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Le Poche Le voyage d’Alice en Suisse au théâtre de Poche jusqu’au 17 mai 2014

Publié par Lionel, le 21 avril 2014

le voyage d'alice en suisse

Le voyage d'Alice en Suisse

Une pièce de Lukas Barfuss
Mise en scène par Roland Mahauden
Avec Olivier Coyette, John Dobrynine, Julie Sommervogel, Nicole Valberg, Stéphanie Van Vyve

Durée : 1h40 (sans entracte)

Synopsis :

Alice s’apprête à prendre le train pour la Suisse. Pas pour y faire du ski ou y planquer quelqu’argent sale sur un compte numéroté, non, Alice a un rendez-vous important avec le Docteur Strom. Médecin controversé, Gustav Strom a accepté d’assister Alice dans sa volonté réitérée d’en finir avec la vie de souffrances sans fin qui est la sienne.
Dans une succession de séquences rapides où apparaissent de surprenants voire désopilants personnages, l’auteur nous fait passer sans transition du rire à l’émotion.
La fin de la pièce, déconcertante, où le rationnel le dispute à l’absurde, nous laisse dans l’interrogation sur notre capacité à affronter l’inéluctable.

Critique :

Le Poche nous emmène une nouvelle fois au plus profond de la dépression avec ce spectacle à ne pas mettre sous toutes les dents. Si le sujet proposé peut intéresser pas mal de monde, la manière dont il est traité ne semble pas passionner les foules. Peut être n’est-il pas en phase avec son époque ou bien simplement n’apporte t’il rien de bien intéressant au spectacteur qui se glisse le temps d’une soirée dans la peau de ce médecin qui assiste péniblement à la fin de vie de ses patients à l’instar du spectateur que nous sommes assistant impuissamment à la mort du spectacle.

Même si la mise en scène peut donner un semblant de rythme à la pièce et que Olivier Coyette épate dans son quasi monologue de presque deux heures, rien d’emballant à vraiment mettre en valeur si ce n’est peut être via cette pièce l’appel à l’aide du milieu culturel qui voit son public se réduire de jour en jour…

Lionel
Alice veut mourir. Elle n’est pas la seule. Ils font tous ce voyage vers la Suisse pour consulter le Docteur Strom. Celui qui mettra fin à leur souffrance. La pièce démarre avec un monologue du Docteur (Olivier Coyette) expliquant à Alice (Stéphanie Van Vyve) les derniers détails sur sa fin de vie.
Tout dans cette pièce est justement dosé et c’est ce qui la caractérise le mieux. Le ton n’est pas larmoyant. Il ne tombe pas non plus dans un second degré qui serait déplacé. Avec cette pièce, le public peut avant tout être amené à une réflexion sur la fin de vie, ses conditions, ses nuances…
Les protagonistes sont nuancés et eux aussi, « sonnent » juste. Le personnage de la mère d’Alice, Lotte (Nicole Valberg), ne tombe à aucun moment dans le mélodramatique alors que sa propre fille lui annonce son suicide assisté, en Suisse.
La jeune Alice s’efface au fur et à mesure de l’histoire pour laisser la place à des personnages atypiques. Ceux-ci passent et repassent dans la vie du Docteur Strom qui est, en réalité, le noyau de cette pièce.« Ce que l’être humain craint le plus, c’est sa peur. Notre développement n’ira dans aucune autre direction que la mort, un grand pas en avant est un grand pas vers la fin. Le corps est le même. […] Et je reste seul, seul. […] ils savent qu’ils auront besoin de quelqu’un comme moi, de plus en plus. Quelqu’un qui tourne l’interrupteur quand l’ampoule est grillée depuis longtemps et la lumière éteinte. Quelqu’un qui leur apporte l’obscurité. Où en serait-on s’ils m’aimaient. Ils seraient obligés d’admettre qu’ils ont échoué. Ce n’est pas ce que je fais qu’ils haïssent. Mais juste moi. Gustav Strom. Je crois que c’est un honneur. Etre seul est un honneur »
La mise en scène quant à elle est dynamique tout en restant sobre. Elle est à l’image du ton donné par la pièce et les personnages. La scène est divisée en plusieurs espaces où chacun d’eux évolue. Aucun vide ne se fait pesant et les plans se suivent comme un voyage vers de nouveaux horizons…
Selon moi, cette pièce est très délicate et bien dosée dans sa mise en scène comme dans son scénario. Elle amène à la réflexion du spectateur qui se fait son propre avis sur l’assistance au suicide. Il n’y a aucun parti pris et la liberté de choix est maintenue jusqu’au bout.
Charlotte