Sortie cinéma, actualité théâtre, sortie BD, festival de musique | » Voltaire/Rousseau de Jean-Jacques Prévand au Théâtre de Poche.

Théâtre de Poche Montparnasse Voltaire/Rousseau de Jean-Jacques Prévand au Théâtre de Poche.

Publié par Clara Gasnot, le 2 avril 2017

Au Théâtre de Poche Montparnasse.

Voltaire/ Rousseau

Une pièce de JEAN-FRANÇOIS PRÉVAND
Mise en scène par JEAN-LUC MOREAU ET JEAN-FRANÇOIS PRÉVAND
Avec Jean Paul Farré et Jean-Luc ou Jean-Jacques Moreau.

Compagnie : Production Théâtre de Poche-Montparnasse & en partenariat avec France 3, Le Figaro et A Nous Paris

Durée : 1h15 (sans entracte)

Synopsis :

1765. Un pamphlet anonyme accuse Jean Jacques Rousseau d’avoir abandonné ses cinq enfants.
Rousseau veut absolument savoir si le grand Voltaire est l’auteur de cet écrit abominable.
Cela nous donne l’occasion d’assister à une immense et savoureuse scène de ménage où nos deux philosophes s’étripent et se lancent au visage leurs idées sur Dieu, l’égalité, l’éducation et le théâtre.
Ils nous font redécouvrir avec stupéfaction ce que nous devons aujourd’hui à leurs visions fulgurantes mais complémentaires.

Jean Paul Farré (Voltaire) et Jean Luc ou Jean Jacques Moreau (Rousseau) incarnent avec jubilation ces deux monuments de notre culture. Un dialogue d’une drôlerie et d’une actualité étonnantes.

Le texte Jean-François Prévand nous propose un petit bijou d’écriture. Efficace, incisif et audible. Bon, avec quelques références sur les deux monstres, la compréhension est plus simple, c’est vrai. N’empêche que sans connaitre ses fondamentaux, nous les suivons sans entrave. Le tout est fluide et la vulgarisation joue son rôle pour une fois. Allégé mais pas dénaturé, ici le langage fait du bien, la parole est anachronique  et leur tout repose sur un travail d’investigation si bien que l’on se croirait avec eux, Voltaire et Rousseau, la classe. Il en retire l’essentiel de leur pensée, sans nous perdre et en nous donnant envie de se replonger dans leurs écrits.

Une pièce contemporaine, traitant de la poussière d’étoiles. Les Lumières sont allumées!  À vos encyclopédies!

La structure : Une mise en scène sobre sur le petit plateau du Théâtre de Poche, des cubes en bois à jardin, au centre, à cour, tantôt siège, table, secrétaire, totem. Rien au hasard. Du buste à la tasse de café. Tout est étudié. Les lumières de Jacques ROUVEYROLLIS (assisté de Jessica DUCLOS), accompagnent et réchauffent les comédiens ; contournent les objets. Halos tamisés, joli jeu d’ombre et de lumière. Une douce enveloppe de soie par-dessus. Beau pour l’oeil, bon pour le jeu. Les costumes de Mathilde PENIN, ambiance Rock’n roll et cour du roi, dénotent et amusent. Les comédiens, avec un naturel déconcertant, se baladent dans cet espace étriqué suivant des règles bien précises. Quand l’un est à jardin, l’autre est à cour ; quand l’un est en avant-scène, l’autre est en fond de scène, quand l’un est assis, l’autre est debout… Bref, vous l’aurez compris, un vrai jeu d’équilibre. Diagonales au vent ! Tape-cul ! Le jeu du chat et de la souris entre Voltaire et Rousseau, des corps-à-corps parfois ! On ne se sent pas à l’étroit. Le plateau est investi avec précaution et respect, quel plaisir !

Le jeu : Jean-Luc Moreau (Rousseau) et Jean-Paul Farré (Voltaire) se donnent la réplique avec brio. Rien à dire du jeu de ces comédiens -qu’on ne présente plus-. La bosse est roulée, le travail est fait. Ils nous font aimer la philosophie, voilà tout. Nous font la comprendre même ! La diction est parfaite, le ton acerbe et le regard rieur. Ces deux-là ont assez la maitrise du théâtre pour s’amuser comme des enfants et nous offrir avec délectation ce débat d’idée, actuel et engagé.

Le subjectif : Une phrase d’une heure quinze, faite de rebonds, d’intrigues, d’humour et de réflexions. Livrée en un souffle commun, portée par deux excellents comédiens et une mise en scène au poil. Un duel entre primitif et social, athéisme et croyance, providence et aléatoire, vérité et brutalité, opulence et pauvreté, retour aux fondamentaux et diversité. Culture et capitalisme, sobriété et errance. Des idées qui ne s’opposent jamais, qui se complètent plutôt, qui enrichissent par leurs divergences. Je me suis régalée, il est bon de se souvenir que des hommes ont pensé à penser un jour. On avait presque oublié…

« L’Homme ne serait que le produit de la société, dites-vous? » Voltaire. 

Un spectacle digeste et pourtant riche en matière grise ! 

DU 21 MARS AU 1er JUILLET 2017 – Du mardi au samedi 19h

Au Théâtre de Poche Montparnasse.