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Théâtre Pikâ Don (Hiroshima) au Théâtre Marni

Publié par Anne-Sophie Saussez, le 1 octobre 2011

Texte et mise en scène Alex Lorette

Assisté par Léonore Frenois et Claudia Mendizabal
Avec Jo Deseure, Sophia Leboutte, Cachou Kirsch, Guy Theunissen, Cédric Juliens et Olivier Premel
Scénographie Hélène Kufferath
Univers sonore Arnaud Blanpain
Conseillère chorégraphique Flavia Wanderley Ribeiro Diffusion Catherine Detry Support à la production Delphine Guilmot

Hiroshima. Fin de la seconde guerre mondiale. La bombe nucléaire. 120 000 civils tués. Voilà ce que nous, Occidentaux, retenons de cet événement historique majeur. Mais plus de 65 ans après, outre cette image du champignon géant, que savons-nous des victimes?

Alex Lorette, auteur et metteur en scène, confronte la mémoire des rescapés à celle de l’Occident. La question à débattre n’est pas de savoir si l’on est pour ou contre le nucléaire mais bien celle de la nécessité de ce raz-de-marée atomique.

Il nous plonge au cœur de la catastrophe par le biais de témoignages réels tous aussi poignants les uns que les autres. Dans un style minimaliste, les six comédiens narrent l’ « avant » et l’« après » du passage du champignon mortel. Du récit d’une fillette, la peau se décollant par lambeaux jusque sur ses chevilles, errant entre les cadavres de ses camarades de classe à celui d’un officier qui a contribué à l’opération du largage de la bombe en passant par celui d’une femme recherchant désespérément et en vain sa sœur ensevelie sous les décombres, vous ne pourrez passer à côté de ce déferlement d’émotions! Un déferlement brut rendu possible par un décor sans artifice et des monologues épurés. Un «théâtre témoignage» qui invite chacun d’entre nous non seulement à la compassion mais surtout à une remise en question de notre rapport à un tel événement.

Quant à la mise en scène, Alex Lorette a su imposer un style quelque peu singulier. Les tableaux s’enchaînent : entre chacun des récits contés avec une authenticité sans pareille s’imbriquent des bribes de la vision occidentale et de ses clichés si faciles sur le Japon. Loin de l’atrocité sanglante de l’événement, l’auteur fait place à un style décalé mêlé de poésie. Les silences et autres longueurs – il y en a bien quelques-uns durant cette heure trente de représentation – au combien nécessaires pour conférer toute l’intensité des témoignages, sont largement compensés par une ambiance sonore et une gestuelle appropriées.

« Hiroshima. Cela ne me concerne pas » se disent certains. C’est sur les planches du Théâtre Marni qu’Alex Lorette et sa talentueuse équipe sauront vous proposer une autre approche de l’événement qui ne manquera pas d’interpeller chacun d’entre nous.