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Théâtre de Poche Montparnasse L’histoire d’une femme de Pierre NOTTE, au théâtre de Poche.

Publié par Clara Gasnot, le 1 avril 2017

Théâtre de Poche Montparnasse.

L'histoire d'une femme

Une pièce de Pierre Notte
Mise en scène par Pierre Notte
Avec Muriel Gaudin

Compagnie : Production Scène et Public

Durée : 1h10 (sans entracte)

Synopsis :

« J’ai vu un homme à vélo, se rapprocher d’une passante, elle traversait la rue, il roulait, je l’ai vu ralentir, lui mettre une main aux fesses, et repartir en riant. La femme s’est effondrée, au milieu de la route qu’elle traversait. Je me suis approché, je voulais lui demander pardon au nom de toute l’humanité des hommes, elle m’a rejeté, parce qu’elle a vu en moi une autre menace, un autre danger masculin. Je suis parti, j’ai pleuré, j’ai voulu écrire l’histoire d’une femme qui n’en peut plus d’avoir à supporter une société d’hommes. » Pierre NOTTE

 

Le texte : Voici une écriture tout à fait intéressante. Pierre Notte nous propose un récit haletant, dans lequel l’ellipse devient le couteau. L’ellipse comme une accumulation. Un monologue en incise, morcelé de micro-évènements; à savoir prononcer, à délivrer dans un rythme soutenu, au bord de… Un mélange didactique et percutant. Des coups de poing verbaux délivrés telle une longue pensée enragée. Un texte qui s’étire, toile d’araignée, qui se nourrit d’un fait divers, comme on en v(o)it tous les jours : un témoignage.

La structure : Nous sommes accueillis par le metteur en scène et la comédienne, pour un quizz sur les rapports hommes/femmes. Sur les absurdités, dites ou entendues par-ci par là, d’untel ou unetelle. On nous offre des fraises tagada – pas pour me déplaire comme approche-, on parle, libéré, entre nous, complices, on n’a pas peur du public et inversement proportionnel. Le ton est lancé. Le partenariat opère et nous voulons très vite connaitre l’histoire de « cette femme ». Une très jolie composition scénographique. Les codes de la rue, de l’impro. L’imaginaire en bandoulière. Une chaise noire, un petit meuble discret en soutien pour la serviette et les mouchoirs. Puis, des lumières, celles d’Antonio de CARVALHO. De belles lumières, réfléchies, mettant en valeur le propos. Des contres, des faces, des bleus qui bercent, des roses qui inspirent, des blancs qui tâchent. Muriel Gaudin, athlète, tendue, prête à…, se lance pour nous, petite fourmi, dans le travail acéré de la délivrance, verre et carafe à la main, à moitié vides, à moitié pleins. Symbolique subtile de celle qui boit l’eau de sa propre noyade.

Le jeu : Il est important de souligner cette superbe performance d’actrice. Laissant aller les fluides et les mots. La forme conteur est innovante et compréhensible. Un corps mobilisé, affairé du début jusqu’au point final. Son jeu est sportif, comme des rounds qui défilent, elle ne laisse rien se relâcher, ne peut plus déglutir parfois. Boxe, boxe. Prends et reçois. Les cordes, autour, sur, dedans, pendant. Le buste contracté, la mâchoire serrée, des angles et du saccadé dans le jeu. Comme si elle étouffait, mais non, elle respire. Un temps. S’assied, danse, puis reprend le combat infernal. Elle tient, comme cette femme dont elle narre l’histoire. Elle tient, tant bien que mal, toujours à la limite d’un craquage, d’un souffle réparateur. Nous sommes dans cet état, public, nous suivons les méandres. Ils nous parlent ces méandres. Oui, cette femme en crise, les nerfs atteints, puis ce silence qu’elle s’impose, qu’elle leur impose. Petit bémol tout de même : On s’attend à une rupture dans la gravité, un peu plus tôt, histoire de baisser la garde. Avant le Directeur de l’hôpital, oui, pour que la fin percute davantage. Ça s’essouffle légèrement, nous aussi. Du sourire intérieur et de l’apaisement, un « chouilla » plus et le tour était joué à la perfection. Mais, rien de très gênant, cela n’entache pas l’engagement, le professionnalisme et le courage de cette comédienne.

Nos hommages, Madame.

Le subjectif : Comment parler d’une injustice sans blâmer ? Comment dire ce qui est réel, vécu sans en exagérer, sans cliché ? Le sujet délicat de l’oppression de la femme. Pari réussi, travail abouti. J’ai pris du plaisir à entendre cette femme se taire. Jouissif et assumé. Ici, on fait parler les hommes. Entre eux. Ils déversent, sans le percevoir, leur impuissance : « Mais qu’est-ce qu’elle a ? Elle est folle, ou quoi ? Mais qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi ? ». Un spectacle d’utilité publique, à l’ordre du jour, malheureusement. On rit de tout ça, on se souvient soi-même des expériences et on se rend plus attentif encore. Ne jamais rien lâcher. Un homme qui parle des femmes, avec tendresse et intelligence. Pierre Notte a su trouver celle qui pouvait parler pour lui, baiser déposé sur des lèvres en colère.

Un vrai travail d’équipe qui vaut le détour. Allez-y. Vite. Car contrairement à ce que peut prétendre Monsieur Pujadas, au journal de 20h, non, le patriarcat n’est pas mort…

DU 17 MARS AU 7 MAI 2017 – Du jeudi au samedi 19h dimanche 17h30