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Tragédie Shakespearienne à Vincennes

Publié par Nicolas Melan, le 17 juin 2014

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Macbeth

Une pièce de William Shakespeare
Mise en scène par Ariane Mnouchkine
Avec

Compagnie : Le Théâtre du Soleil ( http://www.cartoucherie.fr/ )

Durée : 4 h (avec entracte)

Depuis maintenant un mois et demi le Théâtre du Soleil programme les représentations de la réécriture du Macbeth de William Shakespeare, dirigée par Ariane Mnouchkine. Une version puissante, entre passé et présent à découvrir jusqu’au 13 juillet.

« Étoiles, cachez vos feux ; que la lumière ne puisse voir mes profonds et sombres désirs » par cette réplique, Macbeth révèle à la fois son terrible projet et son tourment. Un tourment clairement shakespearien, qui se décline dans toute l’œuvre de l’auteur. Macbeth c’est l’ambition trop grande d’un seul homme. A travers les larmes et le sang, le héros va se retrouver consumé par sa propre convoitise. Dès le début de l’histoire, l’ambition est là, pointée du doigt : une malédiction prophétisée par trois sorcières. Macbeth, comte et officier de sa majesté, projette, à l’aide de son épouse, l’assassinat du roi. Ses récentes victoires militaires et son prestige ne lui suffisent pas. Arrogant, il jalouse les héritiers de la couronne avant de finalement s’accaparer le trône, dans le sang de la trahison. Devenu maître du royaume d’Ecosse, Macbeth le triste sire, rongé par la violence de ses désirs, se dévoile en tant qu’autocrate malveillant. Il inspire la terreur sur son domaine et la vengeance dans le cœur de ses ennemis.

Que ce soit dans les mots, les actes ou les émotions, la tragédie Shakespearienne est excessive et absolue. A l’instar d’une tempête de passions, l’amour, la vengeance ou l’orgueil entrainent tout dans leurs sillages, balayent les hommes avec violence, et ce jusqu’à la mort. Cela, Ariane Mnouchkine, l’a bien compris. Dans sa version revisitée de Macbeth, elle offre au public un hommage vibrant à la tragédie élisabéthaine et un spectacle vivant de grande qualité. En accord avec la puissance du texte, elle déploie une mise en scène spectaculaire à grand renfort d’effets de lumières, sonores, et autres machines à fumée. Le casting est conséquent et les changements de plateaux, tout au long des quatre heures de performances, y sont aussi fréquents qu’agréables. Les costumes, l’ambiance et les décors sont contemporains, un choix qui permet de souligner l’atemporalité de l’œuvre.

Ariane Mnouchkine n’en est plus à son premier Shakespeare. De 1968 à 1984, elle met en scène quatre pièces (Le Songe D’une Nuit d’Eté, Richard II, La Nuit des Rois, Henri IV). Trente ans plus tard, c’est au tour de Macbeth. Elle en produit une nouvelle traduction et met en scène le spectacle dans son fief de Vincennes, la Cartoucherie.

Ancien atelier de poudre et de cartouches de 1874 jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale, où elle est partiellement détruite par les bombardements Alliés, la Cartoucherie est un lieu chargé d’histoire. Situé dans le bois de Vincennes, ce lieu devient, par la suite, un centre de rétention pour les natifs d’Afrique du Nord, durant la Guerre d’Algérie. Laissé à l’abandon dans les années soixante, il est investi par des prostitués et des « blousons noirs ». L’année 1970, la Cartoucherie est réhabilitée en un lieu de culture et de création, sous l’impulsion de la troupe du Théâtre du Soleil. Elle regroupe aujourd’hui quatre théâtres : le Théâtre de l’Aquarium, le Théâtre de l’Epée de bois, le Théâtre de la Tempête et le Théâtre du Soleil. Ce dernier, aux décorations éphémères, présente actuellement les différentes affiches de Macbeth à travers le temps et l’espace. Un détail, parmi plusieurs, qui force l’idée que ce spectacle, haut en couleur, est indissociable de son lieu de conception.