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Paris La peur de Stephan Zweig au théâtre Michel jusqu’au 26 février

Publié par Clara Gasnot, le 26 novembre 2016

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La Peur

Une pièce de Stephane Zweig
Mise en scène par Elodie Menant
Avec Hélène Degy, Aliocha Itovich, Ophélie Marsaud

Durée : 1h10 (sans entracte)

Synopsis :

Stefan Zweig excelle dans la description des tourments intérieurs de ses héros. Sa nouvelle, La Peur, en est le meilleur exemple. Construit comme un roman à suspense, la pièce se déroule au rythme haletant des angoisses d’Irène, jeune femme adultère traquée par l’étrange compagne de son amant.
Manipulation ? Hallucination ? Comment échapper à cette tourmente sans fin ? On assiste au vacillement d’un couple qui ne se comprend plus… jusqu’au dénouement, véritable coup de théâtre.

Cette pièce, à l’esthétique cinématographique, s’inspire de l’univers d’Hitchcock, notamment du remarquable film Fenêtre sur cour.

Un spectacle palpitant

Pense Pas-Bête: Stefan Zweig est né à Vienne et s’est suicidé en 1942 au Brésil. Il est écrivain, dramaturge, journaliste et biographe. Il fut ami de Freud, Schnitzler, Rolland et Strauss entre autres. Il fit partie de l’intelligentsia juive viennoise, avant de quitter son pays natal en 1934 en raison de la montée du nazisme. C’est à Londres, réfugié, qu’il poursuit son œuvre de biographe et d’auteur de romans et nouvelles. Zweig se fait le chroniqueur de l’« âge d’or » de l’Europe et analyse avec profondeur ce qu’il considère être l’échec d’une civilisation. La peur (Angst, en allemand) parait pour la première fois en 1920. C’est une nouvelle, qu’Elodie Menant adapte pour nous au théâtre.

 

Le topo:  « Un thriller amoureux à la Hitchcock. Saisissant, il vous interroge sur le mensonge, la honte et la relation de couple. Stefan Zweig excelle dans la description des tourments intérieurs de ses héros. Sa nouvelle, La Peur, en est le meilleur exemple. Construit comme un roman à suspense, la pièce se déroule au rythme haletant des angoisses d’Irène, jeune femme adultère traquée par l’étrange compagne de son amant. Manipulation ? Hallucination ? Comment échapper à cette tourmente sans fin ? On assiste au vacillement d’un couple qui ne se comprend plus… jusqu’au dénouement, véritable coup de théâtre. »

 

La structure: C’est dans un décor très « Desperate housewives », art-déco et couleurs pastels que nous accueillent Irène et Fritz Wagner. Une scénographie démontable, ajustable, roulante comme un légo géant qui accompagne au gré de leurs états, les trois personnages. Une succession de tableaux, au travers desquels nous sommes les voyeurs de cette histoire. Le décor se resserre, s’étiole, se bouscule, s’élargit, se décale. Il nous berce parfois, nous oppresse à d’autres moments. Nous plongeons dans un univers cinématographique, au rythme des « be bop a lula », des coups de téléphone stridents et des lumières enveloppantes. Un vrai petit studio Hollywoodien sur le plateau de la scène du théâtre Michel. Elodie Menant joue sur le clair-obscur, les portes et fenêtres qui s’(entre-)ouvrent et fait évoluer, dans un élan destructeur, l’image de cette charmante petite maison vers un véritable capharnaüm. La première image et la dernière s’opposent, tel un oxymore venant faire raisonner toute la complexité de l’âme humaine.

 

Le jeu: Les trois comédiens sont intrigants, impliqués, investis. Quoiqu’un peu étriqués dans leur jeu au départ et pris au piège par trop d’accessoires à manipuler, ils se détendent au fur et à mesure et nous offrent de beaux moments. Une excellente maitrise du corps, leur permettant des ébats, débats, combats et une danse endiablée, sans faille. Des voix portées, tenues, distribuées qui les rendent audibles et une diction sans faille, sans rature. Les deux femmes se complètent avec intelligence, et le duo amoureux fonctionne dans l’écoute. Petit bémol pour Aliocha Itovitch (Fritz) qui parfois manque de relâchement. Ce à quoi se confronte avec beaucoup de classe Hélène Degy (Irène), on aime les comédiennes qui ne rougissent pas d’être laides! Ophélie Marsaud (Elsa) a une présence bien à elle, terrienne, contenue, diabolique et emporte le trio.

 

La subjectivité: Même si parfois, on peut regretter un trop-plein d’idées qui fait perdre en énergie, qu’il aurait été intéressant de proposer une pâte plus intimiste, plus épurée afin d’entrer davantage dans les tréfonds des personnages, voici une pièce que je recommande, pour son adaptation, sa prise de risque scénique et la générosité des comédiens. Le thème sera toujours d’actualité et l’amour ne l’emportera pas au Paradis!