhov disait : « Après, j’écrirai autrement » et projetait,d’écrire une pièce sur le silence et le Pôle Nord. Je trouve dans la polyphonie en creux de cette déjà pièce-paysage qu’est La Cerisaie, une douceur, une fragilité. Un mobile singulier, habité par un réseau de signes et de spectres convoqués dans un temps rêvé, celui de l’enfance. Un nouveau continent de nuits blanches et de secrets.

Je rêvais depuis longtemps de mettre en scène cette fête manquée, à contretemps, où l’on badine alors que dehors le monde explose. On y convoque une dernière fois la communauté d’inadaptés improductifs et ruinés du vieux monde tchékhovien, de négligents obsolètes oubliés par l’Histoire. Ils ont un drôle de problème diffus et, insoluble dont ils attendent l’improbable résolution, tout au long d’une révolution immobile des saisons. Ces grands enfants distraits, perdants fauchés, c’est aussi un peu nous ; cette maison, dont les exilés porteront la mélancolie, notre théâtre aujourd’hui.

critique de la pièce:
Le Varia lève le rideau sur 2h20 de la vie d’une communauté russe en explosion interne! Varia et sa cour accueillent Lioubov, mère adoptive au sens propre et figurée, véritable matriarche.
Dés la première apparition sur scène le ton poignant règne! L’expressivité des comédiens culmine que ce soit par l’expression faciale, l’occupation de l’espace, les intonations et décibels sans limites qui m’ont plongé dans l’excentricité de l’Est qui m’envoûte! Le talent relève de la dignité de la comédienne senior, de la pureté et fragilité de la comédienne cadette portée par une troupe où chacun suit le fil du personnage à qui il donne vie jusqu’à la mort, la folie ultime qui s’abat sur lui.
Tchekhov nous livre un tableau au-delà du vivant de survivants à l’orée d’une fin inéluctable.
Wenger nous « délivre (non pas) du mal » mais nous y jette par sa mise en scène virevoltante où Lioubov et les siens s’agrippent obstinément à La Cerisaie par honneur, nostalgie, sens du devoir, folie,… car les cerises pourries empoissonnent leur entourage sans merci.